Vous commencez à ne plus en pouvoir de repasser pour la quinzième fois un peu de NeksanOrelfeu ? Si la playlist n’oublie pas La Fête est finie, pas de panique : octobre a réservé des alternatives musicales qui, elles aussi, méritent votre attention.

Albums 

ASH – Ibeyi

Ce ne sont pas les inspirations qui manquent à ce duo franco-latino-américain. Tantôt a cappella, tantôt sur des instrumentations épurées, ou encore entre des rythmes cubains appuyés, les sœurs jumelles exploitent des harmonies douces mais froides, dans des prestations lentement développées. Leurs voix cristallines et l’utilisation ponctuelle d’un vocodeur s’ajoutent à l’impossibilité de leur attribuer une temporalité : des chants grégoriens moyenâgeux aux sonorités quasi futuristes, ce délicieux album, Ash, semble venir d’époques différentes selon ses morceaux. Dans No Man Is Big Enough For My Arms, Ibeyi sample un célèbre discours que Michelle Obama a tenu en octobre 2016 alors qu’elle faisait campagne pour Clinton : « The measure of any society is how it treats its women and girls », la mesure de toute société se fait sur comment celle-ci traite ses femmes et ses filles. Si l’hymne féministe de l’ancienne First Lady ne présentait rien de fondamentalement nouveau, il avait bouleversé à juste titre par sa forme et son contexte. Un an plus tard, Ibeyi le fait douloureusement résonner dans un mélange de force et de désespoir. De la même manière, Transmission/Michaelion reprend autour d’un refrain obsessif des extraits du Journal de Frida Kahlo, partiellement lus par la mère des deux sœurs.

AS YOU WERE – Liam Gallagher

Depuis la séparation d’Oasis en 2009, les tentatives de retour du frère cadet Gallagher ont été laborieuses. Les disputes intensives avec Noel, aîné et guitariste, avaient scellés la fin du groupe mythique et ont exclu toute possibilité de nouvelle collaboration musicale dans la fratrie. En 2011 et 2013, les deux albums de Beady Eye, menés de front par le chanteur Liam en compagnie d’anciens membres d’Oasis, n’ont pas été un franc succès : Liam Gallagher s’est adonné à des enregistrements vocaux nasillards manquant cruellement de son charisme irrésistible passé. Dès les débuts du mois, pourtant, son premier album solo As You Were était placé un peu partout numéro 1 des ventes. Une pochette sobre, exposant un portrait sage et rangé. Aucun indice visuel qui ne soit en mesure d’annoncer une révolution de la pop-rock anglaise ; sans surprise, l’écoute confirme le préjugé. As You Were révèle des riffs de guitares classiques et se teinte d’un large emprunt à John Lennon. Le quatrième titre, Paper Crown, déploie une agréable ballade dont on jurerait que le refrain, assorti de chœurs flottants, est extrait de « l’album blanc » des Beatles. Que dire du morceau suivant, For What It’s Worth, sinon qu’il copie insolemment Don’t Look Back In Anger, l’un des tubes auxquels Oasis doit son succès ?

En réalité, As You Were devient une preuve de plus que l’originalité n’est pas indispensable à une œuvre pour se laisser apprécier. Qu’apporte ici Liam au monde de la musique ? Principalement une énergie singulière. L’album s’ouvre sur l’un de ses meilleurs titres, l’entrainant Wall of Glass. Liam y présente une ligne vocale en parfait accord avec l’harmonica utilisé. Dans la seconde partie de l’opus, la chanson Chinatown insère soudainement un mystère mesuré et une certaine nostalgie, accentués par l’effet de réverbération. Du reste, As You Were demeure un plaisir à écouter, à condition cependant de faire abstraction des paroles qui, quand n’y transparaît pas une morne simplicité, ne sont ni poétiques, ni évocatrices.

PRINCE OF TEARS – Baxter Dury

Oui, nous voilà de nouveau face à un artiste de la pop anglaise,  mais Baxter Dury s’engage dans une voie tout à fait différente. Il s’était fait remarqué en 2011 grâce à un Happy Soup léger et dynamique, et est revenu le 27 octobre 2017 avec ses éternelles et diverses voix féminines ainsi qu’une production plus travaillée sur ce nouvel album, Prince of Tears. Autour de lignes de basse mémorables couvertes d’accords brefs et cinglants, le chanteur élance sa voix incontrôlée, incontrôlable, grave, dans un remarquable chanté/parlé, sans tenter de masquer son énergie palpable ou son accent britannique – deux caractéristiques qui nous permettent de le distinguer de Lou Reed. Dans la critique de The Guardian, plusieurs chansons sont pointées comme un hommage à Gainsbourg. Les derniers titres Wanna et Prince of Tears, sensuels et chavirants, sont conduits par un quatuor à cordes, et leurs refrains, interprétés respectivement par une voix fluette et une davantage ronde, ne vont pas sans rappeler celles de Jane Birkin et Brigitte Bardot. Le morceau Listen, quant à lui, développe des paroles crues, distinctes, dans le même esprit que les tubes précédents de Baxter Dury, si ce n’est qu’il y apporte une précision et une maturité notables.

