Pour meubler comme il se doit ces nombreuses heures de temps libre à la maison, L’Alter Ego vous propose une première booklist, celle qui a permis à Camille de partir en voyage en restant dans son canapé.

La pression du confinement vous la connaissez ? C’est lorsque certaines personnes se mettent soudainement à l’aquarelle, la cuisine ou la méditation et le postent sur les réseaux. Et  moi, pauvre spectatrice que je suis, je me suis demandée pourquoi je venais de passer une heure et demie à jouer à Animal Crossing sur la console de ma sœur au lieu de profiter de tout ce temps libre pour peut-être devenir Paul Gauguin. Heureusement, j’ai vite changé d’avis. L’hyperproductivité, vraiment très peu pour moi. Au lieu d’apprendre le japonais ou le russe, j’ai décidé de profiter de ce confinement pour me reposer et me détendre. Cuisiner mais sans pression, essayer le yoga mais en tuto Youtube niveau 1, gentiment travailler mes partiels à distance et jouer à Animal Crossing quand ça me chante. Et dans tout ça, je n’oublie pas : lire tous ces livres que je n’ai jamais pris le temps de lire. Lire, j’adore ça. Je ne lis pas assez à mon goût et ce confinement me permet doucement de me remettre à jour. Mais malgré tous ces livres jamais lus qui n’attendent que moi, la tentation de replonger dans mes bouquins préférés est immense. Pour m’en dédouaner, je vous ai concocté, chers lecteurs, une liste de 4 livres que j’ai aimés au point d’avoir assez bassiné mes proches pour qu’ils aient l’impression de les avoir lus eux-mêmes.

Ainsi résonne l’écho infini des montagnes de Khaled Hosseini : un voyage exceptionnel en Afghanistan  

Vous connaissez peut-être Khaled Hosseini, auteur du best-seller Les Cerfs Volants de Kaboul ou encore de Mille Soleils Splendides. A l’instar de ce dernier chef-d’œuvre que j’ai tout autant apprécié, Ainsi Résonne l’Écho Infini des montagnes prend place dans les années 1950 en Afghanistan, terre natale de son auteur. On suit alors le quotidien d’un frère, Abdullah et de sa sœur, Pari, qui viennent de perdre leur mère et dont l’existence se scinde lorsque leur père donne la jeune fille en adoption à une riche famille. Le temps passe et les enfants grandissent chacun de leur côté. Tout part de ce conte afghan pour ensuite prendre une tout autre  tournure. On suit ensuite des personnages d’Amérique, d’Asie, d’Europe, du Moyen-Orient, tous liés d’une façon ou d’une autre aux deux enfants du petit village afghan. Ce roman met le lecteur en position de spectateur de ce grand puzzle narratif, où chacun des personnages nous donne des nouvelles du devenir des deux enfants du début de l’histoire, comme un écho.

Avec ce titre délicieusement poétique, Khaled Hosseini parvient  à mettre en place un enchevêtrement  narratif unique et extrêmement bien ficelé entre des personnages du monde entier, des lieux variés et des univers très différents. De la vie parisienne aux montagnes afghanes, je suis sortie de ce bouquin comme j’imagine sortir d’un tour du monde : émerveillée et dépaysée. 

Fleur de neige de Lisa See

Ce roman de Lisa See paru en 2007 évoque la condition de la femme en Chine au XIXème siècle à travers le destin de deux jeunes filles que presque tout oppose. L’une est fille de paysans et la seconde issue de la haute aristocratie. Elle sont pourtant liées par un élément : , elles sont nées à la même heure le même jour  de la même année. Elles seront donc laotong, « âmes sœurs », pour l’éternité. Le récit tourne autour de cette rencontre préméditée et narre la façon dont  chacune grandit de l’amour de l’autre, alors que la vie ne cesse de vouloir les séparer. Leur destin respectif se meut en fonction du mariage qu’elles doivent contracter, de la taille de leur pied, de leur beauté et leurs savoirs. A mes yeux, ce roman se lit un peu comme une promenade, doucement, sans précipitation. Le contenu peut parfois être  violent mais le style élégant et délicat de Lisa See pallie  les scènes rustres et pourtant réelles que les femmes chinoises de cette époque doivent  affronter.

