Du lundi 2 décembre au vendredi 13 décembre a eu lieu la COP25. D’après les scientifiques, il s’agirait de notre dernière chance pour contenir le réchauffement climatique à 2ºC d’ici à 2050. Même dans les meilleur perspectives d’avenir, la sentence est sans appel : le réchauffement climatique est désormais irrévocable. L’avenir des espèces se joue majoritairement sur le maintien des températures en deçà des 2ºC. En effet, les décisions des pays signataires de l’Accord de Paris, adopté en décembre 2015, avaient pour mission de trouver des solutions immédiates pour empêcher les températures d’augmenter au dessus de ce seuil.

La Conférence de Madrid du 2 au 13 décembre autour du changement climatique devait avoir initialement  lieu initialement au Chili, mais à la suite d’un mouvement massif de contestation sociale dans le pays, elle a été délocalisée à Madrid. Alors que l’année 2019 a battu tous les records d’émission de gaz à effet de serre, cette conférence est vitale pour l’avenir de la planète bleue. Cette dernière décennie, les pays du G20 ont concentré à eux seuls la grande majorité des gaz à effet de serre de la planète (80% en 2019). Or, des 194 signataires de l’Accord de Paris, peu d’entre eux respectent vraiment leurs engagements. La COP25 a déjà le mérite d’avoir réussi à réunir plus de 190 délégations pour discuter de mesures immédiates à prendre contre le changement climatique. Les enjeux sont donc de tailles : en quoi consistent-ils précisément ?

© Camille Seuret pour L’Alter Ego/APJ

Les enjeux de la COP25, entre concessions, sacrifices et engagements

Les représentants des délégations de l’Accord de Paris créé en 2015 doivent prendre des mesures majeures pour réduire aux maximum les effets du réchauffement climatique. Ces décisions sont résumables en trois enjeux.

On dit souvent que le réchauffement climatique est un problème de riches subi par les pauvres. L’assistance aux pays en développement face aux conséquences du dérèglement climatique est un enjeu important et un véritable point de discorde que les 194 signataires vont devoir aborder avec délicatesse. En effet, à quel point les pays les plus pollueurs devraient assumer les conséquences de leurs actions sur les pays les plus touchés par leurs industries polluantes ? Un pays peu développé ne peut pas faire le poids face aux pays occidentaux qui engendrent la majorité des gaz à effet de serre du monde mais qui ne vivent pas directement les conséquences de ceux-ci. En effet, économiquement les conséquences seront colossales. Aujourd’hui encore, les plus grands pollueurs tels que la Chine et les Etats-Unis, ne sont pas prêts à venir en aide à ces pays. Ici, il s’agissait donc de mettre en place un soutien aux populations affectées de manière irréversible par le dérèglement climatique. 

L’enjeu suivant, c’est l’augmentation des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre en 2020. Les représentants des pays signataires avaient en effet à leur disposition les 11 jours de la conférence pour aborder la question brûlante de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui a pour but de contenir le réchauffement climatique à 2 degrés maximum. Cela passe par la régulation des marchés du carbone, la réduction de 45 % des émissions à gaz à effet de serre d’ici 2030 et une disparition totale de ceux-ci d’ici à 2050. L’enjeu est conséquent et implique un redoublement des efforts de la part des plus grands pollueurs de la planète comme la Chine, par exemple.

Enfin, le troisième enjeu est, à l’image des deux précédents, essentiel pour la démarche de la COP25 : pousser les pays à respecter leurs engagements. En septembre 2019, Vladimir Poutine a affirmé que désormais la Russie ratifierait les mesures engagées dans l’Accord de Paris. Malheureusement, la majorité des pays développés de l’Accord ne tiennent pas leurs engagements et ferment les yeux sur les objectifs pourtant vitaux de celui-ci. La COP25 avait ainsi pour but de pousser les signataires à mettre en place des mesures concrètes pour respecter et ratifier l’Accord de Paris. Il s’agit certainement de la partie la plus délicate des négociations de ce sommet. En effet, la COP21 avait déjà établi des objectifs ambitieux et prometteurs, mais derrière nos gouvernements n’avaient alors, pour la plupart, à peine bougé le petit doigt. 

