Bien que nous manquons de recul, l’année 2020 sera peut-être celle d’une remise en question globale et durable de nos modes de vie. La crise sanitaire que nous vivons toutes et tous a été révélatrice de nombreux maux de notre société mondialisée, parmi lesquels un court-termisme destructeur. Quels enseignements pouvons-nous tirer de cette pandémie ? En quoi ses « conséquences positives » sur l’environnement sont-elles à nuancer ?

Lundi 16 Mars, allocution du président Emmanuel Macron face a la crise du coronavirus. – © Juliette PAVY / APJ / Hans Lucas

La politique du gouvernement français : un court-termisme dévastateur

En ces temps de crise sanitaire, nos dirigeants ont parlé du personnel mobilisé en termes héroïques : « sur le front », « en première ligne ». L’usage d’un champ lexical guerrier pourrait presque nous faire croire que cet ennemi était imprévisible. Pourtant, dès décembre 2019, le Covid-19 sévissait déjà dans l’Empire du Milieu. Début 2020, alors que la majorité du monde découvre peu à peu le virus qui tue déjà plusieurs centaines de personnes en Chine, nos dirigeants minimisent le risque de propagation du virus. 

Agnès Buzyn affirme même que les risques de diffusion au sein de la population française sont très faibles. Pourtant, une fois avoir quitté le gouvernement pour se lancer dans la bataille de la Mairie de Paris sous l’étiquette LREM après l’affaire Griveau, celle-ci précise dans le journal Le Monde, qu’elle reconnaissait la gravité de la situation lorsqu’elle était encore ministre de la santé, et qu’elle en avait fait part au Premier Ministre, Edouard Philippe. Alors même que la France comptait déjà plus de 600 cas positifs au Covid-19 ainsi que plusieurs morts au début du mois de mars, le couple présidentiel allait au théâtre afin d’inciter tous les Français à continuer de vivre normalement ! De la même manière, le Ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, affirmait au début du mois de mars que le système éducatif continuerait de fonctionner. Le virus était bel et bien présent au sein de la population française et pourtant, Emmanuel Macron arguait la nécessité de maintenir le 1er tour des municipales dans les 36 000 communes françaises. Bien que contestée par de nombreux médecins et spécialistes du corps médical, cette décision fut maintenue, et cela au péril de la vie de plusieurs assesseurs partout en France. La suite, nous la connaissons tous : le pays compte plus de 28 000 personnes décédées du Covid-19.

Un collage « Covid partout, moyens pour l hopital nulle part » est realise. Comme depuis plusieurs semaines, des soignants mobilises se retrouvent a la nuit tombee pour coller des slogans dans les rues de Paris, dans le cadre du mouvement de sauvegarde de l hopital public initie par le Collectif Inter-Hopitaux. Paris, France – 25 mai 2020 – © Ugo Padovani / APJ / Hans Lucas

La manière avec laquelle cette crise a été traitée prouve une chose : nos gouvernants réagissent trop souvent lorsqu’ils sont au pied du mur. La pandémie de Covid-19 n’a fait que rendre visible aux yeux de tous la crise de l’Hôpital public. Depuis plus d’un an, le personnel médical actuellement au « front », a tiré plusieurs fois la sonnette d’alarme, sans recevoir de réponse à la hauteur de leurs revendications de la part du gouvernement d’Edouard Philippe. Aujourd’hui, 6 hôpitaux publics français sont en difficulté financière. En France, 100 000 lits ont été supprimés en 20 ans, alors que la fréquentation des hôpitaux publics augmente constamment, notamment aux urgences où le nombre de passage a été multiplié par deux en 20 ans, soit 21 millions de passages recensés en 2016 contre 10,1 millions en 1996, selon un rapport du Ministère de la Santé. Cette crise de l’Hôpital public et ses différentes causes sont très bien exposées dans les médias depuis plusieurs années déjà. Les grèves du personnel soignant ont été nombreuses avant cette crise sanitaire de grande ampleur, et l’urgence vitale d’agir pour l’Hôpital public n’est pas récente. Ainsi, l’apparition brutale de ce virus dans nos vies a révélé l’ampleur des dégâts d’une politique de court-terme, qui peut alors se montrer aussi dévastatrice et insidieuse qu’un virus invisible à l’oeil nu. 

Une victoire illusoire pour l’environnement

De la même manière que cet ennemi invisible, la crise climatique est souvent décrite comme non perceptible à l’oeil nu au quotidien. En réalité, celle-ci se manifeste sous nos yeux avec cette pandémie puisque cette dernière n’est que la conséquence de nos modes de vie affectant directement la biodiversité. Et pourtant, les conséquences positives du Covid-19 sur l’environnement ont souvent été énumérées, comme si l’arrêt forcé de l’économie était la solution miracle au réchauffement climatique. Ainsi, l’environnement a souvent été décrit comme le gagnant de la situation actuelle. En réalité, ne nous y trompons pas, ces effets positifs ne sont qu’un trompe-l’oeil, et en aucun cas les mesures strictes prises pour faire face à la pandémie de Covid-19, doivent apparaître comme une réponse durable face au défi du changement climatique. En effet, malgré tous les effets secondaires positifs sur l’environnement, le confinement forcé de la population n’est pas la solution aux changements climatiques. Une « année blanche » ne suffira pas à sauver le vivant. En effet, la préservation de notre planète exige une baisse soutenue et durable des GES (gaz à effet de serre), et non pas simplement une trêve. L’humanité a connu de multiples crises (économiques, financières, sanitaires, humanitaires, etc), et pourtant, le monde du XXème siècle a systématiquement remis en marche la vieille machine capitaliste, tout en prenant soin de huiler ses rouages.

La crise climatique est un virus d’origine humaine ayant été contracté par la planète. Ce dernier est en période d’incubation. Il est donc nécessaire de se préparer dès lors au pic épidémique, que connaîtra l’ensemble des habitants de la planète, riches ou pauvres. A l’instar des bilans sanitaires quotidiens du nombre de personnes décédées ou ayant été testées positives au Covid-19, de nombreuses espèces disparaissent chaque jour, dans la plus grande indifférence générale. Des glaciers fondent et disparaissent de la surface de la Terre, et pourtant, ils sont tous aussi indispensables que les blouses blanches durant cette crise sanitaire. Ce sont nos gardiens vêtus de blanc, et leur existence est cruciale pour réguler le climat sur Terre ! Cette énième crise mondiale impose alors une remise en cause globale, sur le long terme.

Notre sort est indissociable de celui de l’environnement. Arrêtons de nous croire au-dessus ou au dehors.

Pierre Rabhi, essayiste

Au-delà de la simple recherche de responsables, cette crise sanitaire d’ampleur aura donc su mettre en lumière notre incapacité à anticiper. Elle aura montré que nous ne réagissons qu’une fois face à un danger tangible. Celle-ci aura également fait ressortir les affres d’une mondialisation basée sur un modèle en inadéquation avec l’environnement dans lequel il évolue. Un monde qui ne prend pas en compte la biodiversité qui l’entoure est vouée à sa perte. Ainsi, les « conséquences positives » pour l’environnement, relevées au cours de cette crise, ne seront qu’un bref mirage, si nous ne réformons pas notre modèle mondial de société. Pierre Rabhi disait « Notre sort est indissociable de celui de l’environnement. Arrêtons de nous croire au-dessus ou au dehors ». C’est donc à nous, tous ensemble, de rester à notre place, et faire preuve d’humilité vis-à-vis du vivant qui nous entoure, et qui est indispensable à notre vie sur Terre.