En janvier dernier, Benoit Hamon était choisi par plus d’un million d’électeurs de la primaire de la Belle Alliance populaire pour représenter le parti socialiste aux prochaines élections présidentielles. Depuis, le candidat a fait part de sa volonté d’un rassemblement de la gauche et des écologistes pour espérer une représentation rouge-rose-verte en mai prochain. Si un accord a été conclu pour que Yannick Jadot, ex-candidat Les verts, retire sa candidature au profit de celle de Benoit Hamon, aucune alliance n’a pour l’instant abouti avec Jean-Luc Mélenchon, malgré de multiples discussions.

Mélenchon Fête de l'Huma 2016 / ©Bashpresse / ©APJ
Jean-Luc Mélenchon Fête de l’Huma 2016 – © APJ/bash

Convergences idéologiques, programmes comparables : les raisons d’une alliance

Les programmes des deux candidats présentent bien des convergences, qu’il n’était pas absurde d’imaginer défendues dans le cadre d’une candidature commune.

Premier point commun : l’urgence verte. Au cœur du programme de chacun des deux hommes, la transition écologique s’impose comme une mesure centrale. En effet, Benoit Hamon prévoit 50% d’énergies renouvelables d’ici à 2025 quand Jean-Luc Mélenchon parle de son côté de 100% de ressources vertes d’ici à 2050. Pour l’un comme pour l’autre, la sortie du nucléaire est envisagée comme la solution privilégiée et est un objectif à atteindre à terme.

Socialement, c’est essentiellement autour de la question du travail que les deux hommes se reconnaissent et se répondent. La transition du travail de Benoit Hamon se base en effet sur une augmentation du SMIC, et du RSA en tant que première étape vers le revenu universel. Quant au candidat de la France insoumise, il propose également une revalorisation du SMIC qui serait augmenté de 16%, soit à 1300 euros nets. D’autre part, la loi travail mise en application sous le quinquennat Hollande est également pointée du doigt par Hamon et par Mélenchon. L’abrogation pure et simple de cette loi est défendue par Jean-Luc Mélenchon, lorsque Benoit Hamon en promeut la substitution par un autre texte. Finalement, que ce soit chez le candidat rose ou chez le candidat rouge, le vœu d’une baisse du temps de travail est formulé : les 35 heures font référence chez les deux candidats, Jean-Luc Mélenchon parlant, à long terme, d’un objectif de 32 heures par semaine.

Le débat citoyen s’avère également être un vecteur de rassemblement idéologique entre partisans d’un « faire battre le cœur de la France » et ceux d’une « France insoumise ». Pour chacune de ces deux France, la Ve République est à bout et une transition démocratique est inévitable. « L’interventionnisme populaire » dont parle Jean-Luc Mélenchon rime avec un 49.3 citoyen chez Benoit Hamon, le tout pouvant se synthétiser dans un futur désirable d’une VIe République insoumise.

D’autre part, les deux acteurs de gauche se retrouvent dans leur refus du CETA, traité de libre-échange et s’accordent sur une augmentation des postes dans l’éducation nationale.

Des divergences majeures et irréductibles : une entente impossible

Cependant, malgré toutes les similarités qu’ils montrent, les programmes de Jean-Luc Mélenchon et de Benoit Hamon ne sont pas exempts de propositions conflictuelles et de désaccords, qui se sont vus prendre le pas sur leurs convergences lors des dernières négociations.

L’opposition essentielle se cristallise autour de la question européenne : Hamon est d’avis de revoir les traités européens, comme celui concernant l’accueil des réfugiés et à en proposer des nouveaux à l’image d’un Traité de l’énergie qui engagerait la conversion énergétique européenne aux énergies renouvelables. Jean-Luc Mélenchon, lui, se montre beaucoup plus radical en affirmant qu’une sortie de l’Union européenne serait l’unique solution envisageable si celle-ci ne parvenait à être réformée rapidement. C’est cette mésentente quant à l’avenir de l’Union européenne qui motive principalement le refus de Jean-Luc Mélenchon à une alliance avec le candidat socialiste.

Ensuite, mesure phare d’un quinquennat hypothétique de Benoit Hamon, le revenu universel n’est pas défendu par le candidat de la France insoumise qui se contenterait de réévaluer les aides réservées aux 18-35 ans sous la forme d’une allocation d’autonomie, sous conditions car non généralisable à tous. D’autres mesures telles que l’âge de départ à la retraite ne sont pas partagées par les deux hommes.

Une gauche maintenue dans la division

Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon n’ont finalement pas réussi à se mettre d’accord sur un programme commun, dans la mesure où l’un comme l’autre refuse de retirer sa candidature au profit d’une alliance populaire. La gauche française se maintient ainsi dans une division qui risque de l’écarter définitivement d’un espoir de second tour. Alors que Marine le Pen continue de mobiliser un électorat massif, électorat qui est d’ailleurs en partie un électorat de gauche par tradition, qu’Emmanuel Macron a dévoilé un programme qui se veut conciliateur et porteur d’une politique générale sans distinction de gauche ou de droite, et que François Fillon s’engouffre dans une campagne présidentielle envers et contre tout malgré sa récente mise en examen, la gauche française avait un intérêt majeur à s’unir derrière un programme et non derrière un homme providentiel. C’était là l’espoir d’un Front populaire du XXIe siècle, mort dans l’œuf, ce qui risque bien de provoquer l’écartement des socialistes et de l’extrême-gauche dès le premier tour de l’élection présidentielle.

Quelques désaccords et une forme d’égo politique paraissent ainsi sonner le glas d’un espoir de candidature commune entre Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon. Le premier refuse d’aligner son nom sur une candidature socialiste et le second de s’affranchir du parti qui l’a fait. Dans ces conditions, tout rapprochement est impossible, ce qui abandonne les deux candidats à une quatrième et cinquième position au premier tour de l’élection présidentielle selon les dernières intentions de vote.

Image de couverture : © APJ/bash