En septembre 2019, à l’occasion du Grenelle des Violences Conjugales, le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé une série de mesures qui seront mises en place dès le 1er janvier 2020, afin de lutter contre les violences conjugales. Parmi celles-ci, des places supplémentaires en foyer d’hébergement pour tenir les victimes loin de leur agresseur. Mais à qui est vraiment la place en foyer ? Pourquoi la femme en danger doit être éloignée de son foyer, de ses proches et de ses repères ? Pourquoi ne pas mettre l’homme violent dans ces foyers pour s’assurer qu’il ne soit plus l’auteur de quelconques violences ? En prenant exemple sur l’Espagne, le Premier Ministre a également annoncé la mise en place de bracelets anti rapprochement qui auraient permis à nos voisins espagnols de réduire de moitié le nombre de féminicides. Grâce à la mise en place de ce dispositif en 2009, le nombre de féminicides en Espagne était de 47 en 2018 contre 71 en 2003. Ces bracelets seront portés par la victime et l’auteur de ces violences et permettront à la victime ainsi que les forces de l’ordre d’être alertés lorsque l’agresseur se trouve à proximité.

© Amélie Zimmermann pour L’Alter Ego/APJ

Des mesures prometteuses mais qui donnent à réfléchir

A la vue des mesures déjà annoncées par le Gouvernement, la question « ne faudrait-il pas plutôt faire avec ce qu’on a déjà et améliorer les mesures déjà en place ? » a souvent été soulevée. Bien qu’il soit important de ne pas mépriser ces nouvelles réformes, sont-elles vraiment justifiées ? N’aurait-il pas été plus intéressant de revoir les mesures déjà mises en place pour ce genre de violences ? Combien de témoignages raconte que la police ne s’est pas montrée après l’appel d’une femme en danger ? Combien de témoignages raconte la non-pénalisation des violences subies par les femmes ? Il est important de crédibiliser la parole de la femme et de leur procurer une réelle protection. Une enquête publiée par Le Monde, le 21 octobre dernier, révèle que plus d’un tiers des femmes tuées en 2018 avaient porté plainte ou déposé une main courante. Que cela montre-t-il du système en place ? Cela démontre qu’il est nécessaire d’y apporter des améliorations. De nos jours, de nombreuses femmes renoncent à porter plainte contre leurs agresseurs ou à s’exprimer sur le sujet avec des proches ou mêmes des professionnels, car elles savent que la réponse sera dans la plupart des cas minime, sinon nulle. Seulement 2% d’entre elles iront porter plainte, c’est pourquoi il est important de solidifier le système d’intervention prévu pour les violences conjugales. Il n’est pas normal qu’un tiers de ces femmes aient fait le premier pas pour essayer de se sortir de cette situation et que rien n’ait été fait. Parmi les féminicides de l’année 2018, 28 étaient des assassinats et 85 des meurtres. Un assassinat, à la différence d’un meurtre, est un acte prémédité. Ces chiffres révèlent donc que la majorité des féminicides commis n’ont pas été prémédités. C’est pourquoi il est important de donner de l’importance à chaque appel, à chaque plainte pour éviter qu’une autre viennent s’ajouter à la liste des femmes ayant perdu la vie cette année. Il aussi important de souligner que les violences physiques sont souvent précédées de violences psychologiques et de violences sexuelles. C’est pourquoi il est important qu’elles puissent faire part de leur quotidien violent tant mentalement que physiquement auprès de professionnels, qu’ils soient des médecins, des infirmiers, ou des psychologues. 

En 2017, 76% des plaintes pour violences conjugales ont été classées sans suite. Et ce, prenant en compte que seulement 2% des femmes concernées ont le courage d’aller en parler à des professionnels de santé ou aux forces de l’ordre. La victime s’isole, rongée par la honte et la peur des répercussions physiques si son conjoint apprend qu’elle s’est rendue à la police. Appelons à un changement de mentalité ainsi qu’à une sensibilisation de la société par rapport aux violences sexuelles et sexistes subies par les femmes. C’est ce que l’association #NousToutes, Féminicides par compagnons ou ex et bien d’autres ont comme objectif. 

