Flashback est un format s’arrêtant sur un fait marquant de l’actualité politique du mois. Alliant illustration et billet d’humeur, il peut être perçu comme un éditorial dans lequel le dessin et le texte se complètent et se répondent…

Grève de la RATP, de la fonction publique, des urgences… La réforme des retraites proposée par Emmanuel Macron ne semble pas plaire et la grève s’apprête à faire du bruit en ce mois de décembre naissant, notamment avec la grève générale annoncée en cette moitié de semaine. Ce mois-ci, nous avons donc décidé de vous faire un inventaire et de vous expliquer en quoi consiste cette réforme des retraites, non seulement parce qu’elle va faire parler d’elle, mais aussi parce qu’elle nous concerne.

© Antonin Renard pour L’Alter Ego/APJ

En quoi consiste cette réforme des retraites ? 

Avant toute chose, il paraît important d’expliquer en quoi consiste la réforme des retraites, le projet en lui-même n’a pas été totalement dévoilé et ne le sera que le 9 ou 10 décembre. La loi sera défendue au Parlement début 2020. Toutefois des premières orientations ont été données et l’argument est ici celui d’une réforme plus “juste”. Une application concernant les personnes nées après 1963 devrait avoir lieu en 2025. Il s’agit de la huitième réforme des retraites depuis 1993, il ne s’agit donc pas forcément d’une question totalement prioritaire en soit et pourtant, la réforme proposée par le gouvernement est ambitieuse et se propose de rabattre toutes les cartes. 

L’argument d’une telle réforme ? La lecture difficile des différents régimes de retraite, au nombre de 42, un mille-feuille administratif indigeste qu’il faut à tout prix remanier et simplifier afin de donner lieu à un régime unique. Ce régime unique passera par un système de points : pour chaque travail effectué, un travailleur gagnera des points et les accumulera, ces points étant transformés en cotisations pour la retraite. La valeur de ces points sera fixée par le gouvernement chaque année afin de rétablir un équilibre budgétaire en quelque sorte. 

Autre argument ? Les régimes considérés comme étant spéciaux jusqu’à aujourd’hui seront désormais supprimés sauf pour les métiers considérés comme “dangereux” par le gouvernement tels que ceux de policier ou bien de militaire. Les régimes spéciaux concernent aujourd’hui les métiers des agents SNCF, des professions liées à la RATP ou encore des électriciens, à titre d’exemple. La pénibilité de leur travail était jusqu’alors prise en compte dans le régime des retraites, ce qui leur permettait de quitter leur profession plus tôt et de bénéficier d’une pension spéciale. Avec la réforme proposée par Emmanuel Macron, ces professions rejoindront le régime général et devront accumuler des points.

Voici en somme, les premières grandes orientations de la réforme des retraites pour un système égalitaire et plus lisible. En théorie, la promesse semble tenue au premier coup d’oeil. Or, si on se penche sur les conséquences et les implications d’une telle réforme, l’argument de l’égalité devient caduque.

Quelles sont les principales lacunes de cette réforme ? 

Défendue comme le fer de lance « d’un système plus juste » et « plus égalitaire » par ses promoteurs, la réforme des retraites fait pourtant grincer des dents et pour cause : elle prépare doucement un régime de retraite plus précaire, ne prêtant plus tellement d’attention aux travailleurs ainsi qu’à la pénibilité de leur travail. Premièrement, le système de points pose problème : celui-ci dépendant du gouvernement, il sera  aisé pour lui de faire varier la valeur de ces points annuellement en fonction de la conjoncture économique mais aussi en fonction des besoins budgétaires du gouvernement. Il faut donc voir comment peut être arbitrée cette fixation de la valeur du point, car celle-ci risque d’être problématique. 

De plus, retirer les régimes spéciaux et mettre toutes les professions dans le même panier est aussi sujet à débats : la pénibilité du travail ne semble pas être prise en compte, si ce n’est pour les policiers et les militaires. Pour les cheminots ou les salariés de la RATP, les arguments d’Edouard Philippe concernent l’évolution du travail de ces professions, dans le sens d’améliorations, mais aussi d’un travail moins pénible. Mettre tout sous le même régime demande de ne faire aucune distinction entre les différents corps de métiers. Il en est de même pour avoir choisi de conserver les régimes spéciaux pour deux corps de métier. En effet, comment peut-on affirmer que la profession d’un agriculteur, exposé à des conditions de travail éreintantes, à des pesticides tels que le glyphosate et pouvant avoir des répercussions fatales sur la santé, est moins périlleuse que celle d’un militaire ? Il y a ici quelque chose d’extrêmement inégalitaire, contrairement aux affirmations du gouvernement. 

