Make our planet great again

Emmanuel Macron, Président de la république française

En quelques mots, Emmanuel Macron réussit en juin dernier à se faire passer pour un grand écologiste face à la menace de Donald Trump de retirer la signature américaine de l’accord de Paris. En réalité, les deux chefs d’État sont aussi peu écolos l’un que l’autre. Déconstruction d’une communication bien huilée.

« Quand il parle d’économie, il parle d’écologie ». La réplique audacieuse de Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat en charge de la transition écologique résume bien l’esprit macroniste en ce qui concerne la protection de la planète. Pour le Président, qui revendique une philosophie libérale, la crise écologique n’est pas un problème lié aux fondements de la logique capitaliste qui ordonne les échanges et les développements occidentaux. Il considère que la destruction de notre maison commune est un problème important mais qui peut se résoudre par une réforme du capitalisme, sans remise en cause fondamentale de nos modes de vie. D’où les idées de « transition écologique » ou de « développement durable » ! La rhétorique même d’une écologie ramenée à un champ de l’économie nie la réalité de la crise environnementale : une contradiction totale et naturelle de nos modèles de société. Même lorsqu’il prend une décision fondamentalement écologiste, comme l’annulation du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, notre Président le fait pour des raisons politiques, par intérêt personnel, et non pour le bien commun. Dans la déclaration de son double, Edouard Philippe, les arguments écologiques n’étaient pas cités mais seule la nécessité d’un apaisement politique dans un contexte d’oppositions exacerbées… L’intérêt dans l’annulation du projet n’était pas dans le bénéfice écologique mais dans l’image que cela donnait de l’exécutif. Or l’intentionnalité a ici de l’importance. L’écologie est nécessairement altruiste, désintéressée, car elle est radicale et ne peut s’encombrer du poids des orgueils et des ambitions individuelles

À l’heure de la fonte des glaciers et de la disparition massive de multiples espèces animales, nous n’avons besoin ni de voitures électriques ni d’aucun autre symbole d’une « croissance verte », mais d’une remise en cause totale de notre idéologie du progrès. Emmanuel Macron est sincèrement persuadé que le progrès humain doit passer par la croissance économique, par le développement. Or ces mouvements humains modernes, se développer, s’urbaniser, créer de nouvelles zones de libre-échange, sont la contradiction même de l’échelle humaine.

Quand il parle d’économie, il parle d’écologie

Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat en charge de la transition écologique

En effet, le libéralisme repose sur une logique d’accumulation. La liberté économique, la liberté d’entreprendre, servent de prétexte à un enrichissement, premier adjoint d’une croissance économique et industrielle exacerbée. Or c’est justement cette excroissance industrielle et commerciale dans les pays développés qui menace l’écosystème. Le fondement de la croissance est une illimitation, c’est un modèle infini : il n’y a jamais assez de croissance. Or, cette croissance est en contradiction intégrale avec le monde dans lequel elle s’instaure, notre terre fragile, limitée, le monde fini que nous habitons. Si l’on veut sincèrement protéger la planète, l’on doit prendre en compte ses limites et sortir d’un vocabulaire et d’un système qui visent à toujours les dépasser. Contre l’agriculture traditionnelle, la ferme des mille vaches, contre nos prédispositions physiques naturelles, le transhumanisme, et contre le glyphosate, une réformette plutôt qu’une interdiction… Il faut revoir nos ambitions ! La quête de nouvelles planètes habitables par exemple n’est qu’une recherche d’un sursis supplémentaire, nous cherchons à répliquer nos erreurs.

Aux macronistes écolos, on n’a qu’une chose à dire : les bons sentiments ne sauveront pas la planète, l’Union européenne non plus, le libre-échange non plus, la croissance non plus. Par contre, dame nature ne nous en voudrait pas de lutter contre les hypermarchés, les robots et l’empire du numérique, tout en promouvant l’agriculture locale, la marche à pied et le ralentissement général.

Image de couverture : Libre de droits