La marée violette 

Le 24 novembre 2018, #NousToutes organisait la marche #NousToutes, un grand défilé, une véritable marée humaine teintée de violet avait envahi les rues de la capitale. Plus de 50 000 personnes s’étaient réunis afin de protester et de sensibiliser le grand public aux violences sexistes. 

© Amélie Zimmermann pour L’Alter Ego/APJ

#NousToutes organise une nouvelle marche le 23 novembre 2019, mais également de nombreuses actions tout au long de l’année afin de sensibiliser et d’informer la population sur les violences sexistes et sexuelles. Ces actions consistent en la diffusion de flyers, des collages de stickers et d’affiches, des quizzs de rues « harcèlement sexuel ou pas harcèlement sexuel ? », des chaînes humaines, des die-in. Les die-in sont des manifestations publiques où les manifestants s’allongent sur le sol comme mort.

Si vous êtes intéressé(e)s pour prendre part à ces actions rendez vous sur ce site pour y participer.

Cette année, l’association a lancé dix actions de sensibilisation et de mobilisation spécialement destinées aux jeunes de région parisienne. Ces actions sont les suivantes : distributions de flyers à la Technoparade et devant la Cité Universitaire, réunions et soirées #NousToutes, sessions d’initiation à la self défense, ateliers de théâtre forum, session de graffiti au sol, collage d’affiche, et distribution du violentomètre. Le violentomètre est un outil qui permet aux femmes d’identifier plus facilement si elles subissent des violences psychologiques de la part de leur partenaire et ainsi de savoir dire non dès le début des violences. Ces actions crées pour des militants jeunes, au lycée ou la fac, montre l’immense volonté des jeunes à lutter et à mettre fin à ces violences. Les jeunes ne souhaitent pas voir leurs amies, leurs soeurs, leurs cousines, leurs voisines d’étages ni la future génération mourir sous les coups de leur petit-ami, leur mari ou leur ex conjoint.

© Amélie Zimmermann pour L’Alter Ego/APJ

La marche #NousToutes et les actions organisées par cette même association ne sont pas les seules manières d’afficher son engagement dans la lutte contre les féminicides. 

#NousToutes invitent également pour l’utilisation du terme féminicide. Malgré l’entrée du terme « féminicide » dans le dictionnaire Le Petit Robert en 2015, défini comme « Le meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe », le terme ne figure toujours pas dans le Code Pénal, ne lui accordant alors aucune valeur juridique. « Féminicide » a pourtant fait son apparition dans la loi espagnole et en Amérique Latine : il est même à l’origine d’un mouvement politique. Le mouvement #NiUnaMenos (Pas une [femme] de moins), originaire d’Argentine, qui lutte contre les féminicides. Qu’attend la France ? 

Une nouvelle manière d’exprimer ses revendications a vu le jour dans les rues de la capitale et s’étend maintenant dans l’ensemble de la France : les affiches. Cette initiative de Marguerite Stern, une ancienne Femen de 29 ans, a inspiré de nombreuses femmes à coller les affiches dans la rue. Elles sont alors regroupées sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram (@collages_feminicides_paris) pour s’impliquer dans la lutte et participer aux collages dans les différentes villes du pays. Ces grandes lettres noires sur papier blanc tapissent les murs de slogans interpellant les passants mais rendant également hommage aux femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. « Honorons nos mortes », « Le machisme tue toutes les 48H », « Elle le quitte il la tue », « Papa a tué Maman », « Il a poignardé Johanna devant leurs 3 enfants » etc. Ces affiches ont été beaucoup partagées sur les réseaux sociaux, leur octroyant ainsi une très forte visibilité. Cette visibilité est si importante que ces affichages se sont mêmes exportés à l’étranger. 

Depuis le 1er janvier 2019 129 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. En 2018, 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. En 2017, 130 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. En 2016, 129 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Quand est-ce que nous arrêterons de compter nos mortes ?