Après Hugo Cabret, c’est au tour du Musée des Merveilles de Brian Selznick d’être transposé sur grand écran, nous emportant dans un tourbillon de poésie.

« Wonderstruck »

En commençant cette chronique, je voulais m’arrêter sur le titre originel du film : Wonderstruck. D’une façon ou d’une autre, ce mot m’intrigue, déjà parce qu’il m’était inconnu, ensuite parce qu’il a été traduit par Le Musée des Merveilles, ce qui ne correspondait évidemment pas. Ma première quête fut alors d’en découvrir le sens littéral. Il me fallait percer le mystère de ce mot, de cette expression. Le fait est qu’il ne peut pas être vraiment traduit. Mais ce qui ressort de mes tentatives sont des mots relatifs à l’émerveillement. Un mot mystérieux dans son essence et qui invite au merveilleux. Finalement, un mot parfait pour ce film.

Car Le Musée des Merveilles (sélectionné au Festival de Cannes 2017) est un mystère qui ne peut être percé avec sa seule bande-annonce (à laquelle il ne faut d’ailleurs pas se fier). Si l’on y aperçoit effectivement les destins parallèles de deux enfants, dans deux époques différentes, plongés chacun dans leur propre quête, le film se dévoile tout autrement une fois projeté sur ce grand écran blanc.

Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains regardent les étoiles

Oscar Wilde

Lorsque les lumières déclinent et qu’apparaissent les premières images, nous pouvons être tentés, comme le suggère la bande-annonce, de nous impliquer dans la quête des deux enfants. D’un côté Ben qui a grandi sans son père et cherche à le retrouver, partant ainsi découvrir son histoire dans les rues de New York malgré l’accident qui l’a rendu sourd. Mais aussi Rose, petite fille sourde qui nourrit une admiration sans égal pour une mystérieuse actrice qu’elle va tenter de rejoindre à Broadway. Ces enfants veulent trouver une personne, mais au-delà, ils semblent tous deux vouloir trouver leur place.

Nous nous attelons donc à chercher des indices, à tisser des liens, à essayer de comprendre, d’aller plus loin que ce que l’on nous montre. C’est tentant, mais erroné. Seule la chanson Space Oddity (doux chef-d’œuvre de Bowie) et la citation d’Oscar Wilde sont à retenir. Car ces deux composantes représentent l’ambiance du film. Un condensé de poésie et de nostalgie. Pour profiter pleinement de cette œuvre du réalisateur Todd Haynes adapté d’un livre de Brian Selznick (auteur d’Hugo Cabret), il convient de se laisser porter. Flotter même, au sein de bulles qui nous plongent dans un monde silencieux en noir et blanc, rythmé uniquement par une bande son orchestrée. Puis qui explosent soudainement en pleine frénésie des années 70, avec ses couleurs vintage, son brouhaha mais parfois aussi son silence.

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affiche du film

Mise en abyme cinématographique

Dans le livre originel, l’histoire de Rose était composée d’images en couleurs uniquement, et celle de Ben avec seulement du texte, donc en noir et blanc. La difficulté était de trouver un équivalent cinématographique équilibré à ce livre. Le film sollicite alors en priorité la vision du spectateur (par les couleurs, le langage des signes) pour faire un parallèle avec ce que les sourds vivent.

Un véritable hommage au cinéma muet, en noir et blanc, est donc rendu par le réalisateur. D’abord dans la forme du film, puisque lui-même utilise les codes de ce cinéma, mais également au sein même du long-métrage, notamment lors du passage au parlant que l’on vit comme un délaissement vis-à-vis de la communauté sourde. Scène d’ailleurs de véritable mise en abyme puisque Rose assiste elle-même à une séance de cinéma pour s’émerveiller devant la performance de son actrice préférée.

Le contraste est alors d’autant plus saisissant que l’on va et vient entre cette ambiance très classique et le brouhaha funky des années 70, ses couleurs vives explosant sous un filtre vintage. C’est dans cette époque que Haynes, à travers l’expérience et le voyage de Ben, décide de matérialiser la surdité, afin que le spectateur puisse se rendre compte de ce que représente ce handicap. On oscille alors entre les bruits, la musique, l’ambiance très présente des seventies et des séquences où presque aucun son n’est audible, le passage de l’un à l’autre s’effectuant assez brutalement. Ce ballet de sons et d’images a constitué un véritable challenge au niveau du montage du film. Tout cela pour mieux comprendre Ben, Rose, mais aussi toute personne atteinte de surdité.

© Metropolitan FilmExport
© Metropolitan FilmExport

Essence de la communication

La surdité, caractéristique qu’ont en commun les deux personnages principaux permet au Musée des Merveilles de soulever deux questions essentielles : comment communiquer avec le monde, et comment y trouver sa place.

Cette notion de communication a été travaillée avec soin par les acteurs, dans la mesure où certains ont dû apprendre le langage des signes pour le film et où Millicent Simmonds (Rose) est elle-même sourde. Il s’agissait donc de communiquer dans et en dehors du tournage. Comme l’explique Julianne Moore lors de la conférence de presse du Festival de Cannes « En tant qu’être humain, nous cherchons toujours à communiquer, que ce soit visuellement ou verbalement, ou de quelque façon que ce soit ». Communiquer par n’importe quel moyen afin de se comprendre, de faire passer des émotions et de toucher l’autre. Communiquer pour s’intégrer, pour s’affilier à cette société aux codes si arrêtés. Communiquer enfin pour comprendre quelle est sa place dans le monde, car peu importe l’âge, l’époque, les capacités, chacun de nous tend à savoir ce qu’il fait sur cette Terre, quel y est son rôle.

© Metropolitan FilmExport
© Metropolitan FilmExport

Poésie de l’enfance…

Dans une interview, Todd Haynes a précisé que le but premier était de faire un film pour les enfants. Mais cette déclaration doit-elle être comprise stricto sensu ? Pour être emporté par le tourbillon de ce film, être – de manière physique – un enfant n’est pas la seule possibilité. Il suffit de laisser s’échapper la part enfantine qui est restée cachée en chacun. Ce petit enfant qui voyait tout en grand et qui cherchait la magie partout. C’est lui qui sera contenté dans la salle de cinéma, quand les lumières vont s’éteindre et que le film Le Musée des Merveilles va dérouler ses histoires et sa poésie funambule. Ainsi, sortis de cette apesanteur de deux heures, nous sortons de la salle en nous intimant que faire partie de ceux qui regardent les étoiles peut avoir du bon.

image de couverture : affiche du film