Non pas que le style de sa nouvelle demeure de Président lui déplaise, mais Donald Trump enchaîne les maladresses depuis son accession au pouvoir en janvier dernier. Ces derniers jours, une suite de révélations peu valorisantes ont éclaté à propos du locataire de la Maison blanche, à tel point que le mot « impeachment » résonne dès lors de tous les côtés. L’impeachment, en français destitution, vise à démettre le chef de l’État de ses fonctions.

WASHINGTON, DC - JUNE 1: President Donald Trump walks out to speak about the US role in the Paris climate change accord in the Rose Garden at the White House in Washington, DC on Thursday, June 01, 2017. (Photo by Jabin Botsford/The Washington Post via Getty Images)
Photo by Jabin Botsford/The Washington Post via Getty Images

Depuis le début de sa campagne en vue de son élection à la tête des États-Unis, Trump se fait l’ennemi de la presse, de nombreux journaux s’étant délibérément positionnés contre lui. Le 15 mai, le Washington Post soupçonnait le Président d’avoir dévoilé des informations confidentielles à la Russie au sujet de la lutte contre Daech lors de la visite du ministre des Affaires étrangères sur le sol américain. Le lendemain, c’est au New York Times de renchérir avec de nouvelles accusations, cette fois-ci bien plus compromettantes pour le chef de l’État. En effet, celui-ci est désormais accusé d’entrave à la justice dans l’affaire du limogeage de James Comey, le directeur du FBI. Se rajoutant à des suspicions datant de l’année dernière à propos de l’intrusion russe dans la campagne présidentielle, permettant à Trump de l’emporter après le piratage des emails de la candidate démocrate, est-ce la révélation de trop ou une simple habitude à prendre, venant d’un homme d’affaires apparemment peu expérimenté pour exercer ses fonctions ?

La destitution : un chemin sinueux mais pas inenvisageable

Dans le cadre d’un régime présidentiel comme celui des États-Unis, le chef de l’État est un personnage irresponsable politiquement. Cependant, le pouvoir législatif peut engager une procédure d’impeachment en vue de le destituer. Celle-ci se déroule en deux temps :
C’est la Chambre des Représentants (chambre basse) qui l’engage en votant à la majorité simple la mise en accusation du chef de l’État. Dans un second temps, cette mise en accusation est traduite en procès devant le Sénat (chambre haute), présidé à cette occasion par le président de la Cour suprême, qui confirme ou non la destitution à la majorité des deux tiers.

Article 2, Section 4 de la Constitution des États-Unis

Le Président, le vice-Président et tous les fonctionnaires civils des États-Unis seront destitués de leurs charges sur mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs.

Trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs… Des termes bien flous ne recouvrant pas une réalité clairement définie. Donald Trump peut-il réellement craindre de passer sous le coup de cette procédure difficile à mettre en œuvre ? Jusqu’alors, aucun Président n’a fait l’objet d’une destitution. Néanmoins, une procédure a été déclenchée contre trois chefs de l’exécutif :

  • En 1868, une mise en accusation a été votée contre Andrew Johnson pour avoir violé le Tenure of Office Act (acte supprimant au Président son pouvoir de révoquer librement les titulaires des plus hautes fonctions de l’exécutif), mais le Sénat l’a rejetée à une voix.
  • En 1974, Richard Nixon a devancé sa mise en accusation dans le cadre du scandale du Watergate en démissionnant avant le vote de celle-ci. Ce dernier était accusé d’entrave à la justice, d’abus de pouvoir, et d’outrage au Congrès pour le refus de transmettre les documents réclamés par la commission d’enquête.
  • Enfin, en 1998, une mise en accusation a été votée contre Bill Clinton pour parjure devant le grand jury dans l’affaire Lewinsky et entrave à la justice, mais le Sénat a, comme pour Johnson, refusé de voter l’impeachment. Dans deux cas sur trois, on retrouve cette accusation d’entrave à la justice à laquelle Donald Trump est susceptible de se trouver confronté…

De fait, l’engagement d’une procédure de destitution apparaît comme une décision politique et non légale (elle ne repose pas sur des faits d’accusation pré-établis). Dans la situation actuelle, une destitution semble difficilement envisageable au regard de la majorité que Trump possède au Congrès. Mais jusqu’où les élus républicains continueront-ils de suivre un homme dont chaque action nuit à sa crédibilité et encore plus à celle du pays ?

Une base de soutien solide, mais jusqu’à quand ?

Encore aujourd’hui, l’électorat républicain reste fermement mobilisé derrière son candidat. Tant que Trump recevra l’approbation du peuple américain, engager une procédure de destitution reste affaire délicate. Cependant, depuis que le député démocrate de l’État du Texas Al Green a demandé pour la première fois la destitution du président pour obstruction à la justice le 17 mai dernier, les incitations à suivre cette initiative se multiplient. En réalité, un site internet avait été créé (www.impeachdonaldtrumpnow.org) afin de destituer le 45e président des États-Unis dès son élection. Le 25 mai, les signatures d’un peu plus d’un million cent mille Américains ont été recueillies. Un nombre non négligeable qui ne fait que croître…

S’ajoutent à ce climat quelque peu tendu des accusations graves concernant la santé mentale de Donald Trump. Une seconde pétition a été lancée par le Dr. John D. Gartner le 4 février, professeur de psychiatrie à l’Université Johns Hopkins, à destination des professionnels de la profession et invoquant la section 3 de l’amendement 25 de la Constitution qui prévoit le remplacement du président par son vice-président en cas d’incapacité à exercer sa fonction. À ce jour, quelque 55 000 signatures viennent appuyer les propos de ce psychiatre.

Victime d’acharnement ou véritable cas clinique ?

Quoi qu’il en soit, c’est à se demander si Donald Trump a véritablement souhaité un jour devenir Président des États-Unis. Il avouait lui-même il y a quelques semaines aux journalistes de Reuters qu’il pensait qu’être Président aurait été plus simple et que son ancienne vie lui manquait. La nomination par le ministère de la Justice de Robert Mueller, ancien directeur du FBI, comme procureur spécial chargé d’enquêter sur ses liens avec la Russie pendant la campagne présidentielle, apporte un souffle nouveau à cette suite d’accusations dont aucune n’a été jusqu’alors confirmée. Trump décidera-t-il de quitter le pouvoir avant que son désormais incontournable « You’re fired! » ne se retourne contre lui ? S’il désirait la preuve que le devoir de Président n’est effectivement pas comparable à celui d’une star de télé-réalité, ces quatre premiers mois lui auront peut-être apporté confirmation… Ou pas ?

image de couverture : Photo By Raymond Boyd/Getty Images