C’est à Lille, dans un bistrot près de la Grand-Place, que L’Alter Ego a rencontré Omniwal. Passionné de photographie, de vidéo et d’escalade, @omniwal s’exprime en partageant ses aventures sur les toits et sous terre. Autour d’un café, nous avons discuté de voyage, de la Tour Eiffel et d’expéditions secrètes et interdites.

Omniwal en haut du Duga Radar, en Ukraine

Bonjour, pourrais-tu te présenter et dire ce que tu fais dans la vie en quelques mots ?

Omniwal : « Je m’appelle Nicolas et j’ai 19 ans. Ça fait 2 ans que je fais de la photographie urbex. J’ai débuté lorsque j’étais en fac d’économie à Lille. Je faisais d’abord des lieux abandonnés, puis j’ai dévié vers les toits, notamment ceux de Lille. J’allais en ville, après ou pendant les cours, chercher des accès pour grimper. Plus tard, je me suis mis à faire des projets demandant beaucoup plus de préparation, comme les tunnels du métro lillois ou la Tour Eiffel. Au bout d’un an, je me suis rendu compte que la photo et la vidéo me passionnaient vraiment, alors je me suis inscrit en école de photographie à Saint-Luc, en Belgique. J’y entame ma deuxième année. »

Comment définirais-tu l’urbex à quelqu’un qui ne connaît pas cette activité ?

Omniwal : « L’urbex, c’est l’exploration de la ville et du monde qui nous entoure en essayant d’aller dans des endroits un peu plus méconnus, un peu plus insolites. Ca passe par des endroits abandonnés, des hauteurs, des souterrains, ça va un peu partout. Si on prend la définition simple, c’est « exploration urbaine », donc c’est très vaste. On pourrait même dire qu‘une simple balade en ville peut être de l’exploration urbaine. Mon exploration urbaine à moi, on pourrait dire que c’est plus sur les toits et dans les souterrains. »

L’urbex, ça m’ouvre sur le monde et les gens, ça me permet de sortir de ma zone de confort.

Omniwal

Que t’as appris la pratique de l’urbex ?

Omniwal : « J’ai pris confiance en moi. Je suis à l’aise quand je parle avec des gens qui ne parlent pas français. L’urbex, ça m’ouvre sur le monde et les gens, ça me permet de sortir de ma zone de confort. Et puis, on voyage différemment avec l’urbex, dans d’autres lieux et avec des locaux. Ça m’a aussi appris à maîtriser le vertige. J’avais un peu peur du vide, mais j’ai commencé à apprivoiser mon environnement, à vérifier la solidité des structures, à me tenir à plusieurs endroits pour plus de sécurité… »

As-tu commencé par l’urbex ou par la photographie ?

Omniwal : « Les deux en même temps. J’ai toujours aimé l’audiovisuel. Au début, c’était surtout la vidéo qui m’intéressait, mais je n’avais pas de projet qui me motivait à fond. C’est arrivé avec l’urbex : je me suis lancé en photo parce que je n’avais pas le matos pour faire de la vidéo.

Dès que j’ai commencé, je me suis dit que c’étaient des aventures assez insolites et que ça pouvait valoir le coup de partager ça sur Instagram. Au début, je me suis appelé Nicoexplore, puis Nicolasexploration. Ensuite, je me suis tourné vers Omniwal, parce que je trouvais un peu enfantin d’intégrer l’activité dans le nom. »

Omniwal, ça veut dire quoi ?

Omniwal : « C’est venu d’un délire. On cherchait des syllabes à associer avec un pote pour essayer d’avoir un pseudo stylé, et on est tombé là-dessus. Il y a le sens « plusieurs murs », ça peut faire un lien avec l’escalade. Mais c’est d’abord venu sans aucun sens. »

Comment as-tu fait pour rentrer dans le monde de l’urbex ?