© Camille Seurret pour L’Alter Ego/APJ

La marche pour le climat, vitrine d’une population de plus en plus alarmée

D’après la préfecture madrilène, 15 000 personnes ont manifesté vendredi 6 décembre 2019 dans la capitale espagnole, tandis que pour l’activiste Greta Thunberg, se sont pas moins de 500 000 personnes qui se sont rassemblées.

Pour l’occasion, des associations et ONG du monde entier on fait le déplacement. Parmi la foule se trouvaient des organisations à grande échelle comme Greenpeace ou WWF. Il y avait aussi des ONG plus modestes, des associations locales, dont certaines pas forcément tournées vers le climat, présentes pour soutenir cette cause qui leur tient à coeur. Parmi les célébrités, l’acteur espagnol Javier Bardem était présent ainsi que la jeune activiste Greta Thunberg, qui a dû quitter rapidement le cortège pour des questions de sécurité. On croise aussi beaucoup de familles, parfois de jeunes enfants accompagnés de leur pancarte, portés sur les épaules de leurs parents. “Dans la famille tout le monde est concerné”, explique un père de famille. Son fils, âgé de 7 ans à peine est très enthousiaste et impressionné par toute cette masse humaine. “On manifeste pour lui, surtout. Je ne veux pas qu’il grandisse dans un monde détruit par la génération de ses parents”, ajoute t-il.

Les personnes présentes sont de tous âges et issus de différentes confessions. Les étudiants sont incontestablement les plus représentés. Souvent munis de pancartes à messages forts, plus inventives les unes que les autres pour faire passer leur message de révolte, beaucoup sont volontaires pour répondre à nos questions.

Rencontres avec des jeunes engagés pour la lutte contre le réchauffement climatique

Au cours de la manifestation, alors que certains dansaient au son des instruments joués par quelques manifestants, d’autres discutaient. Pendant cette marche lente et parfois silencieuse, les dialogues de beaucoup d’étudiants se faisaient entendre.. L’ambiance du cortège était joyeuse et entraînante. Les discussions étaient animées et tournent autour des sujets phares de la soirée : écologie, COP25, futur. Nous profitons de ces moments échangés entre étudiants pour s’infiltrer parmi eux et interroger ceux qui acceptent de nous expliquer la raison de leur présence à la manifestation. Voici leurs réponses. 

Louise a 22 ans française, étudiante en histoire et en échange Erasmus à Madrid.

Je suis venue parce que j’ai peur. L’avenir, je l’imagine noir. Et encore, j’ai la chance de venir d’un pays aisé dans lequel les conséquences du réchauffement climatique ne seront pas aussi violentes qu’ailleurs. C’est aussi ça, le soutien à toutes ces populations qui vont souffrir et qui souffrent déjà du manque d’action des gouvernements et des entreprises les plus polluantes de la planète. J’attends des gouvernements, et de mon gouvernement en particulier, d’agir aujourd’hui. On a encore les cartes en main pour changer les choses, mais dans très peu de temps, ce sera trop tard

Louise, 22 ans

De Àvila, Espagne, Mario a 20 ans et étudie pour être instituteur.

Cette manifestation c’est pour montrer à nos bourreaux qu’on est là et qu’on ne lâchera rien. Nous, on peut agir à notre échelle, changer nos moyens de consommation, mais ce sont les gouvernements qui ont les moyens nécessaires pour changer drastiquement les choses: faire passer de nouvelles lois, faire pression sur les grandes entreprises etc. Subir le manque d’initiatives de ses propres représentants, c’est dur. Peut-être que dans 20 ans certains d’entre eux seront morts, tandis les prochaines générations, elles, n’auront que leurs yeux pour pleurer.

Mario, 20 ans

Souvent, les personnes interrogées accusent les institutions internationales de ne rien faire. Certains prônent la récupération politique : ils pensent que les gouvernants agiront au moment le plus opportun pour eux, à l’image de Thomas, qui ne fait pas confiance en nos dirigeants. Celui-ci a 21 ans, est étudiant à Sciences Po Bordeaux et en échange à Madrid. Il a rejoint le mouvement Extinction Rebellion il y a quelques semaines. Il s’agit d’un mouvement social écologiste qui s’appuie sur des manifestations pacifiques pour inciter les gouvernements à agir.