Je me demande parfois si les auteurs se rendent compte des conséquences de leurs livres. Pour Fleur de Neige, Lisa See a littéralement généré en moi un obsession. Je voulais tout savoir sur les us et coutumes chinoises. La Chine jouit  d’une histoire et d’une culture particulièrement riche, très différentes de l’Occident.. Ce que j’ai apprécié , c’est que tout est  nouveau dans cette histoire : les personnages, le rapport hiérarchique de l’aristocratie aux paysans, les traditions et la spiritualité qui régissent la vie des habitants. Je ne peux que vous le conseiller. Il  vous emmènera dans l’Histoire chinoise captivante du XIXème siècle. 

Le livre qui vous tient en haleine : Daddy de Loup Durand

Paru en 1984, Daddy est l’histoire entrecroisé de Thomas, un enfant surdoué de 11 ans et de Gregor Laëmme, professeur de philosophie et joueur d’échec brillant, chargé par le régime nazi de retrouver cet enfant. Celui-ci est en effet caché dans le sud de la France, protégé par sa mère, ses grands-parents et des dizaines de gardes du corps, car il détiendrait la clé pour accéder à des centaines de milliers de deutschmarks destinés à la Résistance. Entre l’enfant surdoué et l’intellectuel à sa poursuite se déroule tout au long du roman une course vertigineuse et sans merci sur fond historique fascinant. Etre spectateur du jeu stratégique vicieux auquel chacun joue pour tenter d’atteindre l’autre, est tout simplement ensorcelant. La relation si spéciale qui se tisse entre eux constitue, à mes yeux, une analyse psychologique approfondie qui m’a tenue en haleine pendant les quelques heures où j’ai eu la chance de le lire. 

Pour avoir lu ce livre en hiver et dans les transports grisâtres, je conseille vivement ce polar si vous voulez aller faire un tour en été dans le sud de la France et passer des heures à vagabonder dans les engrenages de la Résistance, dépeinte avec richesse, esprit et émotion. 

L’indétrônable roman de science-fiction, un analogisme entre Histoire, théologie et roman d’anticipation : Le Papillon des Étoiles de Bernard Werber 

Malgré quelques œuvres plus récentes qui m’ont moins emballées, Bernard Werber est incontestablement un de mes auteurs préférés – je vous conseille vivement d’attaquer la Trilogie des Fourmis, ou encore Les Thanatonautes si ce n’est pas encore fait. Champion de la vulgarisation scientifique, ses histoires mélangent science et imaginaire. Elles  transportent le lecteur jusqu’aux limites de la connaissance humaine sur des sujets biologiques, spirituels, métaphysiques ou encore mythologiques.

Le Papillon des Étoiles représente à mes yeux un coup de génie. Bernard Werber dépeint la conquête de l’espace par l’humanité. Fatigués d’être spectateurs de la destruction de leur planète, trois scientifiques décident de construire un immense voilier solaire pour permettre à une partie de l’humanité strictement présélectionnés de partir à la recherche d’une exoplanète habitable. Partis pour un voyage d’un millénaire, ce roman en trois parties retrace l’histoire de l’humanité par le prisme d’un vaisseau spatial autosuffisant aux airs de l’Arche de Noé. Alors que les habitants du vaisseau fuyaient une humanité cruelle et inégalitaire, leur arche devient au fil des siècles le théâtre concis du parcours des Hommes, des guerres de religion aux grandes pandémies, en passant par des périodes de paix et l’évolution progressiste et rétrograde de l’humanité. 

Rempli de symboles en tout genre, ce roman se lit à une vitesse inimaginable. 343 pages qui retracent ce que pourrait devenir l’humanité tout entière représentée par le nombre biblique de 144 000 être humains. Je pourrais sans doute le lire  chaque année et y déceler encore des éléments que je n’avais pas relevé  la fois d’avant. 

Voilà pour le premier épisode des booklists que je suis ravie d’inaugurer. J’espère vous avoir donné un aperçu satisfaisant de ces livres qui, je vous le souhaite, vous transporteront autant que moi. J’aurais pu écrire encore des paragraphes et des paragraphes sur chacun d’eux, mais je vous épargne mes analyses mielleuses sur la façon dont  ils ont changé ma vie (au moins). Bonne lecture !