Le week-end du 26-27 août dernier, Alençon (Orne) a accueilli la 4ème édition du Cithém Festival. Cet évènement gratuit réunit six arts : arts graphiques, cinéma, danse, musique, photographie et théâtre. Assurément tourné vers la jeunesse, cette manifestation offre à tous un panorama de la culture locale. Reportage au cœur de son organisation.

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©  Cithém FESTIVAL

26 août 2017, 10h50 : Léo Prunier reçoit un appel.

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Léo Prunier © Cithèm

Oui allô ? Oui. Oui. Non, du tout. Oui. Merci beaucoup, je vous souhaite une bonne journée.

À l’autre bout du fil, le cabinet du maire. Ça y est, la municipalité va prêter un véhicule afin de boucher une des entrées du parvis sur lequel se déroule le Cithém Festival. Le président de l’édition 2017 est soulagé. Quelques minutes plus tôt, son responsable de la sécurité, Hugo Bellanger, s’inquiétait en effet de cette absence de protection contre la venue possible d’une voiture-bélier déboulant de l’avenue adjacente, quelques jours après l’attentat de Barcelone. En utilisant leur réseau, les deux hommes de 18 et 19 ans ont mis fin à ce problème. Dans trois heures, le Cithém Festival va pouvoir commencer.

Les jeunes qui veulent se lancer doivent avoir leur chance

En 2014, un groupe d’amis de Terminale fait un constat : Alençon, préfecture de l’Orne, compte de nombreux évènements culturels mais rien ne les lie. Ils ont alors une idée : créer un festival. Marc Pottier, 17 ans alors, est élu président de l’Association Tom’Art, qui donnera naissance plus tard au Cithém Festival. Le groupe pose ainsi les bases de l’événement : programmation éclectique, six arts représentés et gratuité. Surtout, il se donne pour objectif de lancer les jeunes artistes locaux.

Les jeunes qui veulent se lancer doivent avoir leur chance. Grâce au Cithém, certains ont pu se développer et avoir d’autres possibilités

analyse Marc Pottier, 21 ans aujourd’hui. Autre parti pris : un artiste ne peut pas se produire deux fois dans le même pôle. Vu qu’une certaine qualité est attendue, le vivier d’artistes programmables se réduit d’années en années. Cette année, Léo parle d’artistes venus du Mans (55 km), de Caen (110 km) ou de Paris (200 km).

Mathis Grosos (18 ans) est une exception à la règle. Spectateur, bénévole mais aussi artiste, il est un des fidèles du Cithém. Même s’il refuse de se qualifier de « pilier », il est pour la troisième année consécutive à l’affiche. Pour cela, il a joué avec les principes du festival puisque ce touche-à-tout multiplie les domaines d’expressions. En 2015, il se produisait en musique sous son nom de scène « Freaks ». L’année dernière, il jouait au théâtre dans la pièce « Infamie ». Enfin, il a cette année écrit « Je vous écris du couloir », une pièce réussie sur les thèmes de l’homosexualité, du rejet et de la solitude. Programmée à 15 heures, son œuvre a fait salle comble et a suscité beaucoup de réactions positives.

Mathis © Arthur Massot
Mathis Grossos © CITHÈM

Le centre de la ville le temps d’un week-end

Comme la majorité des artistes, Mathis vient plus au Cithém pour rencontrer le public que pour embellir son compte en banque. Avec un budget dépassant à peine les 10 000 euros, l’organisation ne peut pas rémunérer tout le monde. Léo explique :

Les artistes du coin viennent bénévolement. Pour les autres, certains sont rémunérés mais d’autres sont juste dédommagés.

Pour réussir ce numéro d’équilibriste, « on essaye de trouver des compromis avec eux. Les directeurs de pôles mènent un gros travail de négociation. » Un fonctionnement qui atteint ses limites : cette année, cinq artistes devant se produire en théâtre/danse se sont désistés en dernière minute. Quant à elle, la mairie prête la salle et alloue au festival un budget de 6000 euros. Le reste provient des partenaires privés. Les crêpes et les boissons sont en effet quasiment vendues à prix coûtant.

Pas un centime ne provient en revanche de la billetterie. L’évènement est gratuit et tient à le rester. Ainsi, il se présente comme le centre de la ville le temps d’un week-end et s’ouvre à toutes les bourses. Le proviseur du lycée voisin côtoie ainsi la mère au foyer avec ses enfants. Cette gratuité qui ancre le festival dans le paysage alençonnais pose pourtant des problèmes. Outre l’absence de recettes en billetterie, l’entrée libre provoque aussi… une absence de subvention de la région et du département ! En effet, ceux-ci ne financent pas les événements gratuits. Une politique qui met en colère Marc Pottier :

C’est une mise en danger de la liberté culturelle et personne ne réagit.

Une édition qui a du mal à décoller

À l’écart, Héloïse Ledemé prépare des sandwichs pour les bénévoles et les artistes. Elle a été affectée à l’accueil des VIP, un rôle dans les coulisses du festival. La jeune fille de 19 ans est une bénévole expérimentée et n’en est pas à son premier festival. Déjà bénévole en 2015, elle a aussi participé de l’intérieur au Festival de la Francophonie à Victoria (Canada) et vient surtout de passer la semaine à préparer le Fouquel’Fest, un événement organisé par un ami. Participer activement est pour elle naturel :

Héloïse Ledemé © Arthur Massot
Héloïse Ledemé © Cithèm

 

Plutôt que de « consommer bêtement », je préfère contribuer au festival. Ainsi, je me rends compte des « galères » qui entourent sa préparation. On se crée aussi de bons souvenirs.

Plus haut dans le bâtiment, Clémence Bellanger (22 ans) est responsable du pôle communication. Afin de coller à son public et accroître sa notoriété, le festival est présent sur Instagram, Snapchat et Facebook. Faisant ses études dans ce domaine, Clémence maîtrise le maniement des codes du milieu. Le matin même, elle a réduit l’effectif de son pôle. Avec 6 membres, elle craignait un manque de continuité dans les publications sur les réseaux sociaux. Mais elle se heurte à la Wi-Fi capricieuse de la Halle aux Toiles, bâtiment prêté par la ville le temps d’une dizaine de jours. Avec l’ensemble de l’équipe organisatrice, elle est en effet sur place depuis le début de la semaine. Clémence prévoit de plus une réunion avec l’équipe de son pôle après le festival, pour analyser les réussites et les échecs de cette 4ème édition. Une édition qui a du mal à décoller : il faut attendre 20 heures pour atteindre le millième festivalier.

L’organisation n’a pas à regretter sa programmation

Même si, finalement, 1700 personnes franchiront les portes du Cithém, la fréquentation reste le gros point noir de cette édition. Léo espérait en début de journée entrer dans une nouvelle dimension avec 3500 festivaliers. Finalement, il restera sur sa faim et devra se contenter d’un meilleur score que l’année dernière. Pourtant, l’organisation n’a pas à regretter sa programmation. Dans la salle musique, Rafiot Keetang a joué la carte de l’originalité en liant théâtre et musique. En face, en salle danse/théâtre, la démonstration de krav-maga a fait salle comble. En extérieur, la capoeira et les lanceurs de feu ont dynamisé le parvis. Enfin, le festival a fait un extra le dimanche après-midi pour proposer Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête, un film en avant-première projeté sept mois avant sa sortie. Lors du débriefing le lundi suivant, la nouvelle équipe organisatrice s’est satisfaite de cette édition. Pour la cinquième édition, Léo nous confie : « On veut vendre du rêve. » Rendez-vous le dernier week-end d’août 2018.

Image de couverture : © Cithém Festival