C’était l’une des dates les plus importantes de la campagne de Benoit Hamon, dimanche 19 mars, a eu lieu le grand meeting du candidat socialiste à l’AccorHotels Arena de Bercy devant plus de 25 000 personnes.

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Benoit Hamon – Candidat à l’élection présidentielle 2017 – ©APJ/Bash

Benoit Hamon entouré par ses soutiens

Pour cette occasion dont l’enjeu était fondamental, Benoit Hamon a pu compter sur ses principaux soutiens, que ceux-ci appartiennent ou non à la classe politique. Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, anciens candidats à la primaire de la Belle Alliance populaire, ont honoré Benoit Hamon de leur présence depuis les gradins de Bercy. L’actuelle ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem a, elle, pris la parole montrant sa volonté de déjouer les sondages en rappelant qu’un électeur sur deux n’avait pas encore fait le choix définitif du bulletin qu’il glisserait dans l’urne en avril prochain. Ensuite, c’est Anne Hidalgo qui s’est vue proposer un micro, et qui s’est laissée aller à un « merci Benoit », louant les projets d’éducation, de culture et d’avenir incarnés par le candidat socialiste.

Salle comble !

Puis, acclamée par un Bercy comble, l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira, qui avait fait partie du mouvement frondeur aux côtés de Benoit Hamon sous le quinquennat Hollande, est montée à la tribune. Face à l’auditoire, elle dépeint un monde de violence, injuste, aux mains des puissants et profondément immoral, avant de présenter la candidature de Benoit Hamon comme l’unique réponse à cette société de plus en plus macabre. Par ailleurs, l’Europe étant au coeur du projet du candidat socialiste, Benoit Hamon a pu compter sur le soutien outre-frontières de Paul Magnette, ministre-président de la Wallonie: « l’Europe va mal » déclare solennellement ce dernier avant de redorer le blason de la solidarité par des paroles convaincues. Le responsable belge s’est ensuite adressé directement à Benoit Hamon et ses électeurs en affirmant sa volonté de « faire battre le coeur de l’Europe ». Finalement, l’économiste Thomas Piketty, dont les études internationalement reconnues constituent un argument de taille pour l’instauration du revenu universel, a également réitéré physiquement sa participation à la campagne de Benoit Hamon. Point commun entre toutes ces allocutions: la volonté de voter pour, et non plus contre. Tous dénoncent en effet le dit « vote utile » et invitent les Français à remplir les urnes de leurs coeurs et de leurs convictions.

L’avenir désirable dans la bouche du tribun

La salle hurle désormais à l’annonce de l’entrée en scène du protagoniste. Banderoles, drapeaux européens ou aux couleurs de la gauche flottent dans l’AccorHotels Arena et un « Hamon Président » retentit, scandé par les militants socialistes. Le brouhaha témoigne d’une mobilisation plus forte qu’espérée et l’ambiance générale atteste une présence massive de militants pro-Hamon. La figure du candidat apparait à l’écran, une once de trac dans le regard et d’appréhension dans la gestuelle, mais rapidement rassurée par la liesse de cet auditoire.

Pendant une heure et quarante-cinq minutes, le candidat socialiste a défendu un avenir désirable en montrant une confiance et une prestance nouvelles, selon les militants interviewés au sortir de la salle. Le revenu universel, la renégociation des traités avec l’Europe, la transition écologique ou encore l’éducation ont été au centre de sa tribune, à l’image du projet qu’il prétend défendre. En accord avec sa vision politique, Benoit Hamon a réaffirmé sa croyance en une démocratie populaire, dénonçant le culte du chef, et un retour au bonapartisme promus par certains candidats. En accord avec sa vision politique, Benoit Hamon a remis en lumière sa volonté de dignité politique, loin des scandales judiciaires et des affaires à l’éthique peu honorable. Enfin, Benoit Hamon a à nouveau montré sa foi en la jeunesse. C’était peut-être là le moment le plus intense de son discours. Le candidat rose s’est ainsi adressé directement aux jeunes en nichant dans son allocution tous les espoirs de cette France nouvelle au coeur qui bat. Benoit Hamon a décrit une France plurielle, colorée, dynamique, forte et volontaire. Cet appel à la jeunesse semble avoir été entendu, à en juger par le nombre de visages frais qui scintillaient dans la fosse, applaudissant vigoureusement chaque déclaration du candidat.

