Après 365 jours à filmer les violences policières Ladj Ly nous offre 1h40 de Misérables.

Plot 

Les Misérables réalisé par Ladj Ly est en salle depuis le 20 novembre 2019. Véritable bombe, il vient bousculer dans un contexte de grève sociale les représentations sur la banlieue, mais surtout sur les banlieusards.

On suit le quotidien d’un policier – Stéphane, interprété par Damien Bonnard, qui intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, commune de Seine-Saint-Denis. Suite à une mutation, il est intégré, en plein été, dans une équipe déjà composée de deux bacqueux, qui sont des habitués de la cité des Bosquets.

On y suit également le quotidien des enfants, des petits garçons, qui jouent à la cage, qui remplissent des piscines gonflables.

On suit surtout les tensions qui pèsent sur la cité entre les religieux, les trafiquants, les nouveaux, les anciens, entre les communautés, entre les représentants de l’ordre et les médiateurs, entre les enfants et le reste du monde.

Mais, sous la chaleur écrasante du béton, on vole des lions.

© SRAB Films – Rectangle Productions – Lyly Films

Le Cluedo des Bosquets

Les Misérables est un huis-clos, un Cluedo : il faut retrouver un lionceau appartenant à un zoo tenu par des gitans au abords de la cité. Pour calmer les tensions au sein du quartier la bac se voit chargée de retrouver le lionceau. Alors, comme dans le jeu de société, les rôles sont distribués. L’enquête s’avère complexe – les personnages sont poussés, avec de véritables identités.

© SRAB Films – Rectangle Productions – Lyly Films

Le véritable thème du film est l’identité, ou comment se construisent les identités en banlieues. Ou encore, comment se construisent les identités aujourd’hui dans la misère. Rien n’a vraiment changé depuis le XIXème siècle : les barricades, les enfants des rues… Aujourd’hui, Gavroche s’appelle Issa.

Les bavures policières confrontées aux nouvelles technologies

Si le film a été comparé avec La Haine de Mathieu Kassovitz, il faut voir dans Les Misérables un témoignage différent : le film revient sur l’utilisation des nouvelles technologies comme moyen de dénonciation des bavures policières. Les séquences filmées par le drone d’un jeune devient en une journée la pire angoisse de la brigade anticriminalité. Un élément clef du film, qui fait référence à la fois au contexte de violence actuelle mais également et sans aucun doute aux bavures policières de 2005 et à la mort injuste de Zyed Benna et Bouna Traoré. C’est cette même injustice qui incita Ladj Ly, le réalisateur, à produire 365 jours à Clichy Montfermeil, un film documentaire consacré aux violences policières à Montfermeil, produit par le collectif Kourtrajmé. Celui-ci réunit des images d’archives de présentation du complexe social de Clichy Montfermeil et des vidéos de soirées d’affrontements dans la cité entre les forces de l’ordre et les jeunes. 

Les Misérables est alors un peu la suite de 365 jours à Clichy Montfermeil, mais aussi l’espoir qu’avec ce format grand public et sa nomination aux oscars, Kourtrajmé peut poursuivre sa mission de sensibilisation à la violence dans les quartiers populaires. 

Violences et beauté 

Si tout est violence dans le film – le langage des représentants de l’Etat, la violence de la pauvreté, du trafic, des conflits, des gestes – certains plans font ressortir la beauté d’un paysage urbain abîmé par le temps. Même si le béton a vieilli et la cité a perdu de ses couleurs, il reste les centres de vie : le marché coloré, les appartements où se réunissent les femmes pour parler, les cages de foot.

On en ressort frappé, ému, révolté. On se dit qu’on savait déjà. On était déjà au courant. L’apparition à l’écran de différentes communautés, de différents acteurs de la vie en cité permet une vision globale, plus neutre des tensions existantes en Seine St.Denis. La réalité est si proche. La fiction si crédible.