Barbara Pravi a 24 ans, de l’expérience et beaucoup de rêves. En 2018 l’artiste du label Capital Music France va sortir son premier album Deda, Sarah et les autres. Un aboutissement pour la jeune femme au très long curriculum vitae : elle a participé à la comédie musicale « un été 44 », a réalisé le générique du film « Heidi » et joue le rôle d’une apprentie bonne soeur dans le prochain téléfilm de Marion Sarraut.

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© ulysse guttmann pour l’alter ego/APJ

Une présence scénique

Nous découvrons Barbara Pravi le 22 novembre, lors de son avant-dernière performance au Réservoir, bar branché du 11ème arrondissement de Paris, où elle se produit depuis octobre. La salle est accueillante et se remplit vite. L’ambiance est chaleureuse, Barbara est désirée et attendue. La plupart des gens présents l’ont découverte dans la comédie musicale Un été 44, certains grâce à la bande originale d’Heidi. Un couple est là par hasard, ils sont restés, l’énergie leur a plu. Les musiciens entrent, Barbara les suit et les têtes se mettent à bouger quand les notes montent, doucement, dans l’air. Le spectacle est court, presque trop. Les lumières changent et les corps s’enivrent à mesure que les morceaux passent. Barbara Pravi nous conte sa vie et nous dévoile son album. La curiosité l’a emportée, le rendez-vous pour une interview est fixé.

© Lise Escaut pour L'Alter Ego/APJ
© Lise Escaut pour L’Alter Ego/APJ

Peux-tu te présenter ?

Barbara Pravi : « Bonjour, je m’appelle Barbara Pravi, j’ai 24 ans et je suis auteure et compositrice. Et je mesure 1m60 ! »

Tu définis ta musique comme de la pop à texte, qu’est-ce que c’est ?

B. Pravi : « J’appelle ma musique comme cela, parce que c’est exactement ce que j’aime comme type de musique. On a essayé sur l’album de faire des productions « à l’américaine ». Par exemple j’adore Selena Gomez, The Weeknd, Taylor Swift, tous ces trucs là hyper commerciaux mais qui défoncent vraiment. À ça on a allié des beaux textes en français. La personne que j’aime le plus en terme de texte c’est Barbara. Elle a une écriture qui est fabuleuse. Ça parait très simple. On dirait qu’elle écrit comme je suis en train de parler et en même temps c’est tellement travaillé avec un si grand nombre d’images et une telle poésie que ça parle à tout le monde. J’ai vraiment voulu essayer de trouver cet équilibre là. Je ne sais pas si j’ai réussi mais c’était mon but. »

Quels autres artistes peuvent t’inspirer ?

B. Pravi : « Tous les artistes de la variété française classique : Alain Bashung, Claude Nougaro, George Brassens, Jacques Brel. Après c’est toute la musique commerciale américaine. Parfois il y a des artistes que je n’aime pas forcément. Mais ce qui m’intéresse ce sont les productions, ce qui se passe derrière : les instruments, les sonorités. Il y a des trucs hyper novateurs. C’est tout bête mais Nick Jonas a sorti un album et ce qu’il y a derrière est incroyable. On a l’impression d’entendre des sons partout. C’est hyper réfléchi. C’est presque des mathématiques en fait. C’est ça que j’adore. »

D’où vient ton inspiration pour écrire ?

B. Pravi : « Je m’inspire beaucoup de ce que j’ai vécu, parce que ce sont des histoires très personnelles. Pour trouver de jolies images, je me projette dans ce que j’ai vécu, dans des films que j’ai regardé ou des gens que j’ai croisé. C’est une question un peu difficile parce que l’inspiration vient d’un peu partout en réalité. Après pour cet album je me suis basée sur ce que j’ai vécu et sur mes histoires. Tout l’album s’inspire de ma vie. Il y a douze chansons , dont une reprise de Françoise Hardy. Ce sont donc onze thèmes, onze moments de ma vie très personnels et précis. »

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© ulysse guttmann pour l’alter ego/APJ

Je ne sais pas si quelqu’un t’as déjà fait la remarque mais tu as une manière très old school de prononcer les r, ils sont légèrement roulés. Tu as peut être assimilée ce phrasé propre à la chanson française d’antan.

