J’étais élève à la maternelle Méhul de Pantin dans laquelle Christine Renon s’est suicidée le 26 septembre dernier. C’est une école charmante : Méhul propose une vaste cour de récré dans laquelle il y a moults aires de jeux, des cerisiers, des arbres sur lesquels grimper. C’est un endroit apte à proposer aux enfants une vie scolaire correcte et épanouissante… Une école en somme parfaite pour apprendre à aimer apprendre. Aujourd’hui, je vais donc rendre hommage aux personnes qui m’ont appris à faire cela.

Clé Alduy pour l'Alter Ego
© Cléo Alduy pour l’Alter Ego/APJ

La douceur de l’école maternelle fondamentale pour aimer apprendre

Si je n’ai pas une multitude de souvenirs, je me rappelle de mes premiers pas à Méhul. Je me souviens de couleurs chaudes, je n’avais pas peur d’aller à l’école je crois. J’ai versé des larmes et des rires, et j’ai été, je le pense, plutôt heureuse à Méhul. Je me rappelle surtout de  ma maîtresse de petite section. Dans mes souvenirs d’enfants, c’était quelqu’un d’extrêmement lumineux, et ça pour apprendre à aimer apprendre, c’est tout particulièrement important. L’un des souvenirs que j’ai d’elle, c’est celui du jour où elle a apporté un violon en cours pour nous en jouer. Je me rappelle de mon interrogation face à cet instrument, de mon émotion quand les premières notes avaient fusées. Le violon m’avait bien happée dans ses filets, j’avais voulu en faire après, être comme elle pour faire de la musique et pouvoir jouer comme ça devant toute la classe. Je me rappelle aussi de ce moment durant lequel j’avais fait de la pâte à sel avec elle, je me souviens aussi de son collègue, mon instituteur, une personne très gentille qui nous réconfortait toujours en sortant un ours en peluche qu’il faisait parler et qui nous faisait énormément rire. C’est donc ainsi que j’ai commencé l’école, avec une approche créative, qui je pense a beaucoup motivé mes choix et m’a poussée, par exemple, à vouloir faire à tout prix de la musique pendant la petite enfance.

Je pense sincèrement que la petite section n’a été que rires, chansons et dessins pour moi. C’est donc dans la tendresse que j’ai commencé l’école. C’est en tout cas le sentiment que j’en ai, et c’est primordial pour apprendre à aimer apprendre. Je suis toujours en contact avec cette institutrice, ce qui explique sans doute que j’en ai autant de souvenirs, mais toujours est-il que je sais que quelque part, quand je la vois aujourd’hui encore, je ressens une admiration semblable à celle d’une petite fille de trois ans.

La confiance en soi clef de l’amour de l’apprentissage

J’ai plus de souvenirs de la primaire et de ma maîtresse de CP, à l’école Paul Langevin, juste en face de Méhul. On va se l’avouer : j’aimais aller à l’école ; alors quand ma mère m’a dit qu’en CP j’allais apprendre à lire, imaginez mon enthousiasme ! J’avais envie d’apprendre, j’aimais déjà apprendre, on m’avait déjà appris à aimer apprendre. Toutefois, ce travail devait être entériné, pour imprimer mes souvenirs scolaires comme des moments déterminants dans ma manière de voir l’apprentissage, de l’apprécier, de me le dessiner mentalement. Je n’ai pas forcément cette impression de tous.tes mes professeur.e.s de primaire, ni de mes camarades d’ailleurs, mais je sais que certain.e.s d’entre eux.elles m’ont laissé ce souvenir-ci. Ce fut le cas avec ma professeure de CP. Celle-ci était brune, avec des cheveux courts et elle portait souvent, dans mes souvenirs, une chemise blanche et un pantalon noir. Elle travaillait toujours avec sa collègue, qui elle, était l’institutrice de ma soeur jumelle. Avec mon enseignante de CP, j’ai vite appris à lire. Elle m’encourageait à aller toujours plus loin et je me souviens qu’elle était vraiment présente et impliquée dans ce qu’elle faisait. Elle aimait nous faire aimer apprendre, elle aimait nous voir tous.tes fier.e.s après avoir appris à lire et surtout elle nous défendait quand l’un.e d’entre nous se montrait blessant envers l’un.e de ses camarades de classe, même pour une broutille. Elle est importante pour moi, car je pense qu’elle m’a appris non seulement à lire, ce qui n’est pas rien quand on voit que je fais des études littéraires aujourd’hui, mais parce que je pense qu’elle croyait en chacun.e de nous. Et quand on est enfant, la confiance en soi, ça aide.

Comme pour Méhul, je ne pense pas que l’amour d’apprendre réside principalement dans des connaissances que l’on va distribuer comme ça aux enfants. Je pense que l’amour de la connaissance réside avant tout dans la chaleur, la confiance qu’on leur porte. Ce n’est pas en distribuant les tables de multiplication comme des bonbons qu’un enfant va penser que c’est une bonne chose d’apprendre. C’est en distribuant de la confiance en soi, en montrant à quel point il est valorisant de savoir quelque chose qu’un enfant va aimer apprendre, et tout ça sans lui mettre la pression, sans lui dire qu’il ne sera rien s’il n’y comprend rien à rien. La confiance en soi est une clef pour apprendre à aimer apprendre, la douceur et la tendresse d’autant plus lorsqu’on n’a pas forcément idée d’à quoi ça sert l’école. Ces professeur.e.s m’ont aidée à comprendre ça, à toujours voir l’apprentissage comme une chance de plus pour devenir plus grande, plus heureuse. Même si j’ai eu des professeur.e.s qui par la suite ne me transmettaient pas forcément la même vision, je ne l’ai pas perdue, et c’est ça qui m’a permis d’envisager l’école, les études dans une sorte de calme et de sérénité par la suite. C’est grâce à eux.elles que je sais qu’apprendre dans la souffrance et dans l’angoisse n’est pas une fatalité, c’est grâce à eux.elles que je refuse aujourd’hui que l’on vienne me dire qu’un.e bon.ne professeur.e est nécessairement une personne qui va te mettre une pression importante pour que tu sois meilleur.e. Je n’y crois pas vraiment, apprendre dans la souffrance, ce n’est pas bon à mon sens.

Pour finir, si j’ai mentionné en priorité les professeur.e.s que j’ai eu quand j’étais en maternelle et en primaire, c’est parce que c’était à Pantin entre la rue Méhul et la rue Charles Auray. Je pourrais aussi parler de pleins d’autres enseignant.e.s qui se sont trouvé.e.s sur mon chemin d’apprentissage et qui m’ont donné suffisamment d’élan pour faire ce que je fais aujourd’hui. Je pense notamment à l’une de mes maîtresses de CE1 qui valorisait particulièrement l’art et qui était passionnante, à ce professeur d’histoire qui m’ayant vue débarquer dans un collège du centre de Paris qui m’encourageait même quand je pensais être inutile et qui m’a donnée énormément de force dans le futur ; mais aussi à cette professeure de mathématiques qui m’a montrée que non, je n’étais pas si nulle que ça si j’avais confiance en moi ; à cette extraordinaire professeure de littérature que j’ai eu au lycée qui m’a donné de la force, de la confiance mais surtout un amour inconditionnel pour le grec et la littérature française… il y en a d’autres, mais je ne vais pas m’éterniser. Si vous êtes l’un.e d’eux.elles et que par bonheur vous lisez cet article, sachez-le, j’aimerais vous dire un grand « merci ».