Ces dernières années ont vu naître une résurgence des condamnations publiques et juridiques des faits de pédocriminalité. En témoignent les nombreux articles et témoignages qui ont fait grand bruit depuis le début des années 2000. Retour sur ces derniers dossiers.

Des victimes plus fortes ensemble

Au centre de nombreuses enquêtes, la pédocriminalité au sein de l’Eglise n’est plus un mystère. Dès 2002, la cellule d’investigation du Boston Globe, nommée Spotlight, a jeté un pavé dans la mare en révélant plusieurs premiers cas d’actes pédocriminels de prêtres catholiques. La voie a été ouverte pour permettre à d’autres victimes d’oser parler de ce qu’elles avaient enduré. Du même nom et concernant la même affaire, le film Spotlight a reçu deux oscars en 2016 : celui du meilleur film et du meilleur scénario original. L’art s’empare aussi de ces sujets.

Mais la France n’est pas en reste : le père Bernard Preynat a été condamné à cinq années de prison ferme pour « agression sexuelles commises sur de jeunes scouts » en mars dernier. Tout commence en 2015 avec des dépôts de plaintes d’anciennes victimes du prêtre du diocèse de Lyon ayant constitué une association, La parole libérée, qui rassemble de nombreux témoignages. Le cardinal Barbarin alors en poste cette année-là a été relaxé malgré les accusations de non-dénonciation d’abus sexuels qui pesaient contre lui. Sa demande de démission a toutefois été acceptée par le Pape François le 6 mars dernier. Là encore, le cinéma en a rendu compte avec le film de François Ozon, Grâce à Dieu, grand prix du jury de la Berlinale 2019.

Une omerta fragilisée

Aucune sphère de la société ne semble échapper à ce fléau. Et le sport n’y fait pas exception. Dans une enquête réalisée en décembre 2019, l’organisation à but non lucratif Disclose a mis au jour l’omerta qui sévit dans le milieu cloisonné des clubs sportifs. Au total, ils ne dénombrent pas moins de 77 affaires, 28 sports concernés et 276 victimes. Figure de proue, Sarah Abitbol a levé le voile sur ces pratiques. Cette multiple championne de patinage artistique a expliqué avoir été violée par son entraîneur alors qu’elle n’avait que 15 ans.

Le milieu médical ne passe pas non plus entre les mailles du filet. Joël le Scouarnec, ex-chirurgien digestif accusé d’agressions sexuelles sur quatre mineures, attend son procès qui, à cause de la pandémie de Covid-19, a été repoussé à octobre 2020. Tout commence en 2017 avec le récit de sa jeune voisine de 9 ans. Elle explique que son voisin lui aurait montré son « zizi » et l’aurait contrainte à une pénétration digitale. Les trois autres plaignantes ne sont autres que deux de ses nièces et une patiente âgée de 4 ans au moment des faits mais qui dit ne se souvenir de rien. Selon la justice, l’homme aux 300 000 photos pédocriminelles aurait fait pas moins de 349 potentielles victimes, dont 246 ont porté plainte.

Une prise de conscience collective

L’une des affaires les plus retentissantes de ces derniers mois n’est autre que le récit d’Adèle Haenel. Dans une enquête publiée le 3 novembre 2019 dans Médiapart,  l’actrice doublement césarisée, accuse le réalisateur Christophe Ruggia « d’attouchements » et de « harcèlement sexuel » entre ses 12 et 15 ans. Il lui parlait d’amour. Elle parle aujourd’hui « d’emprise ». Pour celle qui est aujourd’hui installée, sa « responsabilité » est de parler pour que d’autres puissent s’engouffrer dans la brèche et libèrent leur parole. « Le silence joue toujours en faveur des coupables » expliquait-elle sur le plateau du Médiapart Live. La Société des Réalisateurs de Cinéma a par ailleurs fait savoir, dès le lendemain de la parution de l’enquête, qu’elle remerciait Adèle Haenel pour sa « générosité et son courage » et qu’elle entamait une procédure de radiation à l’encontre du réalisateur qui, depuis, a été mis en examen pour « agressions sexuelles sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité sur la victime ».

Le silence joue toujours en faveur des coupables.

Adèle Haenel, actrice

La suite a fait le tour du monde. Lors de la 45e cérémonie des Césars et suivie par l’équipe du film Portrait de la jeune fille en feu, Adèle Haenel s’est levée à la suite de la remise du prix de la Meilleure Réalisation à Roman Polanski, reconnu coupable, aux yeux de la justice, de « rapports sexuels illégaux avec une mineure », âgée de 13 ans au moment des faits. D’autres accusations ont été portées à son encontre, mais toutes soumises à prescription. Inspirée et révoltée par cette soirée, la romancière Virginie Despentes a publié une tribune dans le quotidien Libération : « Désormais on se lève et on se barre » où elle s’indigne contre les mécanismes de domination – notamment masculine – à l’oeuvre dans notre société. 

Tabou pendant de nombreuses années et même banalisée dans les années 1970, la pédocriminalité est aujourd’hui majoritairement condamnée. Mais ces faits tardent, parfois, à être unanimement dénoncés.

Photo de couverture : © killian moreau / APJ / Hans Lucas