Les 10 et 11 février a eu lieu à Bondy le 13ème congrès du Mouvement des Jeunes Socialistes. Ce mouvement, autonome et détaché du Parti Socialiste, tend à reconstruire la gauche autour de la jeunesse et à rassembler. Toutefois, si ce dernier cherche l’union et la cohésion au sein de la gauche, quelques défis et conflits persistent.

DSC_0025 (10)-1© Ulysse Guttmann pour L’Alter Ego/APJ

Le discours de Roxane Lundy, caractéristique de la volonté du MJS de s’affirmer et de rassembler

Le Mouvement des Jeunes Socialistes aspire à s’affirmer dans un paysage politique ayant subi beaucoup de modifications lors des dernières élections : apparition de nouvelles formations remportant des voix, principaux partis perdant de leur superbe… Lors du congrès, une nouvelle présidente est élue : Roxane Lundy, succédant à Benjamin Lucas. Le MJS montre ainsi sa volonté de se reconstruire. Son discours, clôturant l’événement, souligne cet objectif. La nouvelle présidente apparaît sous les applaudissements, accompagnée par une musique électro et entourée par les rires de ses militant·e·s et  les drapeaux du mouvement, gaiement agités. Après avoir remercié son équipe, Roxane Lundy tient d’abord à féliciter ceux et celles qui se sont impliqué·e·s pour faire porter la voix de la gauche « envers et contre tout ». Elle félicite les militant·e·s qui veulent faire du mouvement une représentation de la jeunesse à gauche, ainsi que de sa reconstruction. L’objectif est de refonder la gauche avec un mot d’ordre : rassemblement. Cette aspiration d’union dépasse le simple cadre national. Le Mouvement des Jeunes Socialistes tend à rassembler non seulement au sein de la classe politique française, mais aussi avec les autres mouvements de jeunes socialistes dans le monde. Nombre de pays étaient représentés lors du congrès de Bondy avec par exemple, des jeunes socialistes du Ghana, d’Israël, de la Suisse, d’Irlande avec des militants défendant le droit à l’avortement, et de la Palestine. Le MJS veut créer des liens avec d’autres partis afin de se replacer dans le paysage international. Le mouvement, trop souvent assimilé au Parti Socialiste et au dernier quinquennat, tient à rappeler son autonomie. En effet, durant la présidence de François Hollande, le MJS a souvent manifesté contre des mesures prises, qui allaient à l’encontre des valeurs de gauche. Le mouvement avait ainsi appelé à descendre dans la rue contre la déchéance de nationalité ou encore contre la loi travail.

Le discours de Roxane Lundy veut ainsi rappeler les valeurs du Mouvement des Jeunes Socialistes, celles qui le caractérisent depuis le début. Mots d’ordre : écologie, accueil des migrants, défense du plus faible, lutte contre les discriminations, internationalisme et solidarité. Le mouvement veut protéger de l’étudiant·e qui a du mal à joindre les deux bouts au/à la retraité·e qui n’arrive que très difficilement à finir les fins de mois en passant par les chômeur·se·s qui ne sont pas suffisamment aidé·e·s. En ce qui concerne l’écologie, Roxane Lundy considère que cette question est urgente et qu’il s’agit du plus grand danger de notre temps. Elle souligne l’importance d’agir. Quant aux discriminations, elle veut parler ici de valeurs humaines comme la lutte contre le harcèlement sexuel. Elle revient sur le scandale datant d’il y a quelques mois : l’ancien président du MJS, Thierry Marchal Beck est accusé d’avoir sexuellement harcelé huit militantes socialistes. Afin d’éviter que cela ne se reproduise, Roxane Lundy annonce la tenue d’un audit sur l’ensemble des pratiques militantes afin que les femmes ne soient plus jamais blâmées, agressées, harcelées au sein du Mouvement des Jeunes Socialistes. Si le MJS décide de se positionner contre la discrimination à l’égard des femmes, il se poste aussi en défenseur de la solidarité à l’endroit des migrants. Pour ce faire, le Mouvement des Jeunes Socialistes a décidé d’axer sa première campagne sur l’accueil, la protection et la défense des droits des migrants et dénonce l’action du gouvernement, qui ne prend pas selon Roxane Lundy les mesures nécessaire pour accueillir les réfugiés.

