Alors même que l’économie mondiale se mettait à l’arrêt et que la population terrestre se confinait, une opposition entre le monde d’avant et le « monde d’après » est apparue. Sans évoquer la capacité de ce dernier à advenir, il est nécessaire que cette crise sanitaire d’une ampleur historique débouche sur une réflexion afin de poser les jalons d’un nouveau monde, plus en harmonie avec l’environnement.

ILLUSTRATION – Nageur sous l’eau lors de sa sortie quotidienne au large de Ploemeur, France, 17 Mai 2020 – © Clement Gerbaud / APJ / Hans Lucas

La nécessité d’une remise en cause durable

Vous avez sûrement tous entendu parler de la chauve-souris, ou bien du pangolin ! En effet, l’Homme, trop lâche pour reconnaître sa part de responsabilité dans l’avènement de cette pandémie, ne cesse de rechercher un responsable aux milliers de décès dans le monde. Il est évidemment nécessaire de comprendre d’où provient ce virus, et comment il a été  transmis à l’Homme. Cependant, s’il y a une chose que l’on doit retenir de cette pandémie, c’est que la destruction de l’environnement par les humains n’est pas sans conséquence pour eux-mêmes. En effet, la déforestation, l’urbanisation et l’industrialisation effrénées ont eu comme effets de détruire de nombreux écosystèmes, indispensables à la survie de la faune sauvage. Toutes ces actions humaines facilitent la transmission et l’adaptation des virus chez l’homme du fait d’une plus grande proximité entre l’homme et la faune sauvage.

Nous devons enclencher une transition écologique d’ampleur pour éviter de nouvelles pandémies, et celle-ci doit passer par une transformation de nos modèles agricoles.

Si l’on veut penser sur le long terme, il ne suffit donc pas de trouver l’animal ayant transmis le virus à l’homme, mais il faut que ce dernier remette en question l’ensemble de ses pratiques. Nous devons enclencher une transition écologique d’ampleur pour éviter de nouvelles pandémies, et celle-ci doit passer par une transformation de nos modèles agricoles. Stoppons maintenant cette agriculture dopée aux intrants phytosanitaires, nocifs pour la faune et la flore, ainsi que pour notre santé. Privilégions des alternatives plus respectueuses de l’environnement comme l’agroforesterie, la permaculture, l’aquaponie, l’agriculture biologique*, etc. Cette lutte contre le virus est l’occasion certaine de repartir dans une bonne voie, plus respectueuse de notre environnement, plus juste, et plus humaine. Cette crise ne sera pas la dernière que l’Homme devra affronter, si nous continuons à détruire peu à peu la planète. La fonte du permafrost dans le cercle arctique risque de libérer des glaces, des virus oubliés, proliférant ainsi des maladies comme la grippe espagnole. Le réchauffement climatique bouleverse également le cycle de l’eau, avec une évaporation de de cette dernière 7% plus élevée que la normale, augmentant ainsi le risque de durcissement des sols et d’une stagnation plus longue des eaux de pluies, n’arrivant pas à pénétrer la terre. C’est cet effet domino, parmi d’autres, qui permet un plus grand développement des bactéries remontant les cours d’eau depuis la mer. 

Tous ces évènements ne sont pas naturels, et cette crise doit avoir l’effet d’un coup de massue, nous devons nous réveiller et arrêter de croire que nous profiterons d’un développement économique illimité, tout en détruisant la planète. Si nous avons pu prospérer pendant des millénaires, c’est grâce à des conditions climatiques favorables et à des milieux de vie fertiles et foisonnants de biodiversité. En seulement 200 ans, à partir des révolutions industrielles donc, l’homme a malmené l’écosystème qui l’abrite et le nourrit chaque jour. En échange, nous l’avons surexploité, au point de ne plus laisser de répit à la nature . Nous vidons les océans et nous y laissons nos déchets plastiques ! Nous avons détruit des forêts millénaires et essentielles à la vie de nombreuses espèces animales et végétales, au nom de l’élevage de masse, de la production d’huile de palme, etc. Nous avons vidé les sols du pétrole conventionnel, et nous continuons de nous accrocher à cette énergie, en faisant appel à des techniques d’extraction extrêmement polluantes : l’exploitation du gaz de schiste est un désastre environnemental, provoquant notamment la destruction des paysages et la pollution des eaux.

Des enseignements pour le « monde d’après »

L’ensemble des conséquences absurdes de nos modes de vie, énumérées précédemment, nous imposent de sortir du paradigme rouillé de la croissance éternelle. Nos modes de vie sont hors-sols, isolés du reste du vivant et il est impératif de réapprendre à vivre en harmonie avec notre environnement. La nature n’est pas un concept à séparer de l’Homme ; ce dernier en fait précisément partie et il doit retrouver la voie d’une cohabitation avec l’ensemble des espèces du vivant. S’il y a une seule chose que cette crise doit nous enseigner, c’est d’arrêter de réitérer les mêmes schémas, et se diriger vers une voie nouvelle, plus humaine, et plus respectueuse de l’environnement. Cela ne doit pas se faire, selon la formule, « pour les générations futures », mais pour aujourd’hui. L’Histoire et cette énième crise nous ont montré que nous ne savions pas penser sur le long terme. Une transition doit s’enclencher maintenant si nous ne voulons pas voir ces évènements se répéter, avec une plus grande puissance, et plus régulièrement.