Enfin, si le gouvernement affirme que l’âge légal de départ à la retraite, aujourd’hui fixé à 62 ans, ne sera pas repoussé en droit, ce ne sera pas le cas dans les faits. Aujourd’hui un travailleur doit cotiser pendant 41,5 ans pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein, contre 43 ans avec la réforme portée par Jean-Luc Delevoye, haut-commissaire chargé des retraites. Il y a donc un décalage dans l’âge à la retraite sous-entendu par la réforme :il faudra partir à la retraite plus tard si l’on veut pouvoir bénéficier d’un régime à taux plein. Cela revient à épuiser le travailleur, et surtout à créer un plus grand fossé dans un pays déjà lourdement affecté par le chômage.

Ainsi, ce régime, même s’il est présenté comme plus égalitaire, présente de multiples lacunes : les travailleurs seront plus précaires, exposés à une retraite plus tardive et  à un système fragilisé, les laissant plus ou moins à la merci de leur patron.

En quoi cette réforme devrait-elle nous concerner et nous préoccuper ?

Si les retraites et leur réforme ne semblent pas nous concerner, c’est pourtant bel et bien le cas. En effet, cette réforme des retraites ne sera sans doute pas la dernière : 8 réformes ont été appliquées depuis l’année 1993. A chaque fois, elles sont allées dans le sens d’un abaissement des pensions allouées, une révision des régimes spéciaux, ou encore au report du départ à la retraite à 62 ans sous Nicolas Sarkozy. Cette réforme n’est que la synthèse de toutes les précédentes, de manière extrêmement radicale, et elle promet de ne pas être la dernière. Nous ne serons sans doute pas concernés par celle-ci, et pourtant, il paraît important de se mobiliser car cette réforme en annonce d’autres, plus radicales et plus strictes envers les travailleurs défavorisés. Laisser cette réforme passer, c’est accepter que la voie soit libre pour d’autres réformes allant dans le sens d’une précarisation encore plus fortes des retraité.e.s, et dans un certain sens, de nos futures personnes. 

De plus, nous vivons dans un pays dans lequel le taux de chômage reste particulièrement fort pour les 20-24 ans, en 2018, 19,5 % d’entre eux étaient au chômage soit un jeune sur cinq environ. Depuis 1975, ce chiffre a été multiplié par quatre, ce qui démontre bien que ce problème loin d’être en régression est en progression. La nouvelle réforme des retraites ne va apporter aucune solution au problème, loin de là : quel est l’intérêt réel de décaler l’âge à la retraite si ce n’est pour augmenter la précarité chez cette tranche d’âge mais aussi de créer une rivalité et une concurrence collective ? Une telle réforme risque donc de condamner les jeunes :  trouver un emploi risque d’être de plus en plus difficile dans un monde du travail déjà sclérosé et dans lequel le nombre d’actif sera élargi. Il faut donc avoir conscience que cette réforme, si elle nous apparaît comme lointaine, aura un impact direct sur les jeunes entre 20 et 24 ans, une tranche d’âge qui est pourtant sujette à la précarité et dont l’insertion dans le monde du travail constitue déjà un défi massif.

Ainsi, une réforme en profondeur du système des retraites a été prévue par le gouvernement. Si celle-ci n’a pas été encore dévoilée, ses premières orientations suscitent à raison des contestations fortes et les grèves qui se profilent en décembre promettent d’être longues et massives. L’hiver promet donc d’être rude pour le gouvernement et riche en revendications sociales pour les travailleurs. 

(1) Voici donc les principales orientations de la réforme des retraites, il est assez ardu de saisir toutes ses nuances et je n’en ai dressé ici qu’un résumé peu détaillé, si vous voulez vous informez plus à ce propos je vous conseille la bande-dessinée d’emma.clit sur son blog qui est extrêmement détaillée et documentée !