Les pays scandinaves sont, aux yeux de certains experts, des modèles économiques, sociaux et politiques. Cependant, nous connaissons peu de choses à leur sujet. L’Alter Ego vous propose donc de vous pencher sur la Norvège, échantillon méconnu aux ressources multiples.

Libre de droits
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Une stratégie économique qui paye

Les frontières de la Norvège sont récentes ; sa séparation totale avec le royaume de Suède date de 1905. Malgré cette indépendance tardive, la Norvège est aujourd’hui un des pays les plus riches et les plus développés au monde.

Rien au début des années 1900 ne laissait présager un tel avenir pour le pays. Un des facteurs ayant contribué à son développement est la découverte d’hydrocarbures dans la mer du Nord dans les années 1960. Afin d’éviter une trop forte dépendance au pétrole, le pays, avec l’argent obtenu par l’extraction de matières premières, a effectué des placements financiers dans différents secteurs afin de créer un fonds souverain* qui à ce jour est le plus conséquent au monde.

Grâce à ce fonds, le pays a pu s’affranchir économiquement du reste du monde. Les Norvégiens ont refusé à deux reprises d’intégrer l’Union européenne, mais le pays fait tout de même partie de l’espace Schengen et de l’Espace Économique Européen (EEE). Celui-ci peut entretenir de forts liens commerciaux avec les pays membres de l’UE mais doit accepter de payer cette adhésion à l’EEE et de ne recevoir aucun financement de la part de l’UE.

La monarchie la plus démocratique au monde

D’après la Constitution de 1814, la Norvège est une monarchie constitutionnelle à tendance parlementaire. La monarchie prend une place symbolique dans le pays et est peu contestée. Le roi actuel, Harald V, est très populaire auprès de son peuple. En 2011, la proposition des députés socialistes de remplacer la monarchie par une république a été rejetée par le Parlement norvégien (le Storting), témoignant de l’attachement du pays à sa tradition monarchique.

OSLO, NORWAY - MAY 09: Queen Sonja of Norway, Emma Tallulah Behn, King Harald of Norway, attend an official Gala dinner at the Royal Palace, in Oslo, as part of The Celebrations of the 80th Birthdays of King Harald and Queen Sonja of Norway. on May 9, 2017 in Oslo, Norway. (Photo by Julian Parker/UK Press via Getty Images)
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La majorité de la jeunesse norvégienne est également favorable à la monarchie. Le prince héritier, Haakon, renvoie une image jeune, dynamique et sportive à laquelle elle peut s’identifier. Le futur monarque joue un rôle important dans la popularité de sa famille ainsi que dans la perduration de la monarchie.

La monarchie n’est cependant pas un frein à la démocratie. Selon The Economist group, la Norvège est à ce jour le pays ayant l’indice de démocratie le plus élevé. Cet indice s’appuie sur de nombreux critères tels que le processus électoral, le pluralisme politique, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique et la culture politique. L’indice de la Norvège était de 9,93 en 2016. En comparaison, celui de la France était de 7,92 et celui de la Corée du Nord de 1,08 la même année.

Une politique du compromis obligatoire pour le gouvernement Solberg

Le 11 septembre 2017, la coalition de centre-droit a gagné les élections législatives, maintenant ainsi Erna Solberg à la tête du gouvernement pour un second mandat. C’est la première conservatrice à être nommée pour deux mandats de suite depuis 30 ans. Jusqu’en 2013, les membres du Parti travailliste étaient au pouvoir et c’est grâce à un accord avec le Parti du progrès (parti de droite, qualifié de populiste par certains observateurs politiques) que le Parti conservateur a pu reprendre la direction du gouvernement.

(GERMANY OUT) Bundeskanzleramt, Besuch der norwegischen Ministerpräsidentin Erna Solberg in Berlin (Photo by Popow/ullstein bild via Getty Images)
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La politique menée par le gouvernement de Solberg se base principalement sur l’adaptation du pays à la baisse du prix du pétrole, sur la baisse des impôts et la gestion de la crise migratoire. Si durant son premier mandat, la majorité de la coalition soutenait ses décisions, son second mandat risque d’être beaucoup plus instable. Les différents partis de la coalition de centre-droit sont en désaccord sur plusieurs sujets comme le climat ou la gestion des réfugiés et faire passer des lois sera un défi pour la Première ministre, dont le mandat risque d’être compromis.

Un grand investissement dans l’écologie et le développement

La protection de l’environnement est aussi un enjeu auquel la Norvège accorde beaucoup d’importance. Avec la découverte d’hydrocarbures en 1969, le pays a rapidement pris des initiatives afin de favoriser le développement durable. L’objectif de la Norvège était d’amorcer rapidement une transition énergétique afin de ne pas être dépendante du pétrole. C’est dans cette optique qu’en 1991 un fonds pétrolier est créé. Les générations futures peuvent donc bénéficier des revenus du pétrole et investir dans le développement durable afin de préserver l’environnement.

De plus, les compétences en matière de gestion de l’environnement ont été décentralisées. Ce sont les municipalités qui ont en charge l’aménagement du territoire, ainsi que la protection de la nature. Les nouvelles constructions respectent dans l’ensemble les normes environnementales et l’agriculture biologique est répandue et encouragée.

À l’international, la Norvège est très active en matière d’aide au développement et de protection de l’environnement. Elle a développé plusieurs accords bilatéraux, notamment avec la Russie, et est un des pays consacrant la plus grande part de son budget pour l’aide au développement ; le pays donne 0,9 % de son Revenu National Brut pour l’Aide Publique au Développement. En comparaison, les États-Unis fournissent 0,19 % de leur RNB et la France, 0,41 %.

La Norvège est un pays discret sur la scène internationale mais sa richesse et ses investissements en font une puissance de premier plan. Son modèle économique et environnemental est évidemment impossible à reproduire car il est le produit de facteurs et de décisions historiques propres au pays. Cependant il donne à réfléchir quant aux décisions que peuvent prendre les pays en voie de développement afin de construire un avenir économique stable et responsable en matière d’environnement.   

*Un fonds souverain consiste à investir dans différents secteurs afin de créer une réserve sur laquelle s’appuyer en cas de crise. Ces investissements peuvent se faire dans divers secteurs comme l’immobilier.