Qui dit fin du mois, dit galères budgétaires mais dit surtout playlist éclectique de L’Alter Ego, ce qui en soit est plutôt réjouissant. Retournons alors tous ensemble sur les nouveautés musicales du mois.

Les albums du mois :

Le rêve américain de LCD Soundsystem

Six ans après leur concert mythique au Madison Square Garden à NYC, signant leur dissolution, la bande à Murphy est de retour. LCD Soundsystem était le groupe électro-punk new-yorkais qui a marqué les années 2000. Le sabordage du groupe a été mûrement réfléchie par James Murphy qui ne souhaitait ni devenir trop gros, ni échouer. Autant dire que le retour du groupe le fut également. L’anti-rockstar chantonnait, écrivait quelques chansons quotidiennement. Un jour, ses compositions sont devenues un peu trop nombreuses. Plusieurs choix s’offraient à lui : soit monter un groupe avec des amis sous un nom égomaniaque, soit monter un groupe solo sans les amis, soit reformer LCD Soundsystem, soit garder les compositions loin du public, ou bien ne plus faire de musique. La troisième possibilité a été adoptée, après l’approbation des copains. Voilà comment est né « American Dream ». Dans ce nouvel album, sorti le 1er septembre, on retrouve la filiation à Talking Heads, le collectif américain des années 70s connu entre autres pour leur tube Psycho Killer, mais également l’influence omniprésente de l’idole absolue de James Murphy : David Bowie. L’album est moins dansant que les précédents, les guitares sont plus présentes, la voix de Murphy est moins parlée, plus chantante, mais les titres restent terriblement efficaces. Après l’élection de Donald Trump « American Dream » a un triste écho. Le titre éponyme relate le réveil catastrophe d’un type, après un trip au LSD. La personne à ses côtés n’est pas son partenaire. Un peu comme les États-Uniens se réveillant aux côtés de Donald Trump le 9 novembre 2016.

SPARKS :

À présent sexagénaires, les frères Ron et Russell Mael n’en restent pas moins les maîtres de la pop sautillante. Après avoir collaboré en 2015 avec le groupe écossais Franz Ferdinand sous le nom de FFS (Franz Ferdinand & Sparks) et sorti vingt-deux albums depuis leur début, le groupe précurseur des années 70 est de retour avec « Hippopotamus ». Oui, Sparks est un groupe précurseur ayant influencé The Smiths, New Order, Björk, Sonic Youth, Depeche Mode, Franz Ferdinand, The Lemon Twigs et bien d’autres. La fratrie a aussi bien exploré le glam que le disco, la new-wave ou l’art-rock.  Ils ont fait danser nos vieux avec le célèbre  When I’m With You et nous font à présent bouger avec « Hippopotamus ». Les Sparks présentent un album joyeux et touchant, loin du contexte anxiogène actuel, remplissant ainsi le rôle qu’ils se sont donnés : créer des diversions pour que des gens comme eux se sentent mieux. L’ensemble est organique, mêlant orchestre et guitares, très théâtral. Évidemment on retrouve sur l’album la voix perchée, reconnaissable entre toutes, de Russell Mael. Sur le titre « When You’re a French Director » le duo invite leur ami et réalisateur français Leos Carax à pousser la chansonnette. Après le cinéma français, le groupe rend aussi hommage à Edith Piaf avec l’excellent Edith Piaf (Said It Better Than Me).

ARIEL PINK

Le trublion de la pop a sorti « Dedicated to Bobby Jameson » le 15 septembre,  trois ans après le délicieux « Pom Pom ». Toujours fidèle à sa réputation d’artiste inclassable, Ariel Pink nous offre un album aux genres multiples et aux influences diverses. Ainsi se suivent des morceaux aux ambiances sixties avec Another Weekend, punk avec Revenge of the Iceman ou vaporwave avec Acting. Quant à Time To Live, elle est clairement un Video killed the radio star en mode garage. Au milieu de ce bordel d’influences, on parvient à distinguer la pâte de Pink. L’artiste y livre ses psychoses à travers la figure de Bobby Jameson, à qui il dédie l’album. Bobby Jameson est un musicien de Los Angeles qui a connu un bref succès durant les années 60. Volé par ses managers, il se réfugie dans l’alcool et disparaît de la scène musicale. En 2007, celui-ci réapparaît en écrivant des autobiographies sur des blogs. Une histoire tragique dans laquelle Ariel Pink s’identifie. Ariel Pink peut du jour au lendemain ne plus être Pink, le musicien, la seule chose qu’il sait faire. Comment exister dans le monde du zapping ?

