Le 20 octobre dernier a marqué le début d’une vague de violences dans le pays andin. Les élections présidentielles sont à l’origine de ces violences qui ont fait une trentaine de morts.

De la réélection d’Evo Morales à un possible coup d’état

Après 13 ans de présidence, Evo Morales est réélu le 20 octobre pour la quatrième fois. Il débute officiellement son nouveau mandat, le 25 octobre avec 47,08 % des voix contre Carlos Mesa, candidat du Front Révolutionnaire de Gauche, avec 36,51 %. Cependant, cette réélection n’est pas au goût d’une partie de la population bolivienne. Les opposants, accompagnés de Carlos Mesa, dénoncent fraudes, et autres irrégularités dans les votes du premier tour des élections présidentielles. Un climat de tension s’installe alors entre les partisans et les opposants de la politique d’Evo Morales.

Le 28 octobre, la capitale économique, Santa Cruz, est plongée au cœur d’affrontements civils. Le 5 novembre, Luis Fernando Camacho se rend à La Paz afin de remettre à Evo Morales sa lettre de démission. Le candidat d’extrême droite est arrêté pour des partisans de Morales qui avaient alors envahi l’aéroport d’El Alto, l’obligeant à faire demi-tour. Pas plus d’une semaine plus tard, la police décide de se joindre au peuple dans les manifestations au sein des diverses provinces boliviennes.

Dans l’espoir de ramener le calme dans son pays, Evo Morales décide de donner sa démission le 10 novembre. Il s’exile au Mexique le lendemain. Une fois arrivé au Mexique, l’ex-président bolivien dénonce « un coup d’Etat ». Selon lui, cette démission forcée ne serait qu’un coup-monté de l’opposition permettant alors à la seconde vice-présidente du Sénat, Jeanine Añez, d’accéder à la présidence, par intérim, du pays. Les « pro-Morales » ne souhaitent pas voir Jeanine Añez, soutenue par le candidat d’extrême-droite, à la tête du pays et réclament le retour d’Evo Morales. Le pays est encore une fois déchiré par de violentes protestations. Ces affrontements auraient déjà fait plus d’une trentaine de victimes.

Une crise sujette à questionnement

Il est important d’évoquer le remaniement de la Constitution bolivienne par Evo Morales. Malgré un bilan global positif notamment grâce au PIB qui est passé de 800€/hab à 2000€/hab, une partie de population bolivienne juge que le président indigène aurait dû quitter le pouvoir en 2016, comme initialement prévu par la Constitution. En effet, Evo Morales, en 2016, l’avait modifiée afin de pouvoir être réélu une nouvelle fois. Un changement qui n’a pas su séduire les boliviens et qui soulève un questionnement sur la légitimité de cette réélection, notamment d’un point de vue démocratique.

Le président Evo Morales avait évoqué de grands projets pour l’avenir du pays, comme par exemple l’exploitation des ressources en lithium de la Bolivie. Malheureusement, très peu de ses promesses ont été tenues. Ainsi, il aurait été plus judicieux qu’une personne de son parti reprenne la présidence intérim afin de continuer dans ses pas.

La prise de pouvoir de Jeanine Añez pose également problème car elle a été fortement soutenue par l’armée et la police qui s’étaient précédemment mutinées et avaient tourné le dos au président Morales. Beaucoup, notamment les médias occidentaux, rejettent l’utilisation du terme de « coup d’état » car l’armée n’avait pas directement agi et le président avait lui-même démissionné. Cependant, à la vue de l’implication de l’armée auprès de Jeanine Añez, il serait légitime de se questionner sur le rôle que celle-ci a joué dans cette démission. De nouvelles élections ont été prévues pour le 20 mars prochain par Jeanine Añez, qui a promulgué une loi précisant qu’Evo Morales ne pourra pas participer à ces élections. Le parti de l’ancien-président a lui même soutenu cette loi.

Aujourd’hui, Evo Morales essaye de faire profil bas alors qu’il est visé d’un mandat d’arrêt pour « sédition et terrorisme ». Il se dit pourtant confiant pour les élections de 2020. En effet, même s’il ne peut pas se présenter comme candidat, il peut quand même participer et avoir de l’influence au sein de son parti. Il semblerait que la situation entre le gouvernement bolivien, bien décidé à éloigner l’ancien président du monde politique, et Evo Morales ne se soit pas apaisée. Cependant, il reste à comprendre les réelles motivations du gouvernement bolivien à vouloir écarter Evo Morales de la vie politique.