Le 11 mai, jour de deconfinement en France, des militants se rassemblent Place de la Republique a Lille – © Quentin Saison / APJ / Hans Lucas

Cette crise sanitaire mondiale impose que nous nous questionnions maintenant sur la manière avec laquelle nous allons construire un monde en communion avec le vivant, et non avec l’argent. Ces catastrophes sont évitables, il suffit d’écouter les scientifiques du GIEC et du monde entier, qui nous alertent depuis des décennies, de la même manière que les scientifiques ont alerté sur les effets désastreux du Covid 19, à la différence près que ces derniers ont été écoutés. Et pourquoi ? Peut-être puisque l’humanité entière était vulnérable à court-terme, et pour l’économie mondiale. Si la crise du Covid 19 nous enseigne une chose, c’est qu’il est tout à fait possible pour les gouvernements de prendre des mesures urgentes et radicales face à un danger imminent, y compris des mesures coûteuses dont on estime, en temps normal, qu’elles sont impossibles à mettre en œuvre, notamment car il n’existerait pas « d’argent magique », selon l’expression d’Emmanuel Macron. C’est donc là notre espoir à tous : nous sommes capables de mobiliser les fonds en cas de danger imminent, il suffit de bien diriger ces derniers. Ainsi, les enseignements que nous retirerons de cette crise mondiale, seront peut-être inscrits dans nos livres d’Histoire, à nous de décider de quoi sera fait le monde d’après.

Et alors, ce monde d’après ?

Alors que nous pensions pouvoir défier l’ensemble des règles de la nature, un virus invisible a su mettre à nu notre vulnérabilité, et aura réussi à confiner quasiment l’entièreté du monde. Inconsciemment, nous avons offert tous ensemble un peu de répit à la nature, une grande bouffée d’air frais à ce monde tant sacrifié par l’Homme, au nom d’un confort de vie toujours plus grand, et au nom de cette sacro sainte croissance économique, tant adulée par nos dirigeants. Cette crise sanitaire mondiale d’une ampleur historique, aura su apporter son lot de remises en question. Allant de notre reconnaissance envers le personnel soignant et toutes les autres professions mobilisées pour faire face à cette crise, à la volonté de tirer des leçons d’Emmanuel Macron, pourrions-nous croire à un monde « post-coronavirus » meilleur ?

Je demande que nous n’enrayions pas simplement la pandémie de Covid-19, mais que nous soignons le monde de ses maux.

A cette idée-là, je répondrais que cette crise ne doit pas être une énième occasion de perpétuer un système moribond et dévastateur, pour l’homme, pour le vivant et pour son environnement. Cette crise ne doit pas faire tourner une fois de plus le vieux disque de la relance économique, sans qu’il y ait un véritable renouvellement, dans nos priorités, nos comportements, nos modes de vie. Je demande que nous n’enrayions pas simplement la pandémie de Covid-19, mais que nous soignons le monde de ses maux. Le coronavirus n’est qu’un symptôme, le système capitaliste destructeur de l’environnement en est la maladie ! Ne nous précipitons pas de revenir à la normalité, car cette « normalité » auquel nous sommes habitués, est anormale. 

Cette crise a également permis d’observer de nombreuses initiatives solidaires. Elle nous a un peu plus ramené à l’humain. De la même façon, elle a aussi accordé du répit  à une certaine frange de la population, dans des sociétés occidentales qui valorisent toujours plus la productivité, l’efficacité et le progrès. Ce sont toutes ces conséquences positives d’une crise globale, qui nous prouvent la puissance d’une société civile active et solidaire. C’est de nous tous, uni dans un même combat pour la vie, que viendra le sursaut pour lutter contre les changements climatiques. En cette période de doute, à la fois sur le risque d’un confinement renouvelé à cause d’une seconde vague épidémique, mais aussi sur ce que l’on nomme avec beaucoup d’espoir, le « monde d’après », une réflexion a lieu. Au centre de celle-ci, un véritable dilemme émerge : faut-il lancer une nouvelle bouée de sauvetage à une économie mondiale gourmande en énergie et fortement émettrice de CO2, ou bien redessiner l’horizon du navire mondial ? 

Nous devons choisir dès maintenant vers quel monde nous souhaitons aller : un monde toujours plus exubérant, toujours plus énergivore, toujours plus cupide et destructeur de ce qui l’entoure ; ou bien un monde rénové, plus humain, plus sobre énergétiquement parlant et plus respectueux de son milieu ? 

* Définitions

Agroforesterie : mode d’exploitation agricole associant la plantation d’arbres ou d’arbustes.

Aquaponie : Système vertueux qui unit l’élevage de poissons d’eau douce à la culture de plantes grâce un cycle bactérien naturel transformant les déchets des poissons en nutriments pour les plantes.

Permaculture : système agricole s’inspirant de la nature

Agriculture biologique : système de gestion et de production agricole alliant un haut niveau de biodiversité à des pratiques environnementales qui préservent les ressources naturelles, en n’utilisant pas de pesticides ou engrais chimiques.

** Rapports du GIEC.