Omniwal : « Au début, je suivais des pages Facebook et Youtube. Je kiffais ça, mais je me contentais de regarder. Je trouvais ça ouf mais inaccessible. Et puis, pendant les vacances d’été en 2016, avec un pote de lycée avec lequel je regardais des vidéos sur Internet, on a appris qu’il y avait une prison et des usines abandonnées dans la ville d’à côté. Tout l’été, on prenait nos vélos et on allait faire le tour des spots qu’on avait repérés. Mon pote a fait ça pendant un mois et il s’est arrêté, mais moi, ça m’a vraiment plu. J’ai commencé à partager des photos, et rapidement, d’autres urbexers m’ont contacté. C’est là que je me suis fait plusieurs de mes meilleurs potes actuels et des contacts un peu partout. Je connais des gens en Espagne, aux Etats-Unis… Je leur fais découvrir le pays quand ils viennent, et inversement quand je vais chez eux. Il y a une grosse communauté à l’échelle mondiale et les communications se font facilement sur Instagram. Rencontrer des gens m’a donné envie de continuer, et me voilà aujourd’hui.

© Omniwal

La communauté urbex est plutôt jeune, non ?

Omniwal : « La plupart des gens qui pratiquent ont entre 18 et 23 ans, je dirais. Il y a aussi pas mal de trentenaires, des gens que je n’aurais jamais rencontré sans l’urbex, et avec qui je m’entends super bien. »

Quand tu en parles, on dirait presque que l’urbex est une pratique collective…

Omniwal : « Pas forcément ! Les deux sont possibles et ce sont deux ambiances différentes. J’ai rencontré plein de gens avec l’urbex et j’adore ce côté communauté, mais ça m’arrive de faire des spots seul, pour le plaisir ou pour réfléchir. »

On voit aussi dans les statistiques de ton compte Instagram qu’il y a beaucoup d’abonnés hommes (66%). Comment ça se fait ?

Omniwal : « Il y a des urbexeuses, mais moins. J’en connais quelques-unes, ma copine par exemple, mais c’est vrai que l’urbex est moins développé chez les femmes. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que c’est la société qui fait que les mecs se dirigent plus vers ce genre d’activités… »

Tu pars souvent faire de l’urbex à l’étranger ?

Omniwal : « Je suis surtout à Lille et à Paris, où il y a beaucoup de spots à explorer, mais oui, je pars parfois à l’étranger. J’ai déjà fait le Portugal et Francfort, en Allemagne, et cet été, j’ai passé 2 semaines en Ukraine, entre Kiev et Tchernobyl. L’idée est de rencontrer les urbexers locaux et de visiter avec eux, avec le moins d’argent possible. On est resté à Tchernobyl illégalement une grosse semaine et on a préparé le déplacement pendant six mois. On était avec un local qui nous a fait explorer la ville de Prypiat et aussi le Duga Radar, une ancienne antenne radar de l’URSS. On voulait vraiment être en autarcie. On se déplaçait à pied et on s’était fixé un campement tous les 30 kilomètres, chaque fois à un point précis à photographier. »

Et de toutes tes expéditions, laquelle t’as le plus marquée ?

Omniwal : « Mon top 3 des spots… Je dirais la Tour Eiffel en premier. Les deux suivants sont le Louvre, qui était une mission très rapide et assez intense, et le pont du 25 avril au Portugal, où je suis allé pendant un voyage de classe. »

En haut de la Tour Eiffel – © Omniwal

Pont du 25 avril, au Portugal – © Omniwal

Pourquoi ces explorations ?

Omniwal : « La Tour Eiffel, forcément, on n’explique pas, c’est mythique. C’est le spot dont j’ai rêvé depuis que j’ai commencé. J’ai passé toute la nuit dessus avec une pote et on était gelé. C’était au mois de novembre. On s’est infiltré à l’intérieur pendant la nuit et on y est resté pour prendre des photos jusqu’au matin, où on est ressorti comme si on était des touristes. C’était un plan qu’on avait planifié depuis plusieurs semaines, et personne ne nous a vus. On a pris nos photos et personne n’a été mis au courant.