B. Pravi : « Oui ! Mais même en parlant je roule les r ! Je ne fais pas du tout exprès. De temps en temps je dis des mots avec un r de manière très prononcée. Bien entendu tu peux le moduler, l’accentuer, c’est toi qui contrôles ta voix. Mais vu que je le fais en parlant je me suis dit que j’allais le faire en chantant. C’est venu très naturellement. Ce n’était pas fait exprès mais c’est quelque chose que j’aime beaucoup ! Du coup tant mieux. »

Deda est un hommage à ton grand-père, peux-tu nous raconter un peu l’histoire de ce morceau ? Des liens qui te lient à ton grand père ?

B. Pravi : « En fait comme ce ne sont que des chansons très autobiographiques, je savais avant même d’avoir écrit cette chanson ce que je voulais dire. Je savais que je voulais une chanson sur ma période de serveuse, sur ma grand mère qui a Alzheimer et un morceau parlant de mon grand-père. J’ai mis beaucoup de temps à écrire cette chanson. J’avais intellectualisé la chanson dans ma tête, je me disais que l’album ne sera jamais fini tant que je ne l’aurai pas écrite. Ça a été compliqué à faire parce que ça fait très peu de temps qu’on s’entend très bien. Et surtout on a un amour muet. On ne se dit pas du tout les choses et quand il est venu au Réservoir me voir chanter, il m’a juste regardé dans les yeux pendant cinq minutes, les yeux remplis de larmes. Mais c’étaient des yeux qui ne pleuraient pas. Il me tenait les bras en me serrant super fort. Tu restes un peu bloquée et émue, le temps s’arrête. On a vraiment cette relation là et j’avais envie de l’exprimer. C’est un homme qui est arrivé en France à 22 ans. Il a construit sa vie ici. Il ne l’avait pas dit à ses parents parce que c’était un régime totalitaire à Belgrade. Sa mère a appris deux ans après qu’il était en vie, qu’il avait fait des études et fondé une famille. C’est lourd comme histoire. C’est la dernière figure à porter cette culture. Parce que finalement je ne connais pas cette culture, je suis française. J’avais envie de parler des liens qui unissent une petite fille à son grand père. Ce n’est pas évident dans la mesure où ce n’est pas une personne m’ayant éduquée directement. Mais c’est un lien de sang. On se rend compte malheureusement trop tard des liens qu’on partage avec nos grands parents. J’ai la chance de m’en être rendue compte tant qu’il est encore en vie et de lui avoir fait cet hommage. Je n’ai jamais pu lui dire en face que je l’aimais et je ne le ferais sans doute jamais, à cause de cette pudeur dans notre relation. Mais je l’ai fait en chanson. »

Es-tu déjà allée en Serbie ?

B. Pravi : « J’y suis déjà allée mais j’avais douze ans. J’étais en pleine crise d’adolescence. J’ai fait la gueule pendant deux semaines. C’était le pire voyage de ma vie. »

Aimerais-tu y retourner ?

B. Pravi : « L’idée, ça serait d’y retourner avec Deda mais c’est un peu complexe en ce moment. Je me sens prête en fait. À douze ans je ne comprenais rien, j’avais un amoureux et je ne voulais pas partir. Aujourd’hui je suis grande, je suis une adulte, j’ai grandi et j’ai conscience de ce bagage là. »

As-tu joué Deda une seule fois devant ton grand-père ?

B. Pravi : « Oui, mais il a réagi lorsque je lui ai envoyé le lien de la vidéo d’une session acoustique sur un toit. Comme il est un peu malade de technologie, il m’a répondu par texto par une citation d’Arthur Rimbaud : « Je ne parlerai pas, je ne penserai rien, mais l’amour infini me montera dans l’âme ». C’était très émouvant. »

De qui d’autre parles-tu dans cet album ?

B. Pravi : « Je parle de mon premier amour, entre guillemet, avec qui ça s’est mal terminé. Je parle aussi de Sarah. Sarah est la maman d’un garçon avec qui j’ai été quelque temps et qui est décédée juste avant que je le rencontre. Ça parle donc de ce garçon qui n’a pas fait le deuil de sa mère. C’était très difficile pour moi de vivre dans l’ombre de quelqu’un qui n’était plus là. Nous avions des échelles de bonheur qui étaient différentes et incompatibles. Il a été tellement malheureux que ce n’était pas important pour lui d’être présent pour moi alors qu’au contraire moi qui n’avais pas connu ce malheur j’avais besoin de quelqu’un près de moi. Je parle de cette relation en m’adressant directement à cette femme que je n’ai pas connu mais juste vu juste dans le cercueil. »

Dans Pas grandir tu racontes la désillusion d’un enfant qui découvre la vie adulte et notamment celles des petites filles qui découvrent un monde sexiste. Quel message veux-tu faire passer dans ce morceau ?

