La Birmanie (Myanmar en Birman), pays situé au sud-est de l’Asie, a été particulièrement visée par les médias ces derniers jours. En effet, depuis une dizaine d’années, des violences intercommunautaires ont éclaté entre certains Rohingyas et Bouddhistes dans le pays. Des violences qui se sont accentuées dès le 28 mai 2012, suite à l’accusation supposée de trois musulmans condamnés à mort pour avoir violé et tué une femme bouddhiste. Suite à ce meurtre, des dizaines de Rohingyas (les musulmans de Birmanie) ont été massacrés par des Bouddhistes extrémistes. Depuis, des éclats de violence barbares comme celui-ci ont continué d’éclater contre les musulmans du pays, gagnant toujours en intensité. Le 25 août 2017 notamment, des membres de l’ASRA (Armée de secours des Rohingyas de l’Arakan, constituée de rebelles musulmans) ont attaqué un poste de police birman. Depuis cet évènement, l’armée birmane effectue une répression sans précédent contre ce peuple.

NEW DELHI, INDIA - SEPTEMBER 21: Members of Muslim community protest against the genocide of Rohingya Muslims in Myanmar at Jantar Mantar on September 21, 2017 in New Delhi, India. (Photo by Arun Sharma/Hindustan Times via Getty Images)
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Un peuple musulman minoritaire et discriminé

Les Rohingyas, peuple musulman de Birmanie, appartiennent à une ethnie nettement minoritaire dans leur pays. En effet, ils ne constituent que 4 % des 52,8 millions d’habitants. La religion qui prévaut dans le pays est le bouddhisme, et ce sont notamment les bouddhistes Bamars qui sont majoritaires : ils constituent environ 75 % de la population birmane. D’autres minorités sont implantées en Birmanie, comme les Shans (bouddhistes), les Karens (bouddhistes et chrétiens) ou encore les Kachins (chrétiens), qui sont, eux, situés dans les zones montagneuses – et riches – entourant le pays. Si les premières conversions à l’islam ont eu lieu dès le XVe siècle en Birmanie, la plupart des musulmans du pays sont venus du sous-continent indien en quête de travail vers les XIXe et XXe siècles. Une population donc relativement récente en Birmanie, et qui a toujours été victime du racisme accoutumé de l’ethnie Bamar au pouvoir depuis des siècles. D’où certaines lois discriminatoires comme celle créée en 1982 par la dictature militaire. Cette loi réserve la citoyenneté birmane aux ethnies en mesure de prouver qu’elles étaient en Birmanie avant 1823, date marquant les premières guerres entre les Birmans et l’occupant britannique. En effet, à cette époque les Anglais colonisent une grande partie de l’Asie et s’emparent de la Birmanie dès 1886. Ayant besoin de main d’oeuvre au sein de leurs colonies, ils encouragent des Rohingyas résidant à l’époque vers le Bengale oriental, à migrer vers les régions de l’Arakan en Birmanie. Demeurant en paix avec l’occupant britannique, les Rohingyas bénéficient alors d’une certaine liberté culturelle et politique. La plupart resteront d’ailleurs fidèles aux Anglais durant la seconde guerre mondiale, ce qui leur attirera les représailles violentes des nombreux Birmans indépendantistes. Ainsi la mesure de 1982 vise spécifiquement les Rohingyas, l’État ayant décrété que la minorité musulmane était dans l’incapacité de prouver son arrivée dans le pays avant la date fatidique. Ainsi les Rohingyas sont apatrides (ils n’ont aucune nationalité) et ne disposent donc pas des mêmes droits que le reste de la population birmane. Tout cela rend leurs conditions de vie très difficiles, puisque la plupart vivent dans la misère et n’ont pas accès à l’école, aux services sociaux en tout genre ou encore au marché du travail…

UKHIYA, COX'S BAZAR, BANGLADESH - 2017/09/17: Rohingya refugee woman clean clothes in the rainwater with her child at Thenkhali refugee camp in Coxs Bazar, Bangladesh. According to UNHCR more than 400 thousand Rohingya refugees have fled Myanmar from violence over the last few weeks, most trying to cross the border and reach Bangladesh. International organizations have reported claims of human rights violations and summary executions allegedly carried out by the Myanmar army. (Photo by K M Asad/LightRocket via Getty Images)
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Les Rohingyas : l’une des populations les plus persécutées du monde