C’est pareil pour le Louvre, c’était incroyable. L’escalade était compliquée parce que j’ai dû grimper sur l’arête pour ne pas abîmer les structures en verre. C’était assez difficile, surtout que j’étais vraiment visible. Je suis monté et j’ai utilisé mon steel wool [fouet muni d’une paille de fer, utilisé en photo pour faire des étincelles, ndlr]. Pas de chance, il était trois heures du matin, une voiture de police est passée et s’est arrêtée, donc j’ai dû partir en vitesse.

Au Pont du 25 avril, j’ai surtout aimé l’aspect contemplatif. J’ai grimpé pendant la nuit pour arriver devant une vue sur tout Lisbonne et l’énorme fleuve en dessous du pont, alors que le soleil se levait. C’était une super expérience. »

Que recherches-tu en faisant de l’urbex ? Des sensations ?

Omniwal : « Je recherche les sensations. Je ne peux pas le cacher, j’adore ça. J’aime aussi le côté « seul au monde ». En hauteur, on voit toute la ville en train de vivre, et nous, on est posé sur une structure, sans personne, à admirer le spectacle. Quand on ne l’a pas vécu, on ne s’en rend pas forcément compte, mais c’est une sensation unique. Ça dépend des missions. Souvent, on recherche la contemplation, mais on aime aussi l’adrénaline. »

L’activité en soi, pour moi, est illégale mais pas immorale

Omniwal

L’urbex est-elle une pratique dangereuse ?

Omniwal : « Ça dépend de l’expérience, des spots et de ce que l’on fait. Par exemple, ça m’arrive d’arriver sur Lille, de voir un toit sympa et de monter, sans vraiment de préparation. Il faut juste une tenue de sport, et ce n’est pas très dangereux si on a l’habitude. Pour le métro lillois par contre, j’ai passé plusieurs mois à réfléchir, à tester des choses. En plus, c’était vraiment le jeu du chat et de la souris avec la sécurité, donc ça n’était pas évident. »

Comment vis-tu le fait de pratiquer l’urbex dans l’illégalité ?

Omniwal : « Certains ont des autorisations ou des contrats pour grimper, mais ce sont souvent des urbexers plus vieux. Les jeunes attirent moins la confiance. Moi, je n’ai jamais eu d’autorisation pour l’urbex, mais ça ne me dérange pas. Je préfère le challenge de pratiquer sans autorisation.

L’activité en soi, pour moi, est illégale mais pas immorale. Je vais infiltrer un lieu, mais discrètement et dans le respect, sans détériorer les éléments. Je viens juste prendre ma photo, en faisant tout pour ne pas me faire voir. À partir de là, je ne pense pas être un criminel. Je ne viens pas voler le sac d’une vieille dame ou casser des choses. Parfois, on est obligé de se faire griller, mais ce n’est pas ce que je recherche. »

Et comment réagis-tu quand tu te fais attraper ?

Omniwal : « Sur les toits, que ce soit sur Paris, Lille ou autre part, je n’ai jamais eu de soucis. J’explique la démarche, appareil photo en main, et les gens comprennent. Concernant les interpellations dans les métros, sur une antenne ou sur une grue, on peut avoir des problèmes. Je n’en ai jamais eu, mais ça peut aller jusqu’à une grosse amende, voire plus. »

Ton entourage est-il au courant de ton activité ?

Omniwal : « Ouais, mes profs et mes camarades sont au courant. Mes photos s’intègrent dans certaines séries que je propose pour l’école. Mes parents sont aussi informés. Au début, je ne leur disais pas. Une fois, je suis allé à Paris en leur disant que j’allais faire les magasins alors que je voulais explorer les catacombes. Finalement, ils ont tout bêtement trouvé un plan des catacombes dans ma poubelle. À partir de là, j’ai toujours été transparent, même pour mes plus grosses explorations. On a la même vision de l’urbex : c’est illégal, mais pas immoral. »

Quelles sont les règles à respecter en urbex ?