B. Pravi : « Ce n’est pas vraiment un message, c’est plutôt une réflexion que je me suis faite. Quand tu es enfant tu ne te rends pas compte à quel point tes parents font tout pour toi. Tu es dans un univers où les choses arrivent par magie, il n’y a aucune contrainte. Tout est très facile. Il n’y a pas vraiment de transition entre le moment où tes parents font tout pour toi et le moment où tu dois payer ton loyer, tes factures, trouver un boulot. Forcément tu grandis donc tu peux avoir des histoires d’amitié, d’amour qui peuvent mal se terminer. Ça parle de cette claque que tu peux avoir et du fait que tu sois pas forcément prêt à tout ça. »

Pourquoi la notion de féminisme te dérange ? Tu réfutes cette qualification dans diverses interviews. Tu dénonces pourtant dans tes chansons les violences et le harcèlement sexiste que subissent les femmes. Tu parles d’égalité homme-femme, l’essence même du féminisme.

B. Pravi : « Ce n’est pas le concept de féminisme que je n’aime pas, c’est le mot. Ça renvoie dans mon imaginaire et dans l’imaginaire de beaucoup de gens à des nanas nues sur des grilles en train de crier et moi je ne suis pas cette image. Mais il y a plusieurs féminismes. C’est tellement un fourre-tout ce mot que je n’ai pas envie d’en faire partie pour le moment. Peut être qu’un jour je me dirai que j’ai trouvé ma place en tant que féministe dans ce monde, que je l’assume parce que je le suis mais que je n’aime juste pas le mot. Je préfère dire que je suis réaliste parce l’inégalité homme femme, ça existe, c’est une réalité. Ce n’est pas être féministe de dire que les femmes sont beaucoup moins payées que les hommes à capacité égale ou à poste égal. Ce n’est pas être féministe ou idéaliste de dire qu’il y a plus de femmes qui se font taper que les hommes. Il y a des hommes aussi, évidement. Mais je parle en tant que femme à qui cette situation est arrivée. C’est être réaliste de dire que ton patron te touche les fesses et que pour lui c’est quelque chose de normal. C’est être réaliste de dire que quand tu es dans la rue on te siffle, on t’appelle, on t’agace. Ce sont des choses du domaine de la réalité que je trouve malheureuses et qui ne devraient pas exister dans un monde où on prône l’égalité hommes femmes. C’est pour cela que je me définis comme réaliste. »

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© Ulysse guttmann pour L’Alter Ego/APJ

Tu viens de parler d’une situation violente que tu as connue. Veux-tu en parler ?

B. Pravi : « J’avais 17 ans, c’était mon premier amour. Tu es un peu inconsciente, tu as l’impression que tu vis un truc hyper passionnel. Tu deviens pour la première fois de ta vie complètement dépendante de quelqu’un d’autre que tes parents. Tu as des vrais sentiments,  l’impression que tout part en flamme quand tu vois la personne. Et surtout dans ces cas là ce n’est pas tant de se faire taper qui est problématique c’est de revenir et de pas se rendre compte que c’est grave. Parce que tu as l’impression d’être tellement amoureuse et que sans l’autre ta vie peut s’arrêter, comme si on te coupait ton souffle. Du coup tu laisses tout passer. Le plus difficile c’est de se rendre compte que ce n’est pas normal, que ce n’est pas sain. La relation n’a plus de sens à partir de ce moment, quand tu te fais frapper. Quand tu as 17 ans et que c’est la première fois que tu découvres la passion, tu es un peu accrochée. Ce qui est triste c’est que c’est un sentiment que tu peux avoir à n’importe quel âge. J’ai eu de la chance dans mon malheur, d’avoir connu cette situation à 17 ans parce que ça ne pourra plus jamais m’arriver, enfin je le souhaite. Je connais à présent les mécanismes mentaux, l’emprise que l’autre à sur toi. »

Comment as-tu réussi à t’en sortir ?

