À 22 ans, Joseph Gotte est une figure montante chez les chrétiens évangéliques. Avec son livre Vivre sa jeunesse autrement aux éditions Première Partie, il a pour ambition de proposer « une alternative au grand vide que tant de nos contemporains ressentent ».

Joseph Gotte – © Théo Moy pour L’Alter Ego/APJ

« Je suis désolé de ne pas avoir répondu à toutes les questions… » Lorsque l’on quitte Joseph, après une heure d’échanges, il paraît inquiet de ne pas être à la hauteur. Une humilité toute chrétienne qui ne résiste pas à une brève biographie. En deuxième année de master en communication politique, il combine un stage à l’Assemblée nationale avec la tenue d’un blog connu dans les sphères chrétiennes et la promotion de son livre. Dans un café banal du sud de Paris, on rencontre un jeune homme sage et mature.

Dans son livre, il exhorte à « l’audace d’aspirer à la saine folie » et à « quitter sa tiédeur pour répondre à l’appel du christ ». Attablé devant son café allongé, il ne semble ni fou, ni bouillant. Calme, appliqué, il répond méticuleusement et ne se laisse pas embarquer sur des terrains pentus. Ses sujets de prédilection ? La pornographie, le carriérisme et la consommation, autant d’addictions dont la jeunesse souffre. Il veut convaincre ses pairs du bonheur de la « liberté » retrouvée lorsque l’on refuse de s’y engouffrer. Un discours péremptoire certes, mais servi par une somme d’anecdotes, un témoignage fourni qui le rend acceptable. « Dans mon livre j’ai essayé d’être le plus transparent, le plus proche de la réalité, d’éviter de construire une façade trop travaillée », raconte-t-il.

Pourquoi Jésus ? Ses parents sont pasteurs protestants, pas un cadeau pour un collégien. « Je n’en parlais pas à mes copains, sur les fiches de présentation je pouvais écrire que mon père était bûcheron ». Un bac pro en poche, il quitte le cadre tourangeau pour étudier à Bordeaux. Au détour d’un cours, il s’interroge profondément sur la mort. Une expérience mystique et un réinvestissement personnel de la foi suivent. Il est « touché dans [son] cœur ». Aujourd’hui, il pense que son expérience peut inspirer ceux qui sont en quête de sens. « Évidemment je suis content quand ça touche des chrétiens mais c’est quand ça atteint d’autres personnes que je suis le plus heureux. » Les attirer vers Dieu ? Il promet que ce n’est pas son objectif, qu’un non-croyant peut trouver dans son récit des « clefs ».

Dans mon livre j’ai essayé d’être le plus transparent, le plus proche de la réalité, d’éviter de construire une façade trop travaillée

Joseph Gotte

La question lancinante que se pose Joseph, c’est de savoir où est sa place. Les études dans la publicité ne l’ont pas convaincu. « Les marques veulent faire croire qu’on peut changer le monde avec des pubs » mais lui voit surtout leur responsabilité dans les « dégâts environnementaux ». D’ailleurs, il a participé aux marches pour le climat. Cette année, il travaille auprès d’un député En Marche, « une belle opportunité ». Il précise que c’est un des huit membres du parti présidentiel qui ont voté contre la récente loi de bioéthique. S’il ne veut pas s’épancher sur ses opinions, il évoque volontiers la politisation des chrétiens. « Historiquement les chrétiens sont très engagés sur les questions d’éthique, de parentalité, mais je me demande comment on peut avoir une parole sur des questions plus larges : consumérisme, matérialisme, dérèglement climatique… ». Le protestant souligne la modernité d’un « catholicisme de gauche » pertinent dans la quête de justice sociale et de lutte écologique.

Joseph préfère « partager en premier [sa] foi » plutôt que ses opinions morales ou politiques. D’ailleurs il considère son rôle auprès des politiques comme celui d’un conseil avisé, inspiré, en retrait. A l’abri aussi, de l’hubris du pouvoir. « Le jeu politique est destructeur », soupire l’étudiant qui aspire à faire entendre les voix de la jeunesse dans les plus hautes sphères. « Être « ambassadeur » de ma génération me brûle de l’intérieur ». Une ambition qui ne manque pas de souffle. Pour Grégory Turpin, le chanteur et éditeur qui vient de publier le livre de Joseph, il n’y a aucun doute, « l’humilité » et la « sagesse » de Joseph le promettent à un grand avenir. Pour l’instant, c’est plutôt un doute permanent qui l’habite, rien d’anormal pour un « jeune ».