Dans les précédents articles sur le jazz, nous vous avions parlé des grandes figures du jazz, de certains standards et de la multiplicité des genres qui en découlent. Et nous vous voyons venir. Vous allez nous dire que certes, c’est bien beau tout cela, mais que nous ne parlons pas du jazz qui dépoussière le genre, de la nouvelle scène. Et vous pensez probablement que celle-ci est inexistante. Avec cet article, nous avons voulu vous faire découvrir la nouvelle scène jazz. Nous espérons que vous serez convaincus. Que vous soyez fans de rock, de rap, d’afrobeat, ou de hip-hop, vous devriez trouver sans mal aucun votre bonheur dans ce troisième article de notre série.

Christian Scott, trompettiste (1983)

Fer de lance d’une nouvelle génération de musiciens de jazz qui aiment à explorer, Christian Scott sait jouer avec les registres et voyager entre eux. Il a même inventé son propre genre, qu’il appelle le stretch, mélangeant le jazz le plus classique au rap, au rock, à la trap et à l’afro beat. Le trompettiste a aussi et surtout la qualité rare de savoir parfaitement s’entourer, et il le rappelle à chaque concert lors de longs éloges aux futurs musiciens majeurs qui l’accompagnent, que ce soit le batteur Corey Fonville, le saxophoniste Braxton Cook ou l’incroyable flûtiste Elena Pinderhugues. Fils d’un chef indien, sa musique est un engagement, une dénonciation : contre le racisme, les abus de la police aux Etats-Unis ou pour la consécration de l’esprit « gangsta ». Déjà l’un des plus grands trompettistes que le jazz ait connu, à seulement 34 ans.

Makaya McCraven, batteur (1983)

Le batteur qui officie maintenant à Chicago a grandi avec la culture hip-hop et ne saurait s’en défaire. Il a joué avec 50 Cent, le Wu-Tang Clan ou The Wailers, tout en se réclamant influencé par Archie Shepp ou Yussef Lateef. Avec un père batteur de jazz et une mère chanteuse de folk hongroise, McCraven a eu l’opportunité de découvrir des styles très différents, ce qui lui a permis de se définir une identité propre et immédiatement reconnaissable. D’une précision folle, il a déjà beaucoup joué avec un autre acteur majeur de la nouvelle scène, le trompettiste Marquis Hill, avec qui il a collaboré sur plusieurs albums. Un batteur ultra rapide, et ultra précis, capable de solos à s’en décrocher la mâchoire.

Mark Guillana, batteur (1979)

Mark Guiliana est un batteur de 38 ans. Il a fait partie d’un trio puis d’un quartet avec le célèbre contrebassiste Avishai Cohen pendant cinq années. Il a aussi collaboré avec David Bowie pour l’album Blackstar. Mark Guiliana a longtemps joué et travaillé avec des musiciens de jazz et ce n’est qu’en 2012 qu’il entame une carrière solo. Il est aujourd’hui considéré comme l’une des étoiles montantes du jazz. Sa musique est tonique et chacun des mouvements pulse, il la surnomme la « beat music ». Les morceaux joués par Mark Guiliana sont puissants et sanguins dans leur musicalité.

Cory Henry, organiste (1987)

Petit génie touche à tout, Cory Henry commence à jouer de l’orgue à 2 ans, et n’a pas lâché l’instrument depuis. Après s’être fait un nom grâce à Snarky Puppy, dont il est par ailleurs toujours membre, Cory Henry connaît le succès en solo grâce à des concerts au souffle fantastique. Il y joue du jazz, de la soul, de la pop, des grands titres de Prince ou Stevie Wonder et exhorte la foule à des mouvements incontrôlés, à une danse insensée, à un lâcher prise complet. Capable de créer des morceaux aux paroles aussi complexes que « Nanananana », et qui pourtant restent dans la tête et entraînent, sans trop comprendre pourquoi, le jeune organiste a créé un style dans lequel il chante l’amour de l’autre. Le nouveau « Mr Feel Good ».

Snarky Puppy, groupe (2004)

Groupe existant depuis quatorze ans et né à Brooklyn, Snarky Puppy est une formation de jazz fusion. Particularité de ce dernier : il est composé d’une quarantaine d’instruments qui vont de la guitare aux cuivres, en passant par les bois ou encore les percussions. Snarky Puppy est un ensemble spécialiste de l’improvisation, et lors de chacun des concerts du groupe, chaque morceau est ré-interprété, rejoué d’une manière différente, ce qui fait sa singularité. La tonalité de leurs morceaux est assez planante, et leur musique a des contours enveloppants, si bien que dès lors que l’on débute un morceau, on ne voit pas le temps passer.

Gogo Penguin, groupe (2012)

Groupe au nom pouvant faire sourire, Gogo Penguin est un oiseau qui ne vient pas de l’Antarctique mais de Manchester. Ses parents se sont rencontrés au Collège de musique de Londres et l’ont pondu en 2012. Composé d’une batterie, d’un piano et d’une contrebasse, les airs de Gogo Penguin sont prenants et invitent à planer. La fluidité de leurs morceaux, et l’imprévisibilité de leurs rythmes, font le sel de ce groupe. Le premier album connaît d’excellentes critiques et le groupe remporte un succès critique important et a notamment été nommé pour le Mercury Music Prize en 2014.