L’EP du mois :

Myd

Myd a sorti l’EP solaire All inclusive le 13 octobre dernier sur le label Ed Banger. Ce nom vous est peut-être inconnu et pourtant familier. Myd est un artiste prolifique : dj, producteur, ingé son de formation. Il travaille aussi bien en solo qu’en groupe. En 2016 il sortait l’album Discipline avec le quatuor Club Cheval. Un album mêlant musiques électroniques et r’n’b. En parallèle de la composition il enchaine les productions rap : Brodiski avec Brava, Theophilus London avec Vibes, Champs-Elysée de SCH ou Tout le monde veut des lovés de Lacrim. Avec All inclusive, Myd nous surprend. L’EP ne ressemble en rien à ces influences rap et r’n’b. On se rapproche plus d’un mix entre la musique du canadien déluré Mac DeMarco et la house électro connue d’Ed Banger. En 2016, le musicien confiait son obsession pour les guitares  et sa volonté d’amener des instruments dans sa musique : c’est chose réussie. Son EP nous renvoie en été à l’aide d’une surf pop synthétisée. L’EP est accompagné d’une cover et d’un clip délirant pour le titre All Inclusive. Myd devient le bon gros cliché du touriste beauf mais attachant, une sorte de Zach Galifianakis (cf Very Bad Trip) en croisière.

Les clips du mois :

MGMT

Cela faisait 5 ans que le groupe n’avait pas sorti d’album. Ils reviennent début 2018 avec Little Dark Age. Celui-ci a été enregistré entre New York et Los Angeles. Plusieurs mystères entourent cet album, notamment celui d’une possible collaboration avec Mac Demarco après la publication en 2016 d’une photo en studio des new-yorkais et du canadien.. La rumeur est-elle toujours d’actualité ?

Pour patienter, le groupe a sorti le 24 octobre dernier le premier extrait au titre éponyme de Little Dark Age ainsi que son clip. Le morceau est pop, psyché, inquiétant. Le clip dirigé par Nathaniel Axel & David MacNutt nous invite dans un univers gothique: nature morte, manoir, homme en noir, tableau médiéval et personnages baroques. Un esthétisme renvoyant clairement aux clips de The Cure comme celui du titre Lullaby. Quoi de plus naturel donc de trouver dans cet univers Andrew VanWyngarden grimé en Robert Smith, chanteur de The Cure.

Renart

Le 24 octobre, le professeur Renart sortait sur le label Cracki Records l’album Fragments Séquencés. Celui-ci a été pensé comme une suite de petits récits qui, regroupés, retracent une odyssée futuriste et technoïde. Chaque morceau de l’album a son esprit, nous invitant au voyage imaginaire. Se mêlent mélodies aériennes, oniriques, comme sur les titres Cyber-moineaux ou Souvenirs miroirs, et beats froids, mécaniques et oppressants, comme sur Terreur sur la ville. Tous deux sont favorables à une certaine transe hypnotique et psychédélique. Plusieurs tableaux s’enchaînent, livrant une critique d’un monde victime de la robotique et de la technologie. Le premier titre paru est Terreur sur la ville. Dans son clip réalisé par Therese, nous suivons des expériences scientifiques sur un homme. Au programme machines, substances étranges et télévision cryptée.

Angèle

Il y a quelques jours, vous avez surement dû voir passer dans vos fils d’actualité « Angèle la petite soeur de Roméo Elvis sort son premier clip » ou encore des contenus ayant pour titre « Angèle soeur de ». Mais Angèle est beaucoup plus « qu’une soeur de ». La jeune Bruxelloise a sorti son premier titre La loi de Murphy accompagné d’un clip loufoque. Ce premier titre est paru il y a quelques jours et pourtant, l’artiste semble déjà installée dans le milieu : elle fait les premières parties de Damso et Ibeyi, apparaît en featuring sur Ma Story de Caballero & JeanJass ou bien sur J’ai vu de Roméo Elvis. Le premier titre d’Angèle est étonnant et audacieux. Audacieux d’abord par son thème et son articulation : la loi de Murphy est la loi établissant que « tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal ». Soit. Et Angèle réussi le pari de nous traîner dans ses galères. Dans sa construction le titre mêle anglais et français sur une pop dansante aux influences r’n’b. Le clip réalisé par Charlotte Abramow est à l’image de l’artiste : coloré, rempli d’autodérision, de légèreté et de poésie.

 

PLAYLIST :

image de couverture : libre de droit