Ce mouvement de désobéissance civile a fait couler beaucoup d’encre à Londres, à Paris, ou encore à Madrid… Mais de quoi s’agit-il exactement ? Tribune d’une nouvelle rebelle investie dans les coulisses du mouvement à Madrid.

MATÉRIEL POUR REBELLE – © EXTINCTION REBELLION

Il y a quelque temps, je me suis intéressée à la branche parisienne du mouvement international Extinction Rebellion. Tombée par hasard sur leur page instagram, je me suis penchée sur les actions et les revendications de ce mouvement pacifique de désobéissance civile (voir notre article La désobéissance civile, le nouveau credo des jeunes écolos). Comme beaucoup de jeunes aujourd’hui, le changement climatique m’inquiète. Il met en péril le futur des espèces, de l’humanité, et par conséquent, le mien. Individuellement, agir contre le réchauffement climatique, c’est « possible », cela passe par la modification de son mode de consommation, acheter local, bio, éviter les produits suremballés, privilégier les transports en commun, boire dans une gourde… Plus nous sommes nombreux à mettre ça en place, plus ce sera efficace. C’est ce que XR m’a appris, au cours des réunions, débats et actions du mouvement auxquels j’ai participé. Pour bien comprendre les enjeux, plongeons dans les coulisses d’un mouvement social international.

Extinction Rebellion qu’est-ce que c’est ? Abrégé XR, il s’agit d’un mouvement né au Royaume-Uni, plus précisément à Londres, en octobre 2018. Ce mouvement a pour but de dénoncer l’inaction des gouvernements dans la lutte contre le réchauffement global et les inciter à mettre en place des mesures efficaces. Pour cela, XR met en place des manifestations pacifiques et des performances artistiques coup de poing. Leur symbole est un sablier entouré par un cercle qui illustre la Terre. Le sablier fait référence au temps qui nous est compté et aux espèces qui disparaissent, une toutes les 8 minutes indique le mouvement sur son site internet, la couleur verte pour l’écologie, et le noir pour le deuil. 

La réunion de bienvenue, premier pied dans la rébellion 

J’ai tout de suite été séduite par ce moyen pacifique, écologique, et communautaire de se rebeller contre la passivité des gouvernements face à ce qui pourrait bien devenir, selon les scientifiques, la 6ème extinction de masse. Après avoir passé quelque temps sans m’y intéresser davantage, j’apprends par les médias qu’en raison des débordements au Chili, la COP25 aura lieu à Madrid. Ce détail m’intéresse particulièrement car je serai justement dans la capitale espagnole à ce moment-là. Quelques jours plus tard, au milieu d’une discussion, mon colocataire évoque XR Madrid et comment la COP25 pourrait être l’occasion rêvée de se faire entendre. Nous décidons alors d’en apprendre davantage et ainsi, de se rapprocher d’Extinction Rebellion.

J’ai tout de suite été séduite par ce moyen pacifique, écologique, et communautaire de se rebeller contre la passivité des gouvernements face à ce qui pourrait bien devenir, selon les scientifiques, la 6ème extinction de masse.

Ni une ni deux, voilà qu’un jeudi soir je me retrouve à une réunion hebdomadaire de bienvenue du mouvement, en compagnie d’une trentaine d’autres curieux. Empreints de bonne volonté et d’activisme, nous assistons à l’exposé détaillé des membres présents pour l’occasion, qui énumèrent les objectifs, les demandes, et les principes du mouvement. Il existe des branches d’XR partout en Espagne et celle de la capitale est, logiquement, la plus active. Tout le monde est très accueillant et l’ambiance est chaleureuse. Cette réunion est sociologiquement fascinante : la majorité  des âges est représentée, bien qu’il y ait une majorité de jeunes entre 18 et 30 ans, et de tous les milieux sociaux, une dame en costard directrice de banque est en effet assise à côté d’un jeune mécanicien. Un quart des effectifs peut-être, est de nationalité étrangère et de passage pour quelques mois seulement à Madrid, ce qui me confirme que la lutte continue même loin de chez soi.

