Mystère, chaos, amour et rédemption…

Ils ont bercé nos mélancoliques journées d’automne avec l’iconique Sweater Weather, nous ont livré en 2015 un album Wiped Out marquant un retour attendu et salué. Depuis, le groupe Californien The Neighbourhood (The NBHD) distille ses titres envoûtants et ténébreux au gré de ses EP. Le dernier en date ? To Imagine, sorti le 12 janvier. Un voyage de 17min au cœur d’un univers où se côtoient mystère, chaos, amour et rédemption.

« So everybody went out of control »

Avec Dust, il y a urgence, comme une catastrophe en train de se dérouler. Le premier titre de l’EP nous accueille au cœur du déluge, d’un monde qui part à vau-l’eau. Sons saturés, musique contrastée, moments de rupture suivis de reprises en pleine frénésie où se superposent thème musical et sirènes annonçant la fin de ce monde sombre. Dust se fait la description d’un monde apocalyptique qui mêle bruits assourdissants avec silences brutaux.

Amour Spleenétique

Une des forces du groupe The NBHD est cette capacité d’insuffler une délicieuse mélancolie dans chacune de leurs chansons, créant cette atmosphère si particulière et énigmatique. Et cela même au cœur des titres aux paroles les plus amoureuses et lascives.

Avec Scary Love, c’est le retour d’une ambiance plus légère dans les sonorités. Plus douce mais avec ce côté sexy, presque lancinant de la voix de Jesse Rutheford. Véritable déclaration d’amour à la fois enivrante et fragile, mais qui contient la force de l’expression de sentiments véridiques. Le rythme parvient à exprimer cette détermination teintée d’une sensualité maîtrisée. « I need you here » est lancé comme un constat, non pas comme une faiblesse.

Compass s’inscrit dans la même lignée. Y réside toutefois une dimension plus ingénue, naïve, presque enfantine dans la comparaison de l’être aimé à une boussole. Les couplets résonnent comme une comptine où s’enchaînent les énumérations magnifiées des bienfaits de l’amour. Si de prime abord, ce titre n’accroche pas l’oreille tant dans sa structure que ses sonorités, la guitare groovy posée en fond apporte le décalage suffisant pour en faire un titre qui mérite tout de même sa place.

Entre ces deux morceaux vient s’insérer Heaven, dont l’atmosphère tranche nettement. On plonge dans un ensemble nuageux presque inquiétant. La voix lointaine et très autotunée de Jesse Rutheford contribue à accentuer ce sentiment. Dans cet EP, Heaven parvient à se détacher en renouant avec des rythmes, des sons et un flow plus hip-hop. Cette signature musicale donne une nouvelle dimension à la 3e chanson d’amour de To Imagine.

Stuck with The Neighbourhood

Les 4 dernières minutes de cet EP peuvent représenter la descente d’une montagne russe. Musicalement, rien de très marquant, c’est plutôt au niveau des paroles que se situe le point focal, nous y captons alors des messages enclins à plusieurs interprétations. Le titre Stuck With Me instaure inévitablement une dimension fataliste, voire pessimiste mais en contraste on peut aussi y percevoir une sorte d’espoir. Cette fois la chanson d’amour tourne en chanson d’excuses, de rédemption. Elle peut être interprétée sous le prisme amoureux ou professionnel. En effet, on peut y comprendre que le groupe n’a pas géré sa popularité comme il aurait dû, se laissant envoûter et déborder par le succès. Jesse Rutheford avoue que le groupe se serait un peu perdu, mais que pour les fans qui sont « bloqués » avec eux, il va essayer de ne plus rater d’opportunités, de se retrouver. Nous finissons cette écoute avec une nouvelle déclaration, martelée et pleine de promesses « You are stuck with me so I guess I’ll be sticking with… » (Tu es bloqué avec moi, donc je suppose que je vais rester…)

Au final, cet EP fait encore patienter pour une suite plus prometteuse. Il n’y a rien de très décevant, mais rien de très surprenant ou transcendant non plus. The NBHD nous livre un EP bien mené, qui s’écoute avec suffisamment de plaisir pour en attendre plus. Sachant qu’avec cette sortie, le groupe a annoncé des dates de concert aux Etats-Unis pour le printemps… Doit-on y voir les signes avant-coureurs d’un prochain album ?

image de couverture : libre de droits