Samedi 18 novembre, L’Alter Ego s’est rendu rue Auteuil à Paris pour assister à l’Assemblée générale (AG) des jeunes de La France insoumise de la région parisienne. Portrait d’un événement ordinaire qui pourtant traduit un espoir assumé.

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Manifestation de la france insoumise du 23 septembre 2017 – © Hugo coignard pour l’alter ego/apj

En ce mois de novembre dans lequel on assiste à un affaiblissement des luttes, La France insoumise (LFI) reste sur ses appuis et tente d’entraîner des mouvements politiques. En dehors des considérations politiques, les mouvements jeunes portent en eux la complexité et la grandeur des mobilisations d’ampleur mais les désavantages du rêveur. Pas un manque de conscience, c’est certain, mais peut-être une conception illusoire – diront ses détracteurs – face à la puissance d’un système fort qui préserve les masses de l’engagement politique. Cette rêverie là est volontaire et revendiquée à la LFI : on préfère lutter contre le système en s’y opposant avec utopie et peut-être moins de « pragmatisme » qu’au centre.
C’est ainsi que la force qui mobilise les militants est d’une nature bien singulière. Se battre politiquement, c’est se battre partout et tout le temps. Le rêve, c’est aussi l’ambition de tout changer en refusant les normes. Le système explique que c’est bien inefficace mais contrairement à un gouvernement qui se doit de produire des résultats, l’opposition avance par les valeurs avant même l’efficacité. Et pourtant dans les AG, ou en tout cas celle à laquelle nous avons assisté, il y a un travail de fond qui existe : lutter en dehors des normes mais en les étudiant, militants rêveurs mais pas inconscients.

Ainsi, sur la réforme de l’accès au supérieur, les militants et néophytes ont pu profiter d’une formation sur la question de la sélection. C’est alors que l’on apprend que l’après-guerre fut l’épisode durant lequel la France a pu garantir une éducation au plus grand nombre, bien que le bilan soit toujours critiquable. On y apprend que le nombre d’universités en France est intimement lié à la mobilisation de la jeunesse et de sa résonance dans la société. « Tout ça n’est qu’une question de rapport de force », nous explique le formateur.
Mais aujourd’hui, dans quel sens va-t-il, ce rapport de force ? À quoi ressemble la force prolétaire ? Celle des cadres, celle des étudiants ? La fin de la lutte entre les grandes idéologies (communisme vs capitalisme) amène à reconsidérer les combats. L’état des choses est assez simple : les syndicats perdent des adhérents, le gouvernement ne cède pas à la rue et une grande partie des jeunes ne sortent pas de chez eux lors des manifestations. Mieux vaut dans ce cas assumer un espoir, même s’il semble irréaliste.

Il est intéressant de voir que l’AG était bien destinée à la région parisienne et non à Paris. Au-delà des mots qui brisent le périph’, les jeunes le font également. Sont notamment représentés les Yvelines, le Val d’Oise et plusieurs arrondissements de Paris. La pluralité des territoires est clairement un objectif des jeunes Insoumis. Cet objectif a deux avantages : c’est un moyen d’améliorer la représentation des habitants de la région mais également une manière de peser dans la balance électorale sur tous les territoires. Rapport de force, vous dis-je.

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logo de la france insoumise – libre de droits

Après avoir discuter des idées, La France Insoumise doit se doter d’un arsenal politique concret. Ainsi, l’AG se pose un instant puis reprend avec la mise en place d’ateliers de réflexion autour de deux questions : comment mieux structurer le mouvement ? Comment s’organiser pour la prochaine mobilisation ? Le groupe se découpe – assez naturellement – en trois entités qui discutent des questions. On remarque que les femmes prennent bien plus la parole dans ce genre d’organisation en petits groupes (l’une d’entre elles s’est même proposée pour être rapporteuse), je ne sais pas trop l’expliquer. Hormis Lara, militante et élue au CNESER*, aucune femme n’a pris la parole pendant la période de formation.

Les ateliers résultent sur la mise en place de solutions : constitution d’un groupe pour l’impression des tracts, création d’un fichier de contacts pour permettre de faire vivre les groupes d’actions et un objectif, aller chercher des nouveaux publics. Sur ce dernier point, les jeunes de La France Insoumise sont assez lucides : il y a besoin de diversité dans les profils, il faut aller chercher des lycéens et des jeunes travailleurs. Enfin, un des groupes souhaite qu’une couleur différente soit donnée aux groupes d’actions des jeune de la FI sur la carte dynamique disponible sur le site du mouvement pour pouvoir connaître la répartition des mouvements jeunes en France. Les ambitions sont données : il faut souder les militants, structurer le mouvement et améliorer la pluralité. Efficace.

Vivre militant et jeune c’est être à la fois un objet et un acteur particulier de la politique. On a cette opportunité là, précisément, d’être entre deux plaques tectoniques en tension. Entre ceux qui considèrent que les obstacles n’existent pas, que la politique n’est qu’une question de volonté et le pragmatisme de ceux qui ont déjà abandonné.  C’est peut être de cela qu’on a besoin, non pas une politique de l’obstacle mais une politique de l’imaginaire. Qui aurait cru qu’un jour nous puissions tous avoir le droit de vote, avoir une couverture sociale dès la naissance et la possibilité d’aimer qui on veut ? Sûrement des filous de rêveurs.

*CNESER : Conseil National de l’Enseignement Supérieur Et de la Recherche

image de couverture : © hugo coignard pour l’alter ego/apj