Entre une jeunesse qui se dit ne pas être concernée par la politique, et une autre complètement engagée qui n’hésite pas à manifester pour revendiquer ce qui lui semble être juste, la perception des jeunes en politique ne semble pas toujours évidente. Pour tenter d’y voir plus clair, L’Alter Ego a interviewé des jeunes de différents horizons afin d’y voir plus clair dans les rapports qu’entretiennent ces jeunes à la politique.

Point culminant de la campagne des municipales de Lille, le debat organise par Sciences Po Lille reunit tous les candidats, sauf le RN qui n a pas voulu participer. – © Quentin Saison / APJ / Hans Lucas

Les jeunes, tous égaux ?

Le fait de naître dans une famille intéressée par la politique qui vote et qui participe aux débats peut être un facteur décisif pour les jeunes. Cela a une influence directe sur notre rapport à la politique. Cela forge nos opinions et nous indique si on sera plutôt de gauche, de droite ou même apolitique. Selon Anne Muxel (1), on a plus tendance à voter dans la continuité de nos parents. La politique devient une sorte d’héritage qui se transmet de génération en génération. On pourrait même parler de reproduction sociale : phénomène mis en évidence par les études sociologiques qui conduit à la transmission des positions sociales, des façons d’agir ou de penser d’une génération à une autre, dans une certaine proportion, entraînant une faible mobilité sociale.

Je ne m’intéresse pas à la politique. À la maison, il n’y a pas de politique, on ne regarde pas vraiment les informations et on n’en parle pas non plus. De plus, je trouve ça trop compliqué pour si peu finalement. Surtout que c’est juste une histoire de manipulation avec celui qui saura convaincre le plus de personnes.

Eva, 18 ans, étudiante en LLCER anglais

Depuis très jeune, j’ai tendance à m’intéresser à la politique. Tout d’abord de façons anodines en regardant à 11-12 ans « Le petit journal ». Ça m’a permis de me familiariser avec certains visages, certaines façons de penser ou encore des éléments de langages récurrents. En grandissant, j’ai essayé de m’intéresser plus en détail à leurs pensées et leurs actions.

Fanny, 17  ans, étudiante

Bien souvent, nous imitons ce que fait notre entourage, mimant ainsi certaines idées politiques (ou pas). Et cela influence notre perception de notre légitimité politique. Quand on vient d’une famille d’ouvriers ou d’un quartier en zone prioritaire, ou de REP+, on peut penser que l’on a moins de chose à dire, que l’on n’est pas légitime du fait de la classe sociale à laquelle on appartient. Que notre parole importe moins que des personnes issues de milieux aisés. À cela s’ajoute le sentiment de marginalisation de la part des classes politiques. Ils ne s’intéressent à ces classes sociales que lorsqu’ils ont besoin de votes. Sinon, la plupart du temps on la méprise, la pensant incapable de penser par elle-même, utilisant un langage élaboré, créant cette distance entre “eux et nous”. À l’inverse, les personnes baignant dans la politique depuis leur plus jeune âge, ont plus tendance à s’y intéresser. Ils auront plus de chances de créer le même schéma que leurs parents. La légitimité politique des jeunes repose en partie sur la légitimité de leur entourage. S’ils se sentent écoutés, ils auront plus de facilité à entrer dans le débat politique.

On devrait se sentir concerné, mais pour certains le fait de ne pas être encore majeur pourrait mettre en tête que la politique n’a pas encore un grand intérêt pour nous.

Exaucé, 18 ans, étudiant

Le fossé entre les jeunes et la politique tend-il réellement à disparaître ?

Les événements de la fin d’année 2018, montrent que cet écart entre les jeunes et la politique tend à disparaître. Les jeunes ont décidé de se révolter contre les mesures prises par le gouvernement notamment avec la création du Service National Universel. Lors des manifestations lycéennes, l’État a demandé à ce que les lycéens restent à l’école en mettant en place « des moments de paroles » pour faire remonter leur mécontentement. Or, cela a été mis en place pour empêcher que les jeunes puissent utiliser librement leur droit de parole en manifestant. Renvoyant ainsi une image de la jeunesse qui doit être éduquée et qui ne sait pas de quoi elle parle. L’écologiste Greta Thunberg, lors de son allocution en France, a été décrédibilisée du fait de son jeune âge. Ils ne pouvaient pas croire qu’une adolescente puisse réfléchir par elle-même. Ils ont alors pensé qu’elle était une sorte de marionnette utilisée pour nous faire culpabiliser du sort de la Terre.

Oui et non, car autant une partie de la jeunesse est intéressée tandis qu’une autre partie ne comprend pas en quoi c’est nécessaire pour eux (par manque d’informations).