Marche pour le climat du 8 Decembre a Paris a l’occasion de la Cop 25 de Madrid. Cortège de manifestants.  – © Juliette PAVY / APJ / Hans Lucas

Un mouvement touche à tout

Au cours de la réunion, chacun a la parole. Tout est assez clair, même si l’espagnol fuse de tous les côtés, et que je m’accroche à mes homologues français pour bien saisir. Je retiens changement, partage, écologie, respect, mission, pacifisme, non-violence, autonomie. J’apprends que dans le mouvement, la hiérarchie est inexistante, chacun s’implique comme il le veut, sans jugement. J’apprends également le rôle central de l’art dans l’expression des revendications du mouvement. Les performances artistiques telles que le théâtre ou la danse sont omniprésents. Au mois d’octobre, les militants avaient par exemple investi le Pull and Bear de la capitale espagnole et prétendu être morts sur le sol de celui-ci, afin de dénoncer la pollution engendrée par l’industrie de la mode et la fast-fashion. Tout est réfléchi, car pour un mouvement d’une telle ampleur, pas le droit à l’erreur.

Les domaines de compétences du mouvement espagnol sont extrêmement bien cadrés et divisés en 3 demandes concrètes  : 

Tout d’abord, l’exigence de vérité. Les gouvernements doivent reconnaître et dire la vérité quant au  caractère urgent du changement climatique, mais aussi promouvoir une urgence climatique de grande ampleur. Vient ensuite la mise en place de résolutions immédiates pour réduire concrètement et efficacement les émissions de gaz à effet de serre. Le but est d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2025, ce qui passe par la réduction de la consommation et la transition vers une décroissance énergétique planifiée. Et enfin, la création d’une assemblée citoyenne chargée de superviser les changements et de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable.

Ces demandes suivent la ligne des 10 principes et valeurs du mouvement (à voir sur le site français du mouvement), qui mêlent organisation, démocratie, et bien sûr, écologie. Les demandes se décomposent, à Madrid, en d’autres branches qui passent par la branche d’expression artistique (théâtre, danse, chant)  la logistique (autorisations municipales, lieu, heure, organisations des réunions), ou encore la communication avec les institutions nationales. 

Après deux heures de jeux de rôle, de propositions d’actions et de présentations (collective et individuelle), chacun exprime son ressenti par rapport à cette réunion et naturellement ce que le changement climatique représente à ses yeux. C’est un moment fort qui nous montre qu’à n’importe quel âge ou condition, on se sent tous concerné et, pour la plupart, apeuré par les changements à venir. Un jeu de « team building » vient définitivement clore la réunion et après quelques minutes à discuter à droite à gauche, je rentre chez moi. 

Mais en arrivant chez moi, le doute s’installe. Le travail semble insurmontable. Faire des performances artistiques, des blocages et des manifestations pacifistes, quels changements concrets cela peut-il apporter ?

En sortant, tout semble clair, cette réunion a le mérite de donner envie aux participants de rester. Mais en arrivant chez moi, le doute s’installe. Le travail semble insurmontable. Faire des performances artistiques, des blocages et des manifestations pacifistes, quels changements concrets cela peut-il apporter ? Pourtant, à bien y réfléchir, je ne dois pas être la seule à penser comme cela. Les milliers d’autres membres du mouvement ne croient pas non plus à la magie. Finalement, il s’agit  de se faire entendre, voir, et surtout, écouter. Extinction Rebellion tourne autour de plusieurs objectifs dont la dénonciation de l’inaction des gouvernements quant au changement climatique, et la revendication immédiate d’un changement drastique de gouvernance, pour une planète plus égalitaire, plus vivante et plus verte. Pour cela, un des principes majeurs passe par la diffusion de la vérité, c’est-à-dire la sensibilisation. Par ses actions, XR permet à beaucoup de réaliser l’urgence de la situation et/ou de s’engager pour y lutter. Sans pour autant nous pousser à nous engager sur le terrain, le mouvement veut nous montrer que la mobilisation se fait également dans les esprits. Connaître les enjeux et les conséquences du changement climatique, c’est déjà prendre conscience que cela se joue auprès de nos gouvernements mais également à notre échelle. L’importance du nombre est essentiel, et c’est pour cela que chaque individu est  essentielle. 

En plus d’avoir répondu à mes questions, cette réunion a su déconstruire les idées toutes faites que j’avais sur ce genre de mouvement de désobéissance civile. Extinction Rebellion s’est construit doucement, et a parfois été dépassé par l’éventail de revendications et de changements nécessaires. Il a su mettre de côté l’aspect rebelle et insurgé qui va souvent de pair avec ce genre d’action, pour se stabiliser et proposer des actions concrètes, moins nombreuses mais plus organisées et réfléchies.

Pour s’intéresser davantage au mouvement, voici le lien du site internet de la branche française : https://extinctionrebellion.fr/index.html