Pour récolter des dons, les associations humanitaires ont toujours pu compter sur de généreux donateurs. Depuis quelques années, les nouvelles générations entrent en scène, en apportant une nouvelle dimension à l’humanitaire : celle d’internet et des réseaux sociaux. Tour d’horizon de l’humanitaire d’hier et d’aujourd’hui.

Les associations humanitaires, quézaco ?

Le propre d’une association humanitaire est de mener des actions tendant à répondre aux besoins vitaux des êtres humains. La naissance de l’humanitaire « moderne » a été marquée par plusieurs étapes dont la 1re est la création du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en 1863, secondée par la signature des conventions de Genève, afin de protéger les blessés sur les zones de conflits. Ces traités ont depuis été complétés par quatre conventions mondialement ratifiées après la Seconde Guerre mondiale.

Suivant cette voie, c’est au début du XXe siècle que de nombreuses associations voient le jour. Elles sont pour beaucoup créées afin de venir en aide aux victimes et rescapés de la Première Guerre mondiale.

NEW YORK CITY, USA - SEPTEMBER 18, 2017: A Non-Violence bronze sculpture of a revolver with a knotted barrel by Swedish artist Carl Fredrik Reutersward by the United Nations (UN) headquarters in New York City. Alexander Shcherbak/TASS (Photo by Alexander ShcherbakTASS via Getty Images)
Siège de l’ONU à New York – © Alexander Shcherbak/TASS via Getty Images

Mais le tournant s’opère après la 2nde Guerre mondiale, avec la naissance d’organisations non gouvernementales (ONG) qui permettent d’élargir les champs d’action. La véritable révolution de l’humanitaire réside au sein de la création de l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui, conformément aux conventions de Genève, tend à maintenir la paix mondiale et faire respecter les droits de l’Homme. L’ONU permet alors la fondation d’agences subalternes spécialisées telles que l’UNICEF (Fonds des Nations unies pour l’Enfance), le HCR (Haut-Commissariat pour les Réfugiés) ou encore le PAM (Programme Alimentaire Mondial).

Côté finances… la recherche de donateurs de plus en plus « 2.0 »

Mais comment faire vivre ces structures ? Bien souvent, grâce à leur statut d’association d’utilité publique, celles-ci bénéficient de subventions publiques qui peuvent représenter jusqu’à la moitié de leur financement. Le reste se divise entre les cotisations des membres, les ventes qu’elles peuvent réaliser et évidemment, les dons et legs.

Depuis plus de quinze ans, les associations rivalisent d’inventivité pour mobiliser les plus jeunes générations, les personnes âgées étant sur-sollicitées. La folie du street fundraising par exemple – consistant à arrêter les passants dans les rues pour leur proposer de devenir donateurs réguliers – a aujourd’hui tendance à s’essouffler dans un monde où la jeunesse est majoritairement ultra-connectée. Le but des associations est donc de parvenir à toucher, à intéresser ces jeunes aux causes qu’elles défendent via les réseaux sociaux, puis de les faire devenir des e-donateurs. En somme, les associations misent maintenant sur internet. Et ça marche.

Les millennials prennent le relais

Selon le baromètre 2016 LIMITE-IFOP des e-donateurs , la tendance est à la mobilisation de la génération Y. En effet, parallèlement à l’augmentation constante de la part des dons en ligne (avoisinant aujourd’hui 10 % des dons annuels aux associations), c’est le pourcentage de e-donateurs de moins de 35 ans qui est en hausse (16 % en 2014 contre 22 % en 2016), atteignant pour la première fois la même proportion que les donateurs de plus de 35 ans. Et si les millennials sont de plus en plus enclins à donner en ligne, ils sont aussi souvent plus généreux avec des dons moyens de 160 euros, soit 10 euros de plus qu’en 2014.

© LWA via Getty images
© LWA via Getty images

En cause ? Une présence accrue des associations sur les réseaux sociaux alliée à celle (forte) de cette génération Y qui, en plus de donner, devient parfois « promoteur » des associations. C’est grâce à cette utilisation de réseaux tels que Facebook, Google +, Twitter ou encore Instagram que les associations bénéficient d’un meilleur rayonnement et parviennent, par une nouvelle sorte de bouche-à-oreille, à toucher de plus en plus de personnes.

La génération Z se mobilise

Mais les millennials de la génération Y ne constituent pas toute la jeunesse, et il est une partie qui échappe à cette structure humanitaire « traditionnelle ». Cette partie est la mienne, la nôtre. Nous, qui passons notre temps sur Facebook et Twitter, nous qui vivons presque en direct l’ouragan Irma en Outre-Mer et ses conséquences, le tremblement de terre au Mexique ou la tuerie de Las Vegas.

Et si nous ne suivons pas forcément les comptes des associations, nous suivons en revanche des influencers, français ou internationaux, désireux d’agir et de nous faire agir. Ainsi naît une nouvelle phase de l’humanitaire, menée par ces influencers, avec en exemple flagrant, le mouvement initié par Jérôme Jarre : la #LoveArmy.

Après la Somalie, ce sont les youtubers et amis de Jérôme, Juanpa Zurita et Casey Neistat qui se sont appropriés ce mouvement afin de venir en aide aux victimes mexicaines (#LoveArmyMexico) et américaines (#LoveArmyLasVegas). Si la génération Z répond présente, c’est uniquement par le crowdfunding (cagnotte participative en ligne) et les réseaux sociaux, attirée par une promesse. Cette promesse est la transparence totale, le droit fondamental de savoir concrètement à quoi va servir et à qui va bénéficier l’argent qu’elle donne. Transparence qui manque parfois aux grandes associations humanitaires.

Mais les initiatives de crowdfunding n’appartiennent pas seulement à ces jeunes influencers. En effet, un rapide coup d’œil à des sites (tels que leetchi ou gofundme) permet de se rendre compte de l’existence d’un nombre significatif de cagnottes de financement à portée caritative ou humanitaire. Que ce soit pour des cas particuliers (financement d’une voiture adaptée à un handicap ou d’un traitement) ou bien à la suite de catastrophes (Ouragan Irma, incendies en Californie), beaucoup de jeunes lancent de telles cagnottes. Et certains ne se contentent pas de créer des cagnottes ou d’y participer mais ont de plus en plus le désir d’agir par eux-mêmes de diverses manièrescomme cet étudiant que L’Alter Ego a rencontré, parti trois semaines en Inde

Vers un « Back to basics »?

Cette nouvelle sorte d’action a quelque chose de paradoxal. Si elle utilise des ressources exclusivement « modernes » sur la forme (toute la mobilisation se déroule sur les réseaux sociaux, et la collecte des dons sur internet), le fond paraît on ne peut plus simple, comme un retour aux fondamentaux, loin de l’image parfois donnée des associations devenues business. Le but est de rassembler, de sensibiliser un maximum de personnes à une cause, de collecter, et d’utiliser cet argent uniquement pour aider, et pour rien d’autre.

Les grandes associations restent sceptiques sur la pérennité de ce mode d’action jouant bien souvent sur les émotions et non sur la raison. En attendant, force est de constater que la jeunesse répond en majorité présente aux appels de la #LoveArmy.

Image de couverture : libre de droits