Lisa, 18 ans, étudiante en double licence de droit

La non-écoute à l’égard des jeunes

Cette impression de non-écoute et de discrimination due à l’âge repousse certains jeunes à prendre part à la vie politique. Par exemple, lors des manifestations lycéennes, certains adultes ont commenté (sur Facebook entre autre) que les lycéens devraient plutôt retourner à l’école au lieu de faire du bruit pour rien, ou encore qu’ils devaient laisser les adultes gérer les problèmes. On décide de réformes importantes comme celle sur le collège, le lycée et l’université sans prendre en compte l’avis des principaux intéressés, ni même leur expliquer en quoi cela va consister. Les jeunes sont alors utilisés comme des arguments politiques. C’est aussi cette non-écoute qui nous pousse à prendre la parole, pour changer la façon dont sont prises les décisions. 

Je pense que oui dans la mesure où les médias décrédibilisent les jeunes et où les grandes figures politiques parlent avec détachement de leurs projets qu’ils ont pour eux, ils n’écoutent pas leurs besoins et se contentent de dire « c’est pour votre bien »

Farah 19 ans étude d’ingénierie La Celle St Cloud

Manifestation des architectes enseignants, praticiens, etudiants, et administratifs des ecoles d’architecture devant le ministere de la Culture, le 4 fevrier 2020. – © Ophélie Auzière / APJ / Hans Lucas 

Le manque de représentation des jeunes en politique

Cette non-écoute va aussi de pair avec cette impression pour certains jeunes de ne pas être assez représentés en politique. Les jeunes (qui peuvent voter) sont un atout électoral. Hormis ces périodes-là, les jeunes sont délaissés et mis de côté dans le débat politique. De plus en plus de partis politique créent des mouvements de jeunesse comme les jeunes avec Macron pour La République en Marche, les jeunes socialistes pour le parti socialiste… Cela montre qu’il est presque devenu primordial d’inclure les jeunes dans leur parti. C’est ce qui peut faire pencher la balance en leur faveur. Malgré cette envie d’inclure les jeunes, on remarque qu’ils ne sont toujours pas autant ancrés dans le débat politique. Ceux qui parlent à la télévision participant aux débats qui les concernent de près, sont presque à chaque fois tournés en ridicule ou discrédités.

La question est peut-être celle-ci : les jeunes sont-ils représentés par des jeunes ? À l’Assemblée ou au Sénat, visiblement non. Nous sommes encore occupés à étudier, à travailler. Par conséquent, ce sont des élus d’âge mûr ou vieillissants qui représentent une frange de la population qui ne doit pas être ignorée. C’est alors que se pose un problème : ont-ils encore toute leur légitimité puisqu’ils sont éloignés de nos préoccupations ? Un autre problème se pose aussi : les jeunes ne font pas tous partie du même milieu social. Par conséquent, même si ces élus répondaient de leur expérience passée, il n’empêche que la question de la reproduction sociale se pose. Les jeunes trouvent donc d’autres manières de s’exprimer, par le biais des manifestations, comme nous l’avons vu lors de la marche pour le climat (du moins lorsqu’ils peuvent se déplacer en ville).

Elif Demir, 18 ans, Bac L, études au lycée de Confolens

Un fossé non mais un écart car principalement les partis politiques sont représentés par des personnes d’un certain âge

Simon, 18 ans, étudiant en droit

L’intégration des jeunes dans la vie politique

Les dernières élections montrent, malgré le fait que les jeunes ne soient pas pris au sérieux, que l’on ose s’engager. Lors des élections européennes, malgré l’abstention chez les jeunes (toujours hautes, mais en baisse néanmoins), les jeunes ont voté. La plupart pour les mêmes partis que leurs parents. D’autres ont voté pour l’écologie qui s’est placée comme étant le premier parti chez les jeunes. Les jeunes entrent dans le débat politique. Nous ne sommes plus dans les anciens paramètres où les jeunes n’avaient pas leurs mots à dire et devaient sagement rester à l’école. Même si tous les jeunes ne sont pas tous d’accord avec le fait que l’on devrait être consulté. Cette diversité des opinions montre à quel point, les jeunes tendent à faire partie du paysage politique. 

Oui. Ces réformes les concernent et auront un impact sur les générations à venir. Je pense qu’il faut aussi beaucoup plus informer les jeunes quant à ses réformes, pour quelles raisons est-ce qu’elles sont mises en place ? Comment va-t-elle les affecter ? etc. Ayant été des premiers à utiliser Parcoursup, beaucoup d’entre nous ne comprenaient pas pourquoi cette réforme avait lieu, nous avons eu le droit à beaucoup de surprises et l’on prétend aujourd’hui que Parcoursup et APB ne sont pas comparables or ces deux plateformes ont exactement la même fonction.

Farah, 19 ans, étudiante en ingénierie

(1) directrice de recherche au CEVIPOF et réalisatrice du documentaire Famille, dispute, et politique 2012 pour France TV