Omniwal : « Il y a plusieurs aspects. Déjà, il faut avoir une certaine préparation physique, être à l’aise en escalade. Moi, j’ai fait six ans d’escalade en salle avant l’urbex. J’avais déjà fait de la falaise, donc j’avais un bon prérequis. La préparation mentale est très importante également. Il faut arriver à rester zen dans sa tête, et c’est dur. Par exemple, se suspendre à une barre et remonter, en salle, ce n’est pas si dur. Quand c’est sur une grue, au-dessus du vide, c’est autre chose. Il faut aussi savoir se préparer, étape par étape. Il faut savoir ce que l’on veut faire, où on mets ses pieds, connaître ses capacités, parce qu’il n’y a aucune sécurité. Le mieux, c’est de découvrir avec une personne qui fait déjà de l’urbex.

Enfin, il y a le respect. Il ne faut pas voler ni dégrader, mais c’est logique. Quand on va au restaurant, on ne vole pas les couverts. C’est pareil en urbex. Et c’est valable aussi quand on se fait interpeller par des gens. Il faut expliquer calmement la démarche et ne pas s’emporter. Personnellement, les gens comprennent dans 90% des cas et me demandent même parfois si j’ai un site pour voir mes photos. C’est plus constructif de dialoguer plutôt que s’énerver, mais encore une fois, c’est comme dans la vie courante. »

© Omniwal

Te verrais-tu photographier dans un autre cadre que l’urbex ?

Omniwal : « Oui, ça m’arrive de temps en temps. Je fais des portraits ou d’autres styles de photos, mais souvent, je reste dans le domaine de l’urbex. Après, j’essaie de varier les styles, de ne pas faire que des formats paysage. J’aime bien faire des portraits de mes potes en train de faire de l’exploration. Dans une perspective professionnelle et même personnelle, j’ai envie de varier. Par exemple, j’aimerais bien m’investir dans la photographie humanitaire, avec un côté plus journalistique, tout en continuant l’urbex. J’ai aussi énormément envie de m’orienter vers la vidéo, mais ça demande plus de matériel et de travail. »

Est-ce une activité qui te prend beaucoup de temps ?

Omniwal : « Oui, il faut le dire. On ne s’en rend pas forcément compte quand on voit qu’il n’y a qu’une ou deux photos publiées sur Instagram par semaine, mais il y a une grosse préparation à côté. Il y a aussi la partie “apprentissage”. Avant de savoir faire certaines photos ou vidéos, il faut se former, tester des choses sur le terrain. Dans mon disque dur, il y a des dizaines de vidéos que j’ai tournées ou essayé de monter, mais ça ne me convient pas encore, alors je ne les publie pas. Je m’entraîne, notamment sur la vidéo et le maniement du drone, et ça demande du temps. »

Et est-ce que tu as des sources d’inspiration à nous faire connaître ?

Omniwal : « Il y a plusieurs personnes qui font un peu ce que je voudrais faire à terme. Je pense à Charles Villa, qui fait un taf incroyable pour Brut [média en ligne, ndlr]. Il a un côté vraiment jeune, il fait des vlogs, le sujet est super intéressant et pertinent et le travail est recherché. Il y a aussi le Grand JD [youtubeur suisse, ndlr]. Il a fait des reportages en Irak, en caméra embarquée. Il a expliqué la situation, rencontré les locaux, et ce sont des témoignages vraiment enrichissants. Il y en a plein d’autres dans l’audiovisuel que j’aime beaucoup. Sam Kolder, par exemple. Je regarde ses vidéos et je suis fasciné par ses montages. Quand tu regardes son travail, tu prends une claque. Après, je cherche surtout à avoir mon propre style et à photographier des endroits uniques. »

Merci beaucoup de nous avoir rencontrés et de nous avoir renseignés. Pour beaucoup de gens, l’urbex est un milieu assez secret.

Omniwal : « Ouais, les gens disent ça. On nous voit un peu comme des solitaires masqués, alors qu’en fait, pas du tout, on est normaux [rires]. Vous pouvez nous parler, en tout cas pour ma part. Il suffit d’envoyer un message. »

© Omniwal

C’est sur cette invitation que s’achève cette entretien avec Omniwal, qui envisage déjà d’autres expériences, notamment en alpinisme. En attendant, vous pouvez le retrouver sur Instagram.