Durant ces dix dernières années, la Corée du Nord a nettement renforcé et amélioré son arsenal nucléaire et balistique, des progrès qui préoccupent de plus en plus la communauté internationale.

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Essais nucléaires

Depuis 2006, la Corée du Nord affirme avoir procédé à cinq essais nucléaires avec des bombes atomiques de plus en plus efficaces. En effet, les séismes d’une importance grandissante observés dans le pays sur les lieux d’essai en seraient une preuve. Ces essais consistent en l’explosion d’une bombe à des fins expérimentales : dans la mer, sous terre ou encore dans l’atmosphère. S’ils ont bien eu lieu, ils ne prouvent pas pour autant que la Corée du Nord dispose de la technologie nécessaire pour réussir à armer un missile d’une bombe nucléaire.

La bombe H dans les mains des nord-coréens

Le 6 janvier 2006, Pyongyang a pourtant annoncé avoir fait exploser avec succès une bombe à hydrogène. En effet, un séisme de magnitude 5,1 correspondant à une explosion très puissante a été constaté dans la zone d’essai vers Punggye-ri. La bombe H, reposant sur la fusion d’atomes d’hydrogène, est beaucoup plus puissante que la bombe A plus classique, qui repose sur la fission d’atomes. C’est donc une arme rare et dévastatrice dont affirme s’être emparée la Corée du Nord. Néanmoins, la communauté internationale reste sceptique. Les Américains ont déclaré en septembre avoir des preuves que la Corée du Nord ne peut posséder de tels moyens de destruction. En effet, d’après Antoine Bondaz, chercheur spécialiste de la Corée du Nord, il est peu probable que Pyongyang dispose d’une telle arme car cela supposerait « un bond technologique considérable » en peu de temps. Si cela s’avère vrai, alors la Corée du Nord aurait bénéficié « d’une possible aide extérieure (…) pourquoi pas un réseau clandestin de scientifiques sur le modèle du réseau Khan » (Docteur Khan, à l’origine de la bombe atomique pakistanaise).

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Missiles vers le Japon

Toute affirmation véridique reste très difficile. Mais la communauté internationale n’en reste pas moins alertée. En effet, la Corée du Nord est dirigée par la dynastie Kim, qui s’est engagée dans une course effrénée à l’armement nucléaire depuis six décennies. Entre provocations et affirmations douteuses, les dignitaires du pays ont peu à peu basé leur diplomatie sur la menace nucléaire. Une de ces provocations obscures propres à la stratégie diplomatique du pays a eu lieu en mars. Pyongyang a effectué le tir de quatre missiles en direction du Japon.

L’objectif était de frapper les bases militaires de l’agresseur impérialiste américain au Japon en cas de besoin

a affirmé l’agence d’information nord-coréenne. Cela a alerté la communauté internationale, qui s’est réunie peu de temps après au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le but de cette réunion était d’analyser le comportement de Pyongyang et de discuter de la menace que cet essai représente pour les pays avoisinants comme le Japon, dont le premier ministre Shinzo Abe a déclaré que ces « tirs répétés sont acte de provocation pour notre sécurité ». En effet, trois des engins lancés par le régime dictatorial Pyongyang ont atterri en ZEE, Zone Economique Exclusive du Japon, c’est-à-dire l’espace maritime dans lequel le Japon dispose de ses droits souverains et de juridictions, et donc de l’exclusivité d’exploitation des ressources.

Cette cible est d’autant plus inquiétante que l’agence d’information de la Corée du Nord a également décrit ces tirs comme la confirmation que les forces nord-coréennes sont prêtes à « rayer de la carte » un Etat ennemi grâce à « une frappe nucléaire sans merci » : un discours démesurément agressif qui en dit long sur le rapport de Pyongyang à l’armement nucléaire.

Que fait l’ONU ?

Pourtant, la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU a abouti sur des positions divergentes qui rendent le problème plus complexe encore. Après les tirs de ces quatre missiles, les Etats Unis, qui affirment pouvoir régler seuls la situation, ont déployé le 7 mars un bouclier anti-missiles en Corée du Sud, pays menacé également par l’attitude belliqueuse de Pyongyang. Installation à laquelle s’oppose fermement la Chine, qui craint que la déstabilisation de la Corée du Nord ne profite aux Etats Unis qui pourraient ainsi étendre leur influence dans la région. Le Ministère des affaires étrangères Russe s’y oppose également, jugeant que la péninsule coréenne est dans une impasse.

Ainsi, si les doutes quant à la possession de l’arme nucléaire (et notamment de la bombe H) par Pyongyang persistent, la Corée du Nord place toujours la menace nucléaire au centre de sa stratégie diplomatique. Est-ce une menace réelle ou avant tout un moyen de dissuasion ? La question est d’une importance capitale pour la communauté internationale. Le régime de Corée du Nord, s’il tient à sa propre survie, n’a que peu d’intérêts à attaquer ses pays voisins et entrer seul dans un conflit violent. Mais les progrès technologiques considérables dans le domaine nucléaire ont permis au pays de faire le poids face à la Corée du Sud économiquement et militairement plus puissante, de s’ériger en régime fort et apte à se défendre auprès de sa population opprimée, et surtout à peser davantage dans les décisions de la communauté internationale. Congrégation qui reste divisée entre deux puissances aux buts divergents : les Etats Unis dont l’objectif est de désarmer la Corée du Nord, et la Chine qui tient à préserver l’arsenal militaire de ce pays pour des raisons politiques et économiques. À cause de tout ça, la communauté internationale dispose d’une marge de manœuvre très réduite sur Pyongyang, et se doit de rester sur le qui-vive.

 

image de couverture : © VCG/VCG / Getty Image