Vous avez peut-être entendu parler, ces derniers temps, d’une interview assez consternante de Bia Doria, l’épouse du maire ultra-libéral et capitaliste de Sao Paulo, Joao Doria. Durant cette interview donnée à bord de sa Porsche Cayenne, cette dernière a lâché quelques propos qui ont atterré nombre de brésiliens.

La pauvreté, Bia Doria connaît 

En effet, Bia Doria, femme d’un entrepreneur millionnaire et homme politique ultra-capitaliste, dont le programme propose de privatiser jusqu’aux cimetières de Sao Paulo, affirme sans complexe qu’elle se sent comme Eva Perón, femme politique argentine du XXème siècle, très engagée auprès des syndicats de travailleurs, dans sa fondation caritative et dans son action auprès des femmes argentines. Elle atteste se sentir « appartenir au peuple » et que « ces gens-là », expression qu’elle utilise pour nommer les plus pauvres, n’ont souvent besoin que d’une chaleureuse poignée de main pour être réconfortés, ou « d’un gros câlin » dit-elle. S’ensuit une déclaration sur le travail des domestiques : apparemment, Bia Doria sait comment régler les problèmes de pauvreté. Elle admet sans grande difficulté qu’elle serait bien plus heureuse si les domestiques pouvaient se présenter à leur employeur en sachant comment travailler ! Elle, précise-t-elle, a su donner un toit à ses laquais ainsi qu’à l’ensemble des proches collaborateurs de son atelier d’artiste plasticienne.

HYPOCRITE

Evidemment, il n’y a aucune ironie implicite ou de second degré à déceler dans ces paroles. Hypocrite, rabaissante, notre artiste blonde siliconée est devenue en quelques heures à peine, la risée du pays. Un site satirique a même lancé une alerte «  épidémie de vomissements  » qui se transmettrait à la lecture de cette interview. Ce coup de communication raté n’a pas rehaussé la popularité de son mari, maire de Sao Paulo, déjà très controversé. En effet, deux semaines après son élection, il s’est attiré de nombreuses critiques suite aux deux réformes qu’il a proposées :

  1. La suppression des pistes cyclables.
  2. L’augmentation de la limitation de vitesse

Sans commentaire.

Nul besoin de blâmer notre chère Bia Doria. Toutefois, prenons le temps d’extraire de cet évènement l’importance de bien choisir son candidat lors des élections. L’idée, assez spéciale, que Joao Doria et sa femme ont du progrès social et de l’égalité, n’est finalement pas très éloignée de la vision de certains autres au Brésil comme partout ailleurs. Une récente étude sur le Brésil montre que 60% des richesses du pays sont détenues par 10% de la population, qui forment une classe sociale plus qu’avantagée. De plus, la procédure de destitution à l’encontre de Dilma Roussef a permis à son vice-président, Michel Temer, de la remplacer temporairement ; il prévoit notamment d’arrêter pendant vingt ans toutes les dépenses publiques afin de faire des économies. Cette mesure digne des réformes de Joao Doria signifie purement et simplement la fin des universités et des écoles publiques dans le pays. Comment de tels hommes et de telles femmes, aussi déconnectés et condescendants, peuvent-ils être élus alors que leur véritable engagement vise à avantager une poignée de riches privilégiés ?

Doria le « Trump brésilien »

Joao Doria a séduit son électorat par de fréquents passages à la télévision, notamment dans une émission de téléréalité assez populaire. Il a d’ailleurs été désigné comme « le Donald Trump brésilien », en référence à la participation active du candidat américain lors de shows divertissants durant sa campagne présidentielle. Ainsi, de fréquents passages à la télévision et dans les médias, accompagnés de discours qui reposent sur la colère sourde d’une population en grande partie opprimée sont des méthodes efficaces utilisées par de nombreux politiques comme Joao Doria. Des hommes et des femmes qui s’érigent en sauveurs à travers un discours populiste reposant sur le désespoir lié aux difficultés de certaines classes sociales. On retrouve ces procédés partout, même en France, où les derniers événements (la crise, les attentats terroristes…) ont pu servir de tremplin à des politiques qui savent se servir de la peur et de la haine des gens, si ce n’est les attiser plus encore, pour accéder au pouvoir.

image couverture : Photo by Ricardo Beliel/Brazil Photos/LightRocket via Getty Images