Acte I / Constat

La Guyane, vestige du passé colonial français en Amérique, trace un dur constat de l’action publique en Outre-Mer. Taux de chômage de 10 points supérieur à la moyenne nationale, précarité des ménages et difficultés des services publics démontrent l’incapacité des gouvernements à trouver une solution. Par ailleurs, la démographie du département est très dynamique (2,4% de croissance de la population) en comparaison avec la métropole (0,5%) ce qui implique une population particulièrement jeune. 43% de la population a moins de 20 ans, ce qui pose des problèmes éducatifs, de formation, et de qualification des travailleurs. Enfin, les chiffres de la délinquance montrent peut-être le plus grand écart avec la France métropolitaine. 5 victimes de « coups et blessures » pour 1000 habitants soit trois fois plus que la moyenne nationale. De même, 3 vols pour 1000 habitants soit 13 fois plus qu’en métropole*. On pourrait aussi citer l’état sanitaire du département. Globalement, la Guyane fait partie des départements les plus défavorisés de France.

Acte II / Le soulèvement et l’accord

Bien que médiatisées uniquement à partir de fin mars, les mobilisations guyanaises se sont inscrites sur une durée plus importante. L’émergence  d’un front populaire en Guyane s’est construite sur les actions du collectif des 500 frères – apparu en janvier à la suite d’un nouveau meurtre –  celles de l’Union des Travailleurs Guyanais, qui lutte de façon indépendante de la CGT depuis 1967 et les mouvements citoyens spontanés. Le soulèvement à proprement parler démarre le 20 mars 2017 à Kourou avant de se généraliser. Il provoque l’arrêt d’une grande partie des activités du département et retarde le tir d’un lanceur Ariane. Il a fallu un certain temps pour que l’Etat français réagisse, et à la suite de négociations avec le collectif «  Pou La Gwiyann dékolé » né durant le  mouvement social, un accord est passé le 21 avril 2017.

L’accord prévoit une réponse en deux temps. D’abord, un plan d’urgence de 1,086 milliards d’euros et un comité de suivi pour répondre aux grèves le plus rapidement possible. Ces 1,086 milliards doivent servir à la construction de collèges et lycées, à l’amélioration des infrastructures routières et pénitentiaires et à payer un renfort de police sur place. L’Etat s’engage aussi à rétrocéder 250 000 hectares de terre à la collectivité locale. Bien que discrète, cette mesure porte la symbolique la plus forte dans l’accord. L’Etat reconnaît non seulement son incompétence politique mais finalement aussi son inaptitude à administrer la Guyane à cause du particularisme de son territoire. On admet que la Guyane n’est pas un département comme les autres. L’Etat Français, aussi pyramidal soit-il, est incapable de gérer des territoires aussi éloignés (par la géographie, les ressources et les populations) de la réalité parisienne.

Dans un second temps, l’Etat français s’engage à faire « des mesures qui serviront d’amorçage pour le développement du territoire sur des bases nouvelles », avec 2 milliards supplémentaires. L’idée est d’appliquer une politique publique, sociale et économique en accord avec les enjeux et les contraintes du territoire guyanais, c’est ce que l’accord appelle le “Plan de Convergence de la Guyane » ou Plan Guyane. Il vise à ce que la Guyane et les territoires Outre-Mer de façon général rattrape le niveau de développement économique de la métropole.

Acte III / Le nouveau gouvernement et la suite

Aujourd’hui, le mouvement social s’est dissipé dans la rue mais pas dans les esprits. Naturellement, les guyanais attendent le nouveau gouvernement au tournant. Sur Franceinfo, Annick Girardin, ministre des Outre-mer, a annoncé le caractère prioritaire du cas Guyanais, qu’elle considère être une « urgence ». Comme l’avait promis le gouvernement Cazeneuve, la ministre compte mettre en place le comité de suivi et activer le plan d’urgence.

Il s’agit aujourd’hui de regarder l’horizon offert à la Guyane ; les promesses notamment en terme d’éducation seront-elles suffisantes pour relancer une population relativement moins instruite qu’en métropole ?  Le mouvement social a soulevé de nombreux problèmes et le seul plan d’urgence ne suffira pas, même au moyen-terme, à trouver les solutions. Un autre questionnement que l’on est en droit de se poser est le statut de la Guyane. La plupart du temps, un mouvement social dans les anciennes colonies correspond à une remise en cause de l’Etat français. Le collectif « Pou La Gwiyann dékolé » demande l’établissement d’un statut particulier pour la Guyane lui octroyant une plus large autonomie vis-à-vis de la métropole. Or, l’accord n’en fait pas mention. Cette négation de la dévolution demandée par « Pou La Gwiyann dékolé » pourrait être le point de départ d’un nouveau mouvement social si le premier gouvernement de Macron venait à échouer.

 

* Chiffres relevés en 2015 par le Ministère de l’Intérieur.

image de couverture : annick girardin – © Photo by Antoine Gyori /Corbis via Getty Images