Sur Another Weekend, le musicien nous parle du temps qui passe et de la mort. Ou plutôt de la vie après la mort :

Nous pourrions être infinis, sans début ni fin. On choisit bien notre destinée, pourquoi ne pourrions-nous pas choisir la vie après la mort ?

 

L’EP du mois : THE LEMON TWIGS

Un an après leur album extraterrestre « Do Hollywood » les deux frères D’Addario sortent un EP « Brothers of Destruction ». Le duo new-yorkais avait surpris les critiques et le public avec un album aux sonorité sixties et au psychédélisme assumé. Un flashback produit par Jonathan Rado du groupe Foxygen, cette même influence que l’on retrouvait, aux côtés de celles des Beatles et des Beach Boys, sur l’album. « Brothers of Destruction » se trouve dans la même veine que « Do Hollywood ». Et pour cause les 6 morceaux de l’EP résultent des sessions d’enregistrement de l’album. Pas question de les jeter : Michael et Brian D’Addario les ont enregistré chez eux à New-York. La plupart des titres sur l’EP sont connus des fans puisque le groupe les jouait déjà lors de leurs concerts.

The Lemon Twigs continuent leur route dans leur faille spatio-temporelle.

Les clips du mois : 

LOYLE CARNER

Loyle Carner est le rappeur qui dénote dans le milieu rap. Le britannique ne parle dans ses textes ni de femme, ni d’argent, ni d’armes, mais plutôt de sa famille et de ses potes. Ses clips reflètent sa personnalité, ils sont intimistes. Le rappeur montant offre un clip émouvant à son titre Sun of Jean feat of Mum and Dad, peut-être le plus personnel.  Sun of Jean est d’abord l’histoire de la découverte d’un disque composé par son défunt beau-père. La composition qu’il retient est Yesterday’s Gone qui deviendra Sun of Jean. Loyle demande alors à sa mère de parler sur le morceau : une réunion posthume en somme. Le clip de Sun of Jean met en scène des moments de complicité entre différents protagonistes et leur famille. Puis, sur la composition au piano de son beau-père, sa mère récite un poème face caméra, toujours aux côtés de Loyle Carner.

BJÖRK

L’Islandaise est l’une des artistes les plus précurseurs de notre époque. Elle le confirme avec la sortie du clip de The Gate, premier extrait de son album qui sortira en novembre. Le clip a été réalisé par Andrew Thomas Huang, un vidéaste basé à Los Angeles. Dans ce clip, Björk évolue dans un monde imaginaire mystique, futuriste, et gracieux. L’artiste est entourée d’êtres lumineux et fins. Aussi, la musique est en osmose avec le clip comme si la composition musicale était intrinsèquement lié au visuel. L’image interagit avec les sons, les sons renvoient à l’image : un clip envoûtant et éblouissant. En plus d’un visuel impressionnant, le costume porté par la chanteuse est époustouflant. La robe a été dessinée par Alessandro Michele de la maison Gucci. Björk affirme sa domination.

JUSTICE

Le groupe électro français sort un clip hot pour la version live de Pleasure. Le morceau figure sur leur album « Woman » sorti en 2016. La version live est beaucoup plus dansante, plus rock. Elle fait écho à Phantom, un classique de Justice. On imagine alors des corps en transe sur cette version live. Et le clip d’Alexandre Courtès exhibe, justement, des corps magnifiques en transe. Mais dans une transe sexuelle, charnelle. Pleasure explore ainsi le plaisir musical et sensoriel. Deux êtres, un homme et une femme dans une salle vide et obscure s’étreignent langoureusement jusqu’à l’orgasme lumineux. Ne faisant plus qu’un, fusionnant l’un dans l’autre : l’histoire de la création.

Playlist :

image de couverture : © Bash pour L’Alter Ego/APJ