B. Pravi : « J’avais de très bon amis, qui n’ont pas arrêté de me répéter qu’il y avait un problème. Quand tu reviens tout le temps vers la personne, tu finis par ne plus leur dire que tu reviens parce que tu as honte. C’est fou parce qu’il y a vraiment une échelle de prise de conscience. Au début tu n’en as pas conscience et tu reviens, puis tu commences à dire à tes amis, à ton meilleur ami que la situation est bizarre, que ça s’est mal passé. Ton meilleur ami devient dingue. Alors tu lui dis que c’est fini que tu ne reviendras plus jamais vers la personne. Mais c’est le genre de relation où tu te sépares et tu reviens à l’infini, où l’on n’est jamais ensemble constamment, enfin pas à cet âge là en tout cas. Il y a une première prise de conscience puisque tu as honte de dire à tes amis que tu es revenue vers lui. Mes potes l’ont vu, parce que ça se voyait, et ils ont insisté. J’ai fini par porter plainte à la police en me disant que le fait qu’il y ait une interdiction de m’approcher à moins de x mètres, ça me ferait un déclic dans ma tête. Je ne reviendrais plus vers lui parce que légalement j’aurais mis un terme à ça. C’était la seule manière pour mon cerveau de comprendre que ce n’était plus possible. Ça a été le pire jour de ma vie. La chanson Le mal amour parle de cette relation malsaine. »

Comment travailles-tu tes chansons ? Travailles-tu d’abord les textes puis la musique, le contraire ou tout en même temps ?

B. Pravi : « Je commence toujours par le texte. Il ne reste quasiment jamais tel quel. Mais je suis incapable de travailler différemment. Je suis incapable de faire une mélodie et de mettre des mots dessus. Ce qui est le plus important dans une chanson c’est le texte, c’est de faire passer un message. C’est l’ambiance des mots qui crée la mélodie. »

Quel sens ont les mots pour toi ?

B. Pravi : « Tous les sens que tu veux leur donner. Ce que je trouve un peu triste c’est que le français est une langue exceptionnelle et très riche mais les artistes préfèrent utiliser l’anglais. L’anglais sonne très facilement. Tu peux dire n’importe quoi en anglais tu auras l’impression que c’est du coton. En français ce n’est pas le cas, c’est ce qui fait peur aux gens. Il faut réfléchir pour écrire en français. Il faut se poser et réfléchir à un joli texte où les mots n’arrachent pas l’oreille. Faire sonner le français est très difficile. Ma mission dans l’album est que tout ce que je veux dire sonne. Les mots sont notre moyen de communication. C’est donc important d’utiliser de jolis mots. »

Trouves-tu cela compliqué d’écrire ?

B. Pravi : « Je trouve ça assez difficile. Ecrire en soi c’est facile. Mais écrire ce que tu ressens profondément et  ne pas avoir de regrets sur le mot que tu as choisi, ça l’est moins. Ça prend beaucoup de temps. Certains textes ont pris deux ans pour arriver à la version finale. J’avais la trame mais il a fallu plusieurs changements pour arriver à ce que les textes sont aujourd’hui. »

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© ULYSSE GUTTMANN POUR L’ALTER EGO/APJ

Tes textes sont-ils parfaits aujourd’hui ?

B. Pravi : « Je ne sais pas s’ils sont parfaits mais pour moi ils le sont. Je ne peux plus rien modifier dessus. Ils expriment exactement ce que je veux dire, à la virgule près. Pour y arriver ça a été un combat, un enfer, j’ai presque perdu espoir. Mais à présent je suis fière de chanter mes chansons parce que ce sont mes textes, même si j’ai été aidée sur certains textes comme Le Mal Amour car j’étais trop concernée par ce sujet. »

Arrives-tu toujours à écrire avec la promotion, les concerts, les interviews et bientôt les premières parties de Florent Pagny ?

B. Pravi : « J’écris tout le temps, pas forcément des chansons. J’ai des journaux intimes dans lesquels j’écris beaucoup. En ce moment je n’ai plus grand chose à raconter. J’imagine que ça va revenir. »

Souhaiterais-tu écrire pour d’autres ?

B. Pravi : « Je ne sais pas pour qui j’aimerai écrire, je pense que ça marche au feeling. En revanche j’aime beaucoup ce que fait Vianney. Il y a un artiste qui s’appelle Caruso, qui n’a pas sorti d’album encore. Il avait fait la  Nouvelle Star et il écrit super bien. Ours aussi ! C’est le fils d’Alain Souchon, et j’aimerai beaucoup travailler avec lui. C’est très drôle ce qu’il fait. »

T’est-il déjà arrivé qu’une personne vienne vers toi et te demande de chanter une de ses chansons ?

