Alors que le verdict de l’élection présidentielle étasunienne tombera ce mardi 3 novembre, L’Alter Ego est allé à la rencontre de 5 jeunes Américain.e.s pour leur demander ce que signifiait « être jeune » sous l’ère Trump. Témoignages.

Santosh, 19 ans, California : « Pour les jeunes qui n’aiment pas Trump, s’en débarrasser n’est pas la fin mais seulement le début »

PHOTO : Mentongraphy (Sciences Po Paris) pour L’Alter Ego

« Moi et mes camarades étions au lycée le jour de l’élection. Les premiers sondages annonçaient Trump gagnant. Le lendemain de sa victoire, l’ambiance dans la classe était déprimante, on voyait que quelque chose n’allait pas et que tout le monde semblait passer une très mauvaise journée. Je pense que cela est dû au fait que nous vivions dans la Silicon Valley, en Californie, qui est un endroit ayant tendance à être très démocrate. Donc beaucoup de jeunes de cette région étaient soit des supporters de Hillary Clinton, soit ne supportaient pas Donald Trump. La majorité d’entre-nous était sceptique quant à la présidence de Trump. Je souviens de l’un de mes professeurs, qui nous avait parlé de ce qu’il venait de se passer 20 minutes après le cours. Il nous avait montré un article paru dans The Atlantic intitulé « Parler de la victoire de Trump à vos enfants ». Il questionnait la manière d’évoquer la présidence de Trump avec les enfants, parce que beaucoup de choses qu’a pu dire le président étaient violentes, fausses ou racistes. Il nous a lu l’article et nous avons ensuite discuté sur comment nous nous sentions vis-à-vis de ça. La majeure partie de la classe a témoigné de ses inquiétudes et de son mécontentement. Pour la jeunesse qui n’apprécie pas Trump, s’en débarrasser ne signifierait pas la fin mais seulement le début ».

Paris, 18 ans, Maryland : « Beaucoup d’adolescents ont ressenti l’importance de se mobiliser »

PHOTO : Paris Sistilli

« Que l’on soit d’accord ou pas d’accord avec ses mesures, Obama a indéniablement brisé les barrières raciales sur la scène internationale, ce qui a ouvert des portes aux personnes de couleur. D’un autre côté, l’administration Trump a entraîné un renversement total de toutes l’émancipation qu’avaient pu ressentir les minorités et les femmes sous Obama. J’ai vraiment remarqué un changement idéologique vers une forme de conservatisme plus appuyée après les élections de 2016. Le “eux contre nous” est devenu manifeste dans mon lycée à la vue des tensions qui sont apparues dans les conversations de tous les jours, entre ceux qui condamnaient haut et fort son comportement raciste et puéril et ceux qui étaient suffisamment privilégiés pour se permettre de percevoir en la rhétorique de Trump rien de plus qu’une blague. Néanmoins, “être jeune” sous la présidence de Donald Trump fut vraiment enrichissant car mes amis et moi avons pris conscience d’enjeux qui ont toujours étéproblématiques dans notre pays. Partout autour de moi, j’ai vu l’activisme exploser, alors que les gens s’attaquaient aux injustices qui les révoltaient. Je pense que la chose la plus importante est de se faire entendre autant que Donald Trump mais dans une démarche positive et productive.  Beaucoup d’adolescents ont réalisé cela et ont vraiment compris l’importance de se mobiliser, de ne pas être complaisant et d’aborder les problèmes qui divisent notre pays. »

Jessica, 18 ans, New Jersey : « Je pense que la présidence de Trump a permis aux jeunes de vraiment s’investir en politique »