Aujourd’hui, l’Organisation des Nations Unies (ONU) considère les Rohingyas comme « le peuple le plus persécuté du monde ». En effet, en plus des nombreuses discriminations dont ils sont victimes, des violences extrêmes ont commencé à se manifester ces derniers jours envers le peuple musulman. À l’origine : l’attaque d’un poste de police birman par l’Armée de secours des Rohingyas de l’Arakan (Asra), formée de rebelles Rohingyas. Une attaque ayant pour conséquence de faire exploser les violences racistes, encouragées notamment par l’armée birmane qui effectue elle-même une lourde répression, ainsi que par de nombreux moines bouddhistes. Des émeutiers bouddhistes s’emploient depuis à détruire tout ce qui se rapporte à la communauté musulmane sur leur passage, et à massacrer, violer et torturer les Rohingyas de tous âges.

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Des violences extrêmes perpétrées par des militaires, mais aussi des civils « fanatisés par une minorité de moines extrémistes », comme l’explique l’analyste spécialiste de la Birmanie Maël Raynaud au Point.

Ces religieux tirent parti du profond racisme existant au sein de la société birmane.

Maël raynaud, interview au point

D’après le représentant de l’ONU au Bangladesh, la Birmanie procède à un véritable « nettoyage ethnique » de la population.

Ainsi les Rohingyas, victimes d’une répression d’une violence inouïe, ont dû pour beaucoup fuir leur pays vers le Bangladesh. En effet, les violences se répandent dans tout le pays et déjà plus de 300 000 musulmans se sont enfuis depuis la fin du mois d’août.

Une « femme de paix » lourdement critiquée

En plus de cette violence effarante, c’est le silence d’Aung San Suu Kyi, importante femme politique birmane et prix Nobel de la paix en 1991, qui choque également le reste du monde. Après des années de lutte non-violente pour la démocratie et les droits de l’Homme dans son pays, Aung San Kyi a réussi en 2012 à être élue, avec son parti, au pouvoir en Birmanie. Elle n’a pu cependant accéder à la présidence de la Birmanie, car elle est mariée à un étranger, la Constitution du pays lui interdit donc ce poste. C’est l’un de ses proches et dévoué partisan, Htin Kyaw, qui est élu le 15 mars 2016 à la tête du pays par le parlement Birman. Ainsi, Aung San Kyi est aujourd’hui ministre des Affaires étrangères et porte-parole de la Birmanie, et cumule de nombreux pouvoirs. Son silence est donc sévèrement pointé du doigt par de nombreuses personnalités politiques comme la célèbre prix Nobel de la paix 2014 Malala : « Ces dernières années, dit-elle, je n’ai cessé de condamner le traitement honteux dont les Rohingyas font l’objet. J’attends toujours que ma collègue prix Nobel Aung San Suu Kyi en fasse de même. »
En réponse à ces critiques, Aung San Suu Kyi a pris la parole, non pas pour dénoncer le massacre qui a lieu dans son pays, mais pour indiquer un « iceberg de désinformation », réfutant ainsi les accusations portées contre son État.

NEW DELHI, INDIA - OCTOBER 18: Myanmar State Counsellor Aung San Suu Kyi at Myanmar Embassy on October 18, 2016 in New Delhi, India. The visiting leader is reported to have discussed how India could support Myanmar's agenda of national reconciliation. The Noble laureate leader has received her university education in India. She was a student of Lady Sri Ram College in Delhi. (Photo by Virendra Singh Gosain/Hindustan Times via Getty Images)
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Le manque de dénonciation de la part de cette femme ayant pourtant lutté pour la paix est dû, d’après de nombreux experts, au manque d’influence que Aung San Suu Kyi a sur l’armée birmane, qui possède encore 25% des sièges du Parlement. Une armée constituée de nationalistes très influents en Birmanie, qui a quand même été une dictature militaire jusque très récemment. De plus, l’ascension au pouvoir du parti de l’ancienne prix Nobel est très récente, et cette dernière craint sûrement une baisse considérable de popularité au sein d’une population birmane en grande partie raciste et nationaliste.

C’est donc bel et bien un génocide qui a lieu en ce moment en Birmanie, conséquence désastreuse de tensions complexes au sein de la population, et d’un État birman qui cherche à dissimuler la vérité. De plus, il est encore difficile d’enquêter sur le sujet, les journalistes (notamment ceux de l’ONU) et les différentes ONG n’étant plus les bienvenus sur le territoire birman.

Image de couverture : © PROBAL RASHID / LIGHTROCKET VIA GETTY IMAGES