Sarah Elizabeth Charles, chanteuse

Sarah Elizabeth Charles est une artiste délicate, qui offre à son auditeur des compositions tout en douceur et en finesse. Auparavant, elle était membre d’un quartet qui lui a permis de se trouver musicalement, elle sort en 2015 un premier opus, Inner Dialogue. Avec une voix pleine, claire et chaleureuse, ses morceaux sont ensorcelants et envoûtants. Si la chanteuse a créé ses propres compositions, elle a aussi fait des reprises de morceaux plus connus, tel que Zombie des Cranberries par exemple. Sarah Elizabeth Charles a aussi composé des morceaux à la croisée de la culture haïtienne et de la culture jazz, qui sonnent merveilleusement dans le creux de l’oreille.

Hiatus Kaiyote, groupe (2011)

Hiatus est un groupe en provenance directe du pays des kangourous, emprunt d’influences diverses mais ayant pour style de prédilection la néo-soul. La néo-soul est un genre musical mélangeant soul et hip-hop, elle est apparue dans les années 1990. Toutefois, Hiatus Kaiyote ne se cantonne pas seulement à ce style. Les compositions du groupe sont aussi teintées de hip-hop, de gospel, d’électronique mais aussi de jazz. Le quartet est composé d’une chanteuse, d’un percussionniste, d’un claviériste, et d’un bassiste. Ce groupe connaît un succès notable et a été nommé il y a quatre ans de cela aux Grammy Awards. Leurs morceaux  sont une invitation à se renouveler en matière de musique car Hiatus Kaiyote, en mélangeant plusieurs styles à la fois, réussit à en inventer un nouveau, le sien.

La recette de l’alchimie française

La scène française regorge également de nouveaux talents et n’est pas en reste quant à la génération de musiciens qu’elle abrite, musiciens qui sont encore aujourd’hui à l’image de ce qu’est la France pour le jazz ; un lieu de rencontres et de mélange, entre les scènes d’Europe de l’est et la scène américaine. Raphael Pannier qui a fréquenté la même école que Christian Scott mais qui a aussi beaucoup collaboré avec Holger Marjamaa, jeune pianiste de Talin absolument brillant, est un excellent exemple de ce mélange des genres. Il faut dire que les musiciens français jouissent d’un environnement exceptionnel en France, avec plusieurs clubs de renommée mondiale à Paris et plusieurs centaines d’évènements jazz chaque année à travers toute la France, qui leur donnent tout le loisir de s’imprégner des courants du monde entier, pour créer cette alchimie unique et propre à notre pays.

Émile Parisien, saxophoniste soprano (1982)

Émile Parisien, lui, a déjà une carrière de près de 15 ans derrière lui, carrière riche en collaborations avec Christian McBride, Wynton Marsalis ou Joachim Kühn. Très « européen » dans son style, il s’inscrit entièrement dans le mouvement d’avant-garde jazz*, surtout en live où il s’aventure sur des terrains complexes et parfois difficile d’accès, grâce à une technique irréprochable et une maîtrise effrayante du son qu’il produit. Il sait également explorer d’autres champs musicaux, en témoignent ses travaux avec Jeff Mills ou Vincent Peirani, excellent accordéoniste français. Déjà un très grand du saxophone.

Le Sacre du TYMPAN, big band (1998)

Big band de jazz créé en 1998 par le saxophoniste Fred Pallem, le Sacre du tympan est une invitation à l’aventure mais aussi une vraie machine à image. Composé de cuivres, de percussions, de claviers, de guitares ainsi que de bois, le groupe a été primé et nommé aux Victoires de la musique en 2008. Dans leur dernier album, Soundtrax, la formation invente des musiques de films imaginaires, et à la première écoute, les images de ce cinéma inventé défilent. Revisitant aussi des génériques de dessin-animé tels que celui des Simpsons et de Goldorak, le Sacre Du Tympan fait retomber en enfance avec ses airs imagés.

La Nouvelle Scène Jazz dépoussière le jazz et le renouvelle en le mélangeant avec d’autres genres, en l’emportant vers d’autres horizons tout en ne reniant pas ses origines. Le jazz peut se mêler à l’électro, à la soul ou encore au funk pour lui apporter de nouvelles couleurs, un autre goût que celui connu auparavant tout en le faisant apparaître comme actuel et en constante évolution. La nouvelle scène permet aussi d’attirer de nouveaux auditeurs parmi ceux qui pensent que le jazz est une musique désuète et passée de mode. Par ailleurs, elle est diverse et mêle jazz vocal, big band, néo-soul ou encore improvisation : de quoi plaire à toutes et à tous ! La nouvelle scène jazz est prisée par la critique et de nombreux festivals sont organisés dans le monde et en France pour la promouvoir, c’est le cas de Jazz à la Villette à Paris, du Festival international du Jazz de Montréal ou encore de Marseille Jazz des Cinq Continents.

Playlist

*Style musical mêlant jazz et musique expérimentale, promue dans les années 60 par John Coltrane, Eric Dolphy ou Cecil Taylor

image de couverture : libre de droits