Je me suis lancée : j’ai décidé de tester la cup pour des raisons économiques et écologiques. Je commence donc par lire scrupuleusement la notice qui mentionne l’avertissement : ne pas utiliser comme contraceptif. Cela peut paraître anodin, mais pour moi, cette remarque témoigne du chemin qu’il reste à parcourir en terme de prévention. Savoir que 72 % des IVG sont pratiquées sur des femmes qui étaient sous contraception, ne dissuade apparemment pas toutes les ardeurs…

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L’éducation sexuelle en France aujourd’hui

Après ce premier instant de perplexité, je repense à l’article que j’ai lu ce matin : « Le premier contraceptif masculin pourrait être disponible dans six mois ». Je me répète les mots du titre. Le syntagme « contraceptif masculin » ne m’est pas familier. Vous serez d’avis que, quand on pense à la contraception, généralement, c’est l’arsenal féminin qui nous vient à l’esprit. Et cela n’est pas prêt de changer, si je me réfère aux cours de SVT de mon frère en 4ème… Dans celui-ci on explique que la contraception masculine se résume au préservatif. Et…, c’est tout ; au moins ils ne mentionnent pas le retrait ou autre méthode naturelle, que l’on sait bien trop hasardeuse… L’Éducation nationale liste donc les différents moyens de contraception chimique exclusivement féminins : la pilule, l’implant, le stérilet, et la pilule du lendemain ; qu’il faudrait impérativement mettre à part en soulignant que c’est une solution d’urgence ! On peut cependant se réjouir d’une chose : le clitoris figure désormais dans un manuel scolaire, on progresse !

Sinon, les schémas restent foncièrement les mêmes. Le préservatif ? Parfait pour les débuts de relation. Mais si ça devient sérieux  ; bonjour la pilule ! Autrement dit, c’est à la femme exclusivement que revient l’obligation de maîtriser la procréation. Qu’on soit d’accord, demander si votre partenaire est sous contraception n’est évidemment pas une option.

La contraception, un combat historique… à poursuivre

Effectivement la contraception a contribué à « la libération des femmes ». En 1974, un ministère chargé des droits des femmes est créé à part entière  ; et préside à la légalisation de la pilule et à la dépénalisation de l’avortement dans la foulée. De véritables révolutions pour l’époque ! Nous sommes en droit de demander à poursuivre dans cette veine : ce même secrétariat, pourrait tout aussi bien s’atteler au sujet de la contraception masculine. Et si la consultation chez un andrologue devenait aussi commune que celle chez le gynéco ? Qu’en penserait Marlène Schiappa ?

Un moyen contraceptif peu connu qui fait déjà ses preuves : le « slip chauffant »

En réalité, la contraception masculine doit, pour l’instant, faire face à deux fléaux : la méconnaissance totale « ah bon, ça existe? », ou sa réduction à la vasectomie « tu sais je t’aime mais c’est quand-même mieux que tu prennes ta pilule plutôt que je risque mes facultés procréatrices à 20 ans, non ? ». Alors laissons la parole à l’Ardecom, l’Association pour la recherche et le développement de la contraception masculine. « Quand on en parle aux médecins, ils pensent dans leur quasi-totalité que la contraception masculine en est encore au stade expérimental et ne peut être diffusée et prescrite. Ce, malgré un protocole validé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et expérimenté sur 1 500 hommes alors que la pilule est prescrite à des millions de femmes. », peut-on lire sur leur site. Cette association plébiscite par exemple la contraception thermique ; en particulier un système répondant au doux nom de « boulocho »  ; et qui n’est autre qu’un slip chauffant. Quinze heures de port pour ralentir la spermatogenèse. Peut-on oser le rapprochement avec un soutien-gorge ? Ses adeptes seraient une centaine en France, cette invention nous vient de Toulouse et il existe même des ateliers de « Do It Yourself » en Bretagne  ; trop bien quoi ! Ne me dîtes pas que ce moyen est contraceptif par son design, (les testicules sont remontées). Il permet d’éviter un recours à des moyens chimiques. Baisse de libido, prise de poids, mal de tête, vous voyez de quoi je parle ?

La contraception, un enjeu d’égalité

La sexualité se vit à deux : c’est le cas pour tous, les jeunes et les moins jeunes. Certains hommes se préoccupent déjà des effets secondaires de la pilule sur leur partenaire. La pilule a été reconnue diabétogène, crée des douleurs mammaires, est à l’origine de la baisse de libido, la liste est longue. Et non, la baisse de popularité de la pilule n’est pas un caprice. Vous saviez que les expérimentation de la pilule pour hommes ont été ralenties en raison de ces mêmes effets secondaires ?

Pour la petite anecdote, j’en ai déjà parlé à mon copain, et même à ses parents (catholiques pratiquants) et contre toute attente, ils ont été plutôt réceptifs au concept. Je suis persuadée que parler de la possibilité de partager la contraception dans le couple est un enjeu majeur de l’égalité homme/femme.

Avec tout le respect que nous devons à nos aînées pour leur combat, il est temps de mener le notre, à notre tour. La contraception masculine pourra peut-être, à terme, être proposée dans les plannings familiaux.