B. Pravi : « Non, mais j’espère que ça arrivera, ça pourrait être marrant. Il y a un monsieur qui s’appelle Joël Favreau qui était le dernier guitariste de Brassens et qui m’a proposé d’écrire avec moi. »

Tu travailles avec Jules Jaconelli, producteur et arrangeur, que t’apporte-il ?

B. Pravi : « La moitié du travail. Moi j’écris et chante, lui compose et réalise. C’est un vrai artisan. Il est sur tous les fronts. Quand je lui apporte un texte, il le lit sans même se demander de quoi ça parle et il pense directement à ce que vont être les parties du texte dans la chanson. Qu’est ce qui va être un refrain, un pré refrain etc. Il est très mathématique, il construit les choses. Il m’apporte tout, même humainement. Je ne serais jamais la personne, ni la chanteuse, ni l’auteure que je suis aujourd’hui s’il n’avait pas été là. »

Dans la plupart de tes chansons tu n’aimes pas mettre des effets sur ta voix.

B. Pravi : « Je veux que le résultat soit très pur. Je n’aime pas les effets sur la voix. Pour moi être chanteuse c’est chanter juste. J’espère gagner ma vie avec ma voix donc je ne veux pas arnaquer les gens avec des effets. Ce que je trouve dommage avec la technologie c’est que tu peux faire tout et n’importe quoi avec ta voix et que n’importe qui peut faire de la musique. Je pense que le plus important, en tout cas dans mon projet, c’est qu’on entende la voix, qu’elle soit mise en avant pour comprendre le texte. »

Le titre de ton album Deda, Sarah et les autres est inspiré du film de Claude Sautet « Vincent, François, Paul, et les autres », composes-tu ta musique comme des scènes de vie ? Des images de film ?

B. Pravi : « Complètement ! L’album est construit de cette manière mais chaque chanson est aussi construite comme un mini film. Il y a un début et une fin. En tout cas j’essaie de les construire comme ça. Par exemple dans Je sers, je raconte l’histoire d’une serveuse. Et puis ce ne sont que des moments de vie mis bout à bout. On me connait alors bien mieux que si je me présentais. »

Qu’aimes-tu au cinéma ?

B. Pravi : « J’ai une passion absolue pour Audrey Hepburn et j’adore la nouvelle vague française : Claude Sautet, Michel Piccoli. J’aime bien les vieux films et les comédies musicales comme les films de Jacques Demy. Les Demoiselles de Rochefort était mon film préféré pendant des années. La musique de Michel Legrand est exceptionnelle. »

Comment abordes-tu la scène ?

B. Pravi : « Avant les concerts je suis un enfer, car je suis hyper stressée. Ça ne se voit pas parce que je rigole ou parle avec les gens mais j’ai parfois des montées d’angoisse. Je prends des huiles essentielles de l’homéopathie. Je prends des médicaments qui ne servent à rien pour me rassurer. Je me rends compte que j’ai des tics avant de jouer. Je répète avant le concert tous mes titres, pas en entier, mais dans l’ordre et si ce n’est pas dans l’ordre ça m’énerve, ça m’angoisse. Je mets aussi des fleurs sur scène. Je tiens à les mettre. C’est mon moment où je fais le fleuriste. »

© Lise Escaut pour L'Alter Ego/APJ
© Lise Escaut pour L’Alter Ego/APJ

Tu avais ta famille dans la salle, leur présence est-elle importante pour toi ?

B. Pravi : « Je pense que la famille est très importante, surtout dans ce métier où ça peut vite partir en vrille. Tu peux vite prendre la grosse tête. Et si tu n’as pas une famille et des bases d’amour solides ça peut être difficile de garder les pieds sur terre. »

Y-a-t-il une clef de compréhension de ton album qui sortira en 2018 ?

B. Pravi : « Il faut juste l’accueillir. Il est pudique et impudique à la fois. Il faut être prêt à ça. C’est comme quand tu rencontres quelqu’un, tu ne te prépares pas, tu accueilles la personne. J’espère que je vais rencontrer plein de gens ! »

image de couverture : © ulysse guttmann pour l’alter ego/APJ