Bien sûr, j’essaie de changer mes habitudes de consommation pour moins impacter à mon échelle. Mais pour moi, le changement est politiquement et économiquement très délicat. Cela impliquerait des changements brutaux et la plupart des gouvernements ne sont pas prêts. C’est pour ça qu’ils ne votent aucune mesure concrète. A mes yeux, la COP25 est  une vaste campagne de communication et malheureusement, je ne pense pas que cela va changer grand chose… Même si au fond, je l’espère infiniment.

Thomas, 21 ans

María, 21 ans, est espagnole et étudiante en biologie chimique à Valence, dans le sud de l’Espagne. Pour elle le changement climatique est aussi notre charge individuelle.

C’est en grande partie pour ça que je suis devenue végétarienne il y a deux ans. J’aimais beaucoup la viande, j’en ai toujours mangé sans vraiment d’état d’âme, mais ensuite l’idée de la pollution que cela engendre m’a complètement bloquée. Ça, c’est ce que je peux faire à mon échelle, comme avec le recyclage ou avec la révision de  mes méthodes de consommation. Mais ce n’est pas moi toute seule qui vais changer les choses, c’est pour cela que je manifeste, pour que les plus grands responsables du changement climatique assurent leurs obligations et agissent avant qu’il ne soit trop tard. J’ai espoir que nos représentants seront efficaces, je veux rester positive.

 maria, 21 ans

En échange Erasmus à Coimbra au Portugal au semestre dernier, María avait activement aidé à l’organisation d’une marche pour le climat en avril dans la ville portugaise, à l’occasion des Grèves étudiantes pour le climat et des Fridays for futur, mouvement international des étudiants, lycéens et collégiens qui descendaient alors dans la rue tous les jeudi ou vendredi pour manifester en faveur de l’action contre le réchauffement climatique.

Louise, Mario, Thomas et Maria ainsi que d’autres jeunes encore avaient en commun l’espoir que la COP25 entraîneraient des prises de décisions majeures, ou du moins une ébauche concernant les politiques vertes que les états devraient ensuite mettre en oeuvre dans les années à venir. Leur présence à la marche pour le climat à Madrid témoigne d’une génération qui se sent de plus en plus concernée et investie. Tous espèrent que les représentants des délégations des pays de l’Accord de Paris pour le Climat seront efficaces et acteurs du changement impératif à la survie des espèces.

Après la COP25, déception et peu d’avancées majeures

Avec deux jours de retard, la conférence prit péniblement fin le lundi 15 décembre. Loin des exigences de la situation, nombreux sont les journaux qui titraient, mardi 16 décembre, le caractère décevant de la COP. Le journal Libération est allé jusqu’à dénoncer le lobbyisme et la corruption, à l’origine, selon eux, du peu de conclusions satisfaisantes. La séance plénière finale du lundi 15 conclut peu d’avancées majeures. L’accord très faible qui en ressort remet en cause jusqu’à l’utilité d’un tel remue-ménage médiatique pour deux semaines de conférences qui se sont finalement avérées stériles. L’article le plus attendu, l’article 6 de l’Accord de Paris qui concerne les marchés carbone internationaux n’a été bénéficiaire d’aucun accord. L’Afrique du Sud déplore le « manque de temps », tandis que le Brésil, les Etats-Unis et l’Australie ont eux bloqué de nombreuses décisions, au désespoir des pays les plus engagés comme le Chili, le Japon ou encore la Nouvelle Zélande.

© Camille Seurret pour L’Alter Ego/APJ

La jeune activiste Greta Thunberg avait demandé un “signal d’espoir” pour les jeunes générations lors de son discours à la COP25. A sa sortie, elle déplore une COP qui s’effondre et appelle les pays responsables du blocage systématique des décisions de se remettre en question et de vivre une année 2020 davantage tournée vers l’urgence de la crise climatique. A l’aube de cette nouvelle année, alors que les conséquences de l’urgence climatique commencent à se faire sentir, à l’image des incendies en Australie, la COP26 de l’année prochaine devra assumer les non-actions à peine dissimulées par les gouvernements et, peut-être enfin, mettre en place des mesures efficaces contre l’inévitable changement qui nous attend.