Les résultats de l’enquête internationale PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis), qui mesure les performances en lecture, écriture, mathématiques et sciences des collégiens de 79 pays, ont été publié le 3 décembre 2019. La France reste dans la moyenne, mais les inégalités scolaires persistent…

© Tristan Vartanian pour L’Alter Ego / APJ

Classement PISA : bien, mais peut mieux faire

Les élèves français progressent. C’est ce qu’affirment les derniers résultats de l’enquête PISA, publiée tous les trois ans par l’OCDE : la France se place en milieu de tableau, à la 23ème position, entre la Belgique et le Portugal. Le pays demeure néanmoins socialement inéquitable, tout comme l’Israël, le Luxembourg et la Hongrie. Et pour cause, l’école renforcerait ces inégalités sociales.

Des inégalités sociales très marquées

Le discours institutionnel prétend que l’école assurerait à tous les élèves un égal accès à l’enseignement qui aboutirait à une ascension et une promotion sociale. Or, elle ne fait que reproduire ces inégalités sociales. Les classements PISA et les études sur les origines sociales des élèves et étudiants et leurs résultats scolaires confirment d’ailleurs chaque année ce même phénomène de reproduction des inégalités. Les sociologues français Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron expliquaient déjà cela en 1964, dans l’ouvrage Les Héritiers et dans le reste de leurs travaux : l’école s’adresse à tous les élèves de la même façon, peu importe leur origine sociale. Pourtant, ceux-ci ne sont pas également dotés en capitaux économiques (niveau de revenu), culturels (culture transmise par les parents, objets culturels dont disposent les enfant chez eux), sociaux (les « relations socialement utiles » disent-ils) et donc en capital symbolique (un certain prestige social). En d’autres termes, les enfants des classes supérieures maîtrisent déjà un langage oral correct, voire soutenu, qu’ils entendent dans leur famille depuis leur naissance et sont déjà confrontés à la culture légitime, c’est-à-dire reconnue socialement. Mais tous les élèves ne disposent pas de ces codes. 

Comment l’école perpétue-t-elle ces inégalités ?

L’école va associer les réussites des plus favorisés à des talents personnels et les échecs des moins favorisés à un manque de travail ou de volonté, par exemple. Ainsi, les élèves issus de milieux économiquement et culturellement favorisés ont davantage de chances de réussir à l’école. Dès lors, les élèves issus de milieux défavorisés seraient concurrencés par l’héritage économique et culturel de leurs camarades et seraient donc, entre autre, moins ambitieux. Certains n’envisageraient pas de poursuivre leurs études après le baccalauréat, par exemple. 

Ainsi, d’après la théorie de Pierre Bourdieu, le modèle méritocratique, qui renvoie à l’aboutissement d’une position sociale par ses talents personnels ou son travail, va s’invalider : l’école valorise la culture transmise par les classes supérieures et ne va pas reconnaître la culture populaire. Par exemple, certains angles du cours ne sont jamais mis au clair car ils paraissent logiques pour les professeurs et les élèves issus de milieux sociaux favorisés. Or, ce manque de précision pourrait entraîner des difficultés chez les élèves des milieux populaires. Ainsi, tant que l’école ne donnera pas aux déshérités les moyens d’assimiler ce que les autres ont hérité, les inégalités continueront de se perpétuer… 

Un climat concurrentiel

Aujourd’hui, en France, les diplômes sont un gage de prestige et de réussite et deviennent nécessaires pour décrocher un emploi. Ainsi, les élèves issus de milieux favorisés sont poussés à poursuivre des études dans de prestigieuses universités ou à intégrer des grandes écoles, tandis que les élèves issus de milieux populaires vont souvent être orientés vers des formations plus courtes et moins valorisées, jugées plus adéquates pour eux (des lycées professionnels, par exemple). Les classes populaires se retrouvent donc enfermées dans le destin que la société leur assigne : confrontées aux codes de la culture dominante qu’ils n’arrivent pas forcément à acquérir, ils se retrouvent en décalage face à leurs camarades…

Des solutions pour lutter contre ces inégalités ?

Pour parvenir à un système plus équitable et diversifier les profils, quelques grandes écoles font le choix de supprimer leur concours d’entrée en première année. C’est notamment le cas de Sciences Po Paris, qui mettra fin à ses traditionnelles épreuves écrites dès 2021. Par ailleurs, ces établissements accueillent de plus en plus d’élèves boursiers : en 2015, 3 élèves sur 10 percevaient une bourse du CROUS. Et d’autres mesures sont à prévoir. L’école d’ingénieurs Polytechnique a évoqué la mise en place d’une « bonification » lors des épreuves écrites pour les boursiers : ils bénéficieraient d’un léger avantage dans leur moyenne, leur permettant d’accéder plus facilement à l’écrit. Mais ces solutions sont-elles suffisantes ? En France, les institutions ne peuvent pas pleinement lutter contre ces inégalités car tous les élèves ne sont pas préparés à ce que l’école enseigne, c’est-à-dire les codes de la culture dominante.

Le constat est ainsi le même qu’il y a cinquante ans : l’école reste indifférente face à l’héritage culturel de ses élèves. En d’autres termes, le système scolaire transforme les inégalités sociales des élèves en inégalités scolaires, et de ce fait, les légitiment. Selon Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, pour les enfants issus des milieux populaires, « l’acquisition de la culture scolaire nécessite une véritable acculturation ». S’ils veulent réussir, ils n’ont pas d’autre choix que de s’accrocher et de s’adapter…