 

Jeune ou pas, le public a fait entendre ses applaudissements en réaction aux multiples références littéraires, philosophiques et historiques ainsi qu’aux hommages rendus à la gauche française par Benoit Hamon. De Rabelais à Blum, en passant par Camus, Aimé Césaire, Zola, ou encore Bourdieu, les citations ont pleinement accompagné la prose orale du tribun et sont venues façonner l’image d’un homme de gauche, né à gauche, vivant à gauche: « la gauche, c’est tout ce que je suis. La gauche, c’est ma vie » confie avec conviction Benoit Hamon à son auditoire. Cette gauche dont il se réclame, Benoit Hamon tient tout de même à la préciser: « nous, la gauche, nous avons manqué de clarté parfois » déclare-t-il derrière son pupitre. Certains pourraient y voir une critique implicite de la gauche de gouvernement incarnée par François Hollande ces cinq dernières années, mais le quinquennat Hollande n’a pas été tant ciblé par le discours du frondeur. Celui-ci a même reconnu l’action du Président, de Bernard Cazeneuve et de Jean-Yves le Drian face aux menaces terroristes qui ont secoué la France ces derniers mois. Suite à cette déclaration, les militants ont reconnu un bon compromis entre l’assomption du quinquennat passé et sa négation.

 

Bien que l’essentiel de sa prestation se base sur son programme et sur le projet politique qu’il défend dans la course à la Présidence de la République, Benoit Hamon n’a pas pour autant livré une parole exempte de tous pics à l’égard de ses concurrents. Emmanuel Macron, François Fillon et Marine le Pen, font les frais d’attaques indirectes mais bien ciblées et ont subi cet après-midi les huées des militants socialistes, écologistes ou de la gauche radicale.

 

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Militants du parti socialiste – Benoit Hamon – Candidat à l’élection présidentielle 2017 – ©APJ/bash

Militants convaincus et rassembleurs

À la sortie du meeting, les militants sont unanimes, principalement du côté de la jeunesse. « Un discours vibrant », un Hamon « génial et émouvant », « convaincant et bien entouré », « au discours fédérateur », tels sont les termes avancés pas les militants pour décrire la prestation de leur candidat. L’ensemble des soutiens semble partager le sentiment d’une campagne désormais pleinement lancée et axée sur le fond. Seulement, au delà de l’enthousiasme, et du « baume au coeur » qu’ont pu constituer les mots de Benoit Hamon, comme nous le confie un jeune militant, la conscience d’une nécessité de rassemblement urgente reste présente sur chacune des lèvres des adeptes de Benoit Hamon. Beaucoup regrettent que l’entente avec Jean-Luc Mélenchon n’ait pas eu lieu, mais tous préfèrent orienter leur vision vers les prochaines semaines en promettant un activisme plus fort encore, afin de convaincre les hésitants et de prêcher encore les convaincus.

Le grand meeting de Benoit Hamon à Bercy: pari réussi ? Il semblerait que le candidat ait pleinement lancé sa campagne en s’affirmant comme un présidentiable sérieux, volontaire et porteur d’un projet réfléchi aux yeux de ses soutiens. Selon les jeunes socialistes, le candidat a été à la hauteur de l’événement et n’a pas déçu son électorat, qui l’attendait au tournant. À trente-cinq jours du premier tour, la campagne de Benoit Hamon est désormais pleinement lancée, prête à relever le défi du nécessaire rassemblement. Un discours ambitieux, plein d’espoir et d’idéalisme : réelle promesse ou énième discours du Bourget ?

Image de couverture : © APJ/Bash