Série d’attentats dans le monde durant le mois d’août : comment les traitements médiatiques et politiques différenciés ont exercé une hiérarchisation des vies humaines, Europe en tête. Les récentes attaques terroristes ont rappelé à tous que le spectre de l’islamisme radical plane toujours au-dessus de nos têtes. Du Moyen-Orient en passant par l’Europe et la Russie, le monde connaît une vague d’attaques. À chacune d’entre elles, une notification sur nos téléphone nous fait apprendre l’horreur. Les jeunes sont les plus touchés par ces informations en direct. Le traitement médiatique de ces attentats diffère pour chaque pays mais une même tendance se dégage : les attaques dans les pays occidentaux sont systématiquement sur-médiatisées au détriment de celles ayant lieu dans les pays orientaux ou plus globalement les « pays du sud ».

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La liste macabre

La liste est macabre, certainement incomplète mais qu’importe : le résultat est là, chiffré, l’État Islamique tue. En Europe : six militaires blessés à Levallois le 9 août, puis quinze morts et plus de cent-vingt blessés à Barcelone et Cambrils les 17 et 18 août, deux morts et six blessés à Turku en Finlande, plusieurs blessés à Sourgout en Sibérie le 19 août, une attaque contre des militaires à Bruxelles le 25 août qui n’a tué que son auteur, et la dernière du mois le 28 août en Russie qui a fait trois morts dont les deux assaillants.

Cette lourde liste montre que le mois d’août 2017 a vu se multiplier les attentats et démontre que l’État Islamique, bien qu’affaibli sur ses terres, possède toujours une incroyable capacité d’action dans le monde avec des combattants qui passent entre les mailles des filets des services de renseignements. Il est aussi intéressant de remarquer comment l’attaque de Barcelone de grande ampleur a « réveillé » nombre de loups solitaires de l’organisation terroriste qui passent à l’action avec des moyens rudimentaires (voitures, couteaux…).

Excepté pour la Russie qui verrouille en grande partie les informations, toutes les récentes attaques en Europe ont fait l’objet d’une médiatisation dont malheureusement nous avons l’habitude.

Des médias omniprésents

Les unes des quotidiens nationaux, les éditions spéciales en boucle sur les chaînes d’information en continu, les notifications permanentes sur nos téléphones pour suivre le déroulement de l’enquête, la traque des suspects, puis le dénouement. Le même scénario qui se répète depuis les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015.

Cependant, tout ne tourne pas autour de l’Europe : le reste du monde n’a pas été épargné par le terrorisme islamiste ces dernières semaines. Le 1er août en Afghanistan : trente-trois morts et des dizaines de blessés dans une mosquée. Le 14 août à Ouagadougou au Burkina Faso : dix-huit personnes abattues sur la terrasse d’un restaurant. Deux jours après dans un camp humanitaire, ce sont 28 personnes qui sont tuées par des islamistes radicaux.

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Le constat est souvent le même : quelques secondes au journal de 20 heures ou dans l’annonce des titres sur les radios nationales, jamais plus. Les attentats qui ont lieu loin de nos frontières n’intéressent pas les médias français. A contrario, les récentes attaques en Catalogne ont subi un traitement médiatique digne des attentats de Paris ou de Nice : éditions spéciales en boucle, notifications sur les téléphones, messages de soutien sur les réseaux sociaux ou encore Safety Check sur Facebook (1).

Les tours jumelles comme point de départ

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Tout a commencé le 11 septembre 2001 lorsque les États-Unis subissent le premier attentat terroriste sur leur sol, c’est aussi le premier qui est diffusé en direct dans le monde entier à la télévision. Depuis, nombre d’évènements dramatiques de ce genre sont suivis en direct sur nos écrans, parfois non sans risques pour les personnes touchées (cf. l’assaut des forces de l’ordre lors de l’attaque de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes).

Les causes de cet écart entre les traitements médiatiques sont nombreuses. Tout d’abord pour des raisons techniques. En effet, dépêcher une équipe de journalistes au Moyen-Orient ou en Afrique ne se fait pas dans les mêmes conditions qu’en France (sécurité, distance, coût). De plus, pour des raisons culturelles, ce qui se déroule proche de nous aura plus tendance à nous toucher que ce qu’il se passe loin de nos frontières. Nous n’avons que très peu de contact avec ces populations qui sont isolées par les conflits qui touchent leur pays. Par ailleurs nous partageons des cultures différentes. Au fil des années, certains pays orientaux touchés par le terrorisme ne sont plus montrés que sous l’angle de la guerre qui y sévit par les médias. Cela offre une image erronée pour les jeunes que nous sommes. En effet le terrorisme est un moyen d’action destiné à surprendre les populations par des actions violentes et meurtrières. L’effet de surprise de telles actions n’a plus lieu si elles sont noyées dans une guerre qui dure. Si l’on ne cherche pas par nous-mêmes à en savoir plus sur ces pays, à comprendre les raisons de ces conflits, du terrorisme et de la relative faiblesse des états concernés, alors l’information ne ne nous arrivera qu’assez peu par les canaux classique. Et c’est en ce sens que l’étude du Moyen-Orient ou encore de l’Afrique dans les classes dès le collège n’est pas une hérésie telle que certains politiques veulent le faire croire. Cela participe à l’ignorance des plus jeunes et donc à posteriori à cette hiérarchisation inconsciente des vies humaines, Europe en tête.

Les médias façonnent involontairement l’imaginaire collectif en procédant à une hiérarchisation des vies humaines, plaçant les vies françaises (plus largement les vies des pays du Nord) en haut d’un classement conclu par les vies de pays pauvres, souvent coutumiers des attentats terroristes. L’ouverture de l’Éducation nationale à ces problématiques ainsi que les initiatives de certaines émissions de télévision (Quotidien par exemple qui a réalisé régulièrement des lives FaceTime avec Ismaël, un syrien qui racontait la guerre de l’intérieur) sont des éléments qui peuvent faire évoluer vers une plus grande égalité dans la médiatisation des victimes de l’islamisme radical dans le monde.

(1) Fonctionnalité mise en place par Facebook qui permet aux utilisateurs se trouvant dans une zone touchée par une crise de signaler à leurs amis qu’ils sont en sécurité

Image de couverture : © Alexander Petrosyan/Kommersant/Getty Images