Cette fois, pas de fiction autour des apparitions mariales et des miracles. Que se passe-t-il à Lourdes, petite ville des Hautes-Pyrénées ? Haut lieu de pèlerinage pour les chrétiens du monde entier, Lourdes est aussi la seconde ville hôtelière de France, bien connue pour le commerce des Vierges en plastiques. Le parti pris de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, les deux réalisateurs ? L’ambition de filmer l’humanité qui se révèle à travers chaque pèlerin.

Des pèlerins qui se mettent à nu devant la caméra. Pas de voix off, et une bande son qui laisse finalement une place moindre aux chants et à la liturgie. Ce sont uniquement des hommes et des femmes qui parlent, et qui nous touchent. Gros plans sur les mains qui caressent les parois de la grotte de Massabielle et sur les mains qui caressent les corps et les cœurs meurtris. Nous sommes amenés jusque dans les piscines, où les pèlerins se baignent dans l’eau dite miraculeuse. C’est ainsi que nous devenons témoins de ce que vivent plus trois millions de pèlerins chaque année. Si l’on peut être sensible à la beauté du sanctuaire, avec sa basilique érigée au pied des Pyrénées ; ce sont surtout les visages qui nous marquent. Le mystère de Lourdes, dépasse celui des miracles recensés depuis les apparitions de la Vierge à la Sainte Bernadette et des cérémonies qui s’y déroulent ; le mystère c’est ce qui se réalise dans les rencontres.

Un miracle humain. Le documentaire tente une approche intime de ces expériences de vie, avec pudeur et respect. Sont mis en lumière autant de démarches singulières, que l’on rencontre de pèlerins. La foi, du petit garçon et de son père qui viennent prier pour le petit frère qui souffre d’une maladie orpheline ; le rituel d’une jeune fille, pour qui le pèlerinage est un cadeau des parents, pendant lequel elle peut confier ses troubles alimentaires et le harcèlement qu’elle subit ; ou encore l’acceptation d’un homme désintéressé, dont les jours sont comptés, étant atteint d’une maladie neurodégénérative… Des démarches solitaires, mais aussi communautaires. On suit les pas d’un ancien prostitué travesti face à ses démons. Il est soutenu par le groupe “Magdalena”, dirigé par un religieux de la communauté de Saint Jean ; qui a pour vocation de proposer de l’écoute à des prostitués, des personnes incarcérées ou sous l’emprise de drogues. Puis on rejoint une communauté gitane, empreinte de traditions. Un plan large, où la cohabitation des dogmes, des rites et des superstitions sont mis devant nos yeux.

Une résonance universelle. La grande compassion qui se manifeste entre les êtres transparaît à l’écran. C’est l’espérance qui crie derrière les différentes attitudes des pèlerins. Une galerie de portraits d’hommes et de femmes, qui viennent à Lourdes par foi, désir de guérison ou simplement en quête de reconnaissance et d’amour. On comprend alors tout l’enjeu de Lourdes : quelle qu’en soit la durée, c’est une véritable parenthèse annuelle pour ceux qui la vivent. Cette parenthèse devient celle du spectateur, embarqué dans plusieurs aventures humaines qui se croisent dans un même lieu. Pourtant, aucun jugement de valeur n’est porté sur ces différentes pratiques. La religion, l’Église ne sont définitivement pas le cœur du sujet. Qu’on soit croyant ou non, on est ébranlé par les différents parcours de vie qui se dévoilent à l’écran. Ils questionnent notre rapport à la souffrance des autres et aux miracles de nos existence.

Images de couverture : © Mars Films & Falabracks Productions