PHOTO : Jessica Cheng

« Je pense que la présidence de Trump a permis aux jeunes de vraiment s’investir en politique. Le président a fait de nombreuses choses que la jeunesse n’a pas apprécié. On a pu voir beaucoup plus d’activisme de la part des jeunes. On a pu les voir faire de leur mieux pour l’évincer de son poste, essayer d’inciter leurs amis à voter et faire bien plus de choses qu’ils ne l’auraient fait en temps normal. Par ailleurs, je me rappelle du moment où Trump a été élu. C’était une ambiance très maussade, personne ne voulait dire quoi que ce soit et en en parlant, nous estimions tous que c’était une mauvaise chose mais pas à ce point. Je pense que la première chose que nous voulons est de voir Biden gagner mais, en réalité, nous ne voyons pas comment il pourrait changer les choses. J’ai peur d’être déçue par le résultat. A l’heure actuelle, j’essaie juste de me dire que nous ne voulons pas 4 ans de plus avec Trump et que nous aimerions vraiment voir Joe Biden devenir président. Pour moi et beaucoup de mes amis, Biden n’était pas notre premier choix, mais il est sincèrement temps de s’engager pour lui et d’installer quelqu’un d’autre au pouvoir. »

Lilinaz, 18 ans, Maryland : « De nombreux jeunes vont voter pour Biden étant donné les enjeux sociaux et moraux qui entourent le fait de voter pour Trump »

PHOTO : Lilinaz Hakimi

« D’après ce que j’ai remarqué sur les réseaux sociaux, la politique a plus que jamais pénétré l’atmosphère de la jeunesse. C’est devenu un sujet de discussion majeur parce que, socialement parlant, les gens sont plus attentifs à la politique avec Trump comme président. J’ai également remarqué que beaucoup de jeunes étaient en fait pro-Trump, extrêmement radicaux et conservateurs. Mais, pour moi, de nombreux jeunes vont voter pour Biden même s’ils sont d’accord avec les mesures prises par Trump étant donné les enjeux sociaux et moraux qui entourent le fait de voter pour lui. Initialement, je suis iranienne et vivre sous l’Amérique de Trump a eu un impact sur ma vie à cause des relations qu’entretiennent l’Iran et les Etats-Unis et qui s’empirent de jour en jour. Enfin, je ne vois pas de réels avantages à la présidence de Trump. Je pense que les jeunes qui ont pu en profiter sont des personnes avec des parents plus fortunés, travaillant dans les affaires. Les gens venant des classes inférieures-moyennes et moi n’en avons pas vraiment retiré de points positifs, si ce n’est la peur de perdre nos droits ou la peur du « Muslim ban » [décret exécutif signé le 27 janvier 2017 qui suspend le programme d’admission des réfugiés aux États-Unis et l’entrée sur le territoire des citoyens d’Irak, d’Iran, de Libye, de Somalie, du Soudan, de la Syrie et du Yémen]. »

Carla, Washington, 19 ans : « Je pense qu’il y a eu une réelle prise de conscience politique dans un pays où il est facile d’être déconnecté »

PHOTO : Joseph Siraudeau pour L’Alter Ego

« Je pense que ce mandat hors du commun a fait qu’il a politisé, et fait réagir la jeunesse. Passer de cette extrême de tempérance et de contrôle sur l’image des Etats-Unis et de sa propre image [avec Barack Obama] à quelqu’un qui fait son show en permanence, cette transition hyper violente, ce basculement a mobilisé une partie de la jeunesse. Cela les a poussé à s’intéresser à certains sujets qui sont devenus intolérables, comme la question de l’immigration. C’est aussi un mandat durant lequel on a sans cesse dit « les jeunes, il faut voter maintenant ». C’est ça qui a rythmé toutes ces années : les démocrates ont été tellement traumatisés qu’ils ont vraiment joué sur « aux prochaines élections, on ne se rate pas comme on s’est raté ». En 4 ans, il y a eu un travail de « c’est important de voter, c’est important de participer en politique ». Le mouvement Black Lives Matter et le nombre de jeunes qui ont déjà voté l’ont très bien illustré. Donc je pense qu’il y a eu une réelle prise de conscience politique dans une nation dans laquelle il est facile d’être déconnecté, parce que le pays est tellement grand, tellement différent d’un Etat à l’autre et que Washington est tellement peu représentatif de l’Amérique. »