DSC_0003 (6)-1© Roxane Lundy – Ulysse Guttmann pour L’Alter Ego/APJ

Au-delà de l’accueil des migrants, les jeunes socialistes sont globalement opposés au gouvernement et en font une de leur cible. Le Mouvement des Jeunes Socialistes déclare qu’il soutiendra le Parti Socialiste s’il ne soutient pas Emmanuel Macron et appelle les députés et les sénateurs à voter contre les mesures du gouvernement afin de montrer qu’ils sont toujours socialistes. Les jeunes socialistes vont jusqu’à exiger la démission du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Ils lui reprochent sa politique migratoire et, plus particulièrement, le « tri » qu’il met en place entre les migrants. Le contexte politique a certes changé selon Roxane Lundy, mais leurs adversaires n’ont pas changé. Ces ennemis sont au nombre de deux : le premier qui change de visage et qui est désormais incarné par En Marche !, le libéralisme, et un second qui lui est le même mais gagne en popularité : l’extrême droite. Elle cite Le discours sur la servitude volontaire de La Boétie pour mettre en lumière la nécessité de se lever contre l’oppression : « ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Le Mouvement des Jeunes Socialistes tient aussi à souligner que leur idéal initial basé sur des valeurs humanistes et d’ouverture est resté le même et n’a pas changé en un quart de siècle.

Ainsi, les jeunes socialistes rappellent les valeurs de leur mouvement et du socialisme qu’ils veulent incarner. Ils souhaitent aussi participer à l’union de la gauche bien que cette dernière ne semble pas prête à se réunir.

Des sensibilités de gauche irréconciliables ?

Prendre la place de Benjamin Lucas n’est pas chose facile, Roxane Lundy en a déjà fait les frais. Les deux motions minoritaires du mouvement – la Fabrique du changement (proche de Martine Aubry) et Agir en jeunes socialistes – présentaient une candidate face à Roxane Lundy, issue de la majorité Transformer à gauche. La ligne résolument « hamoniste » de la nouvelle élue semble ne pas faire l’unanimité au sein du mouvement. Lors du vote, une centaine de militant·e·s a décidé de ne pas se prononcer et s’est bruyamment insurgée, dénonçant « l’absence totale de démocratie interne et de transparence durant le congrès ». Plus tard dans la soirée, lesdites minorités ont appelé la direction collégiale du Parti Socialiste à mettre fin à l’autonomie du mouvement – action dénoncée par la Présidente à peine élue, son prédécesseur et l’ensemble de leurs soutiens. Le problème ? La liste des délégué·e·s votant·e·s au congrès qui présenterait des irrégularités et serait inconsultable.

Cette dissension entre les Jeunes Socialistes ne semble pourtant pas ébranler le mouvement, qui se dit toujours « prêt à porter la parole des jeunes et être utile à la famille socialiste et à la gauche », et ce « malgré une tentative d’instrumentalisation visant à mettre fin à (leur) autonomie”. Cette autonomie, chérie par les adhérent·e·s, semble l’être moins par certaines têtes d’affiche du PS  ; pour Rachid Temal, coordinateur national du parti, « la seule relation entre le PS et le MJS aujourd’hui, c’est quand le MJS a besoin d’un chèque », bien qu’il dit ne jamais avoir voulu remettre en cause l’autonomie du mouvement.

DSC_0041 (2)-1© Ulysse Guttmann pour L’Alter Ego/APJ

Si le possible schisme au sein même du MJS pose problème, c’est que le mouvement a du mal à se faire une place dans une nouvelle configuration politique à gauche. Pendant plusieurs années, le Mouvement des Jeunes Socialistes était l’un des rares mouvements à gauche qui souhaitait parler et s’adresser à la jeunesse. Ce n’est désormais plus le cas. Depuis la dernière élection présidentielle, de nouvelles formations sont apparues et ont rencontré du succès à gauche et en particulier chez les jeunes, faisant ainsi de l’ombre au MJS. C’est le cas de Génération·s, le mouvement de Benoît Hamon, lui-même ancien président du MJS (1993-1995) ; et de la France Insoumise, le parti de Jean Luc Mélenchon qui a récolté 30% des votes chez les 18-24 ans lors des dernières présidentielles. Associé sans cesse à un parti en perte de vitesse, quitté par ses têtes d’affiche, le Mouvement des Jeunes Socialistes doit s’affirmer dans ce nouvel échiquier politique où il n’est plus le seul à parler à et de la jeunesse à gauche.

Toutefois, Roxane Lundy est optimiste quant à l’avenir. Pour elle, la gauche est utile et, bien qu’elle ne soit pas à son plus fort, elle reste primordiale. Le Mouvement des Jeunes Socialistes tend à défendre une « gauche fière, forte, victorieuse ». Face à ses détracteurs, le MJS assure qu’il va se relever, et pour illustrer cela, voici la reprise des mots de Pablo Neruda qui clôt le discours de la nouvelle présidence du MJS : « ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas le printemps ».

image de couverture : © Ulysse guttmann pour l’alter ego/APJ