Très enthousiaste à l’idée de retrouver le cinéma post-confinement, je suis allée voir, comme il se devait, Été 85 de François Ozon. Une idylle adolescente homosexuelle dans une esthétique particulièrement appréciée par la rédaction : celle des années 1980.

Le film a su, avant sa sortie dans les salles, faire parler de lui avec une promotion bien faite grâce à la « Sélection officielle  » du festival de Cannes et notamment une interview de François Ozon menée par Claire Chazal  dans « Passage des arts » sur France 5,  diffusée le 22 juin dernier. Un entretien très bien mené, où est retracé le parcours du réalisateur parisien, ses influences et son travail autour de son dernier long métrage sorti le 14 juillet 2020.

François Ozon revient notamment sur le livre dont est tiré Été 85 : Dancing on the Grave ou La danse du coucou d’Aidan Chambers parue en 1982  – qui est d’ailleurs réédité pour la sortie du film. Loin des familles bourgeoises parisiennes dans lesquelles Ozon est habitué à tourner, Été 85 se concentre sur l’histoire d’amour qui lie Alexis et David dans un port de plaisance normand : le Tréport.  

Illustration © Jaurès Goke pour l’Alter Ego / APJ

L’ennui d’Alexis

 Bizarrement la problématique d’Alexis ne semble pas être David, comme promis sur l’affiche mais plutôt l’ennui. Alexis est caractérisé par l’ennui : le bateau seul, la fascination pour les rites funéraires égyptiens (comme Ozon enfant), l’hésitation à se dérober d’une classe sociale en choisissant de rentrer en première littéraire. Sa position d’intellectuel dans une petite station de vacances – où il n’est pas en villégiature mais dans son lieu de résidence – fait de lui le protagoniste parfait pour tomber dans une passion homosexuelle avec un autre adolescent au caractère beaucoup plus trempé.

Si l’esprit roman enchâssé nous dévoile la fin avant l’heure, on espère tout de même voir Alexis changer et quelque part vivre, ressentir des sensations avec le beau David. Il existe un déséquilibre premier, voulu, dans le choix des acteurs : Felix Lefrèbvre et Benjamin Voisin. Le personnage d’Alexis ressemble à n’importe quel jeune du Nord de la France au beau milieu des années 1980 alors que le personnage de David est doté d’une beauté à la Dorian Gray.

Un duo déséquilibré

Le teen movie se construit sur un duo volontairement déséquilibré. si le personnage de David exerce sur le spectateur une sorte d’attraction, le personnage d’Alexis, protagoniste de la romance mais également narrateur, semble être le jeune homme banal pour un roman initiatique. En retrait, timide, son été 1985 va secouer ce personnage. Sans David, Alexis n’a pas vraiment d’intérêt. Pourtant c’est bien lui qui raconte, omniscient il guide avec monotonie l’aventure.

Certains aspects de la jeunesse sont dépeints mais l’ensemble reste fade. Pour Alexis, seul le choix de son été, qui est de rentrer dans la vie active pour mettre « du beurre dans les épinards  » ou bien de poursuivre des études littéraires, semble amener une véritable problématique au jeune homme. Le personnage de David, attire comme voulu, beaucoup plus l’attention : il est plus âgé, plus beau, plus à la mode, plus libre. Son insouciance est très prévisible, quand Alexis est un personnage monotone, lui à l’opposé est vif : il aime la vitesse, il veut travailler, avoir de l’argent, s’amuser et plaire. 

Si le duo que forment Alexis et David est prévisible, et se caractérise par un contraste très clair ; certains personnages secondaires sont plus intéressants que les principaux : à l’instar de la mère veuve de David, incarnée par Valéria Bruni Tedeschi, qui annonce dès le début le caractère inquiétant de son fils. A contrario, certains personnages sont peu crédibles comme Kate, l’anglaise en vacances, ou encore l’assistante sociale chargée de l’enquête.

Finalement, c’est bien la confrontation des personnages masculins qui est au cœur du film mais le spectateur, par le récit enchâssé, l’aspect teen movie, le surplus d’éléments annexes, ou encore la non prise de position sur cet été 1985 particulier où Rock Hudson est la première victime célèbre du Sida, peine à croire au drame.

Un film sans risques 

David exerce une force sur Alexis, plus âgé, il l’emmène à la découverte de son homosexualité dans cette station balnéaire. Le thème de l’homosexualité est plutôt un non-thème. Même s’ il est rappelé plusieurs fois dans le film que l’homosexualité n’est pas encore acceptée à l’époque, le film relate plus une relation déséquilibrée : l’idylle n’est pas déconstruite par leur sexualité, ni par leur genre, au contraire leur relation est une norme adolescente : un été, une promesse obscure, une fête foraine, des interdits, un drame.

Musique et décors

 Seuls les décors propres aux années 1980, les jeux de lumières dans les scènes de danses sont à retenir, ainsi que le choix des costumes – choses qui, pour un film en sélection officielle de Cannes est peu surprenant.

 On retrouve dans la bande son originale les morceaux qui ont marqué la communauté gay des années 1980 avec « Why ? » de Bronski Beat – un album qu’on avait déjà re-entendu dans 120 battements par minutes, mais également du Elton John, The Cure, « Take on me  » ou encore Rod Stewart. Finalement, la bande son va peut-être plus loin que le film lui-même, complète, elle est un véritable appel à la danse, à la liberté et à la nostalgie. Malheureusement, beaucoup de playlists « Été 85 » proposées sur les plateformes sont en réalité des playlists « années 1980 » agrémentées et beaucoup des grands classiques ne sont pas présents dans le film.

Été 85 n’est donc définitivement pas un choc. Le film se laisse regarder et malgré la volonté de retranscrire un roman initiatique au grand écran, malgré un casting et un retour dans les années 1980, il manque, paradoxalement, quelque chose de poignant à ce drame amoureux.Si, en intellectualisant, la dualité des personnages est intéressante, l’instant présent au cinéma n’est pas fou.