Flashback est un format s’arrêtant sur un fait marquant de l’actualité politique du mois. Alliant illustration et billet d’humeur, il peut être perçu comme un éditorial dans lequel le dessin et le texte se complètent et se répondent…

Le mois de septembre, déjà bien désespérant sur le plan écologique avec, entre autres, une discréditation de Greta Thunberg par les dirigeants européens et français notamment, s’est achevé sur l’important incendie de l’usine chimique Lubrizol à Rouen le 26 septembre dernier. Catastrophe écologique quelque peu masquée, cet incendie marque par le peu d’émules suscitées au sein du gouvernement alors que cet événement devrait être l’une de nos priorités, afin que cela ne se reproduise plus.

© Antonin Renard pour L’Alter Ego/APJ

Pluies noires, habitants bloqués dans leurs maisons, universités fermées : le 26 septembre dernier, l’agglomération rouennaise était en proie à l’inquiétude. Que s’est-il passé ? L’information faisait la une de tous les bulletins d’information avant l’annonce de la mort de Jacques Chirac aux alentours de midi, événement qui par la suite a mobilisé les antennes radiophoniques et télévisuelles pendant une bonne semaine, voire même plus. En parallèle de cet événement, important certes, l’usine Lubrizol de Rouen a brûlé. Les habitants de Rouen et de Seine-Maritime sont confinés chez eux, un nuage de fumée passe par-dessus leurs habitations. L’usine Lubrizol stocke des produits chimiques destinés à fabriquer des lubrifiants ou des additifs. Cette usine stocke donc des produits chimiques, à haut risque si jamais un incendie avait lieu. Elle est même classée Seveso, c’est-à-dire « à haut risque » si jamais quoique ce soit arrivait à l’usine, un incendie, une explosion seraient donc extrêmement dangereux pour le voisinage et les alentours de l’usine. Cela explique pourquoi l’incendie est si inquiétant. L’usine brûle dans la nuit du 25 au 26 septembre, le lendemain, des mesures sont prises pour protéger les habitants d’éventuelles retombées chimiques de cet incendie. Tout semble être pris en main… mais le 27 septembre, on demande aux habitants de retourner au travail, de s’y remettre comme si de rien n’était alors qu’une étrange odeur flotte dans la ville, que le nuage de fumée de plus de 20 km qui a traversé toute la région est apparu comme « un peu toxique mais pas trop » pour le journal 20 minutes, qu’il a plu de l’hydrocarbure dans une bonne partie de l’agglomération de Rouen le jour même.

Il y a donc une véritable inquiétude, justifiée, des citoyens rouennais. L’incendie pourrait avoir des répercussions dont nous n’avons pas forcément idée aujourd’hui. De premières répercussions apparaissent : certains agriculteurs ont vu leur récolte et leur travail réduit à néant par une pluie d’hydrocarbures au-dessus de leur domaine, il y aura donc des répercussions économiques pour des travailleurs qui ont vu le travail de plusieurs mois se désintégrer. De plus, l’incendie a pris rapidement des proportions gigantesques, tout le département de la Seine-Maritime a été plus ou moins touché. Comble du sort, l’incendie s’est déroulé à une petite centaine de mètres de l’écoquartier Luciline, drôle de symbole de l’époque à laquelle nous vivons entre prise de conscience écologique et politique de l’autruche. Des animaux morts ont aussi été retrouvés dans les alentours de Rouen : des oiseaux, des anguilles, des poissons ont été tués par le rejet de certains effluents toxiques dans l’eau et dans l’air, de quoi s’inquiéter mais pas trop, en somme.

Les autorités disent donc qu’il ne faut pas s’alarmer, que l’air n’a pas été contaminé et que les répercussions sur les habitants seront mineures. Le jeudi 3 octobre dernier, le préfet disait que les analyses de la qualité de l’air continuaient d’avoir lieu sans rien montrer d’inquiétant. Il s’agit pourtant de 5 520 tonnes de produits chimiques qui sont parties en fumée, et même si ceux-ci sont présentés comme peu nocifs pour la santé, si le site était classé « Seveso », ce n’était pas pour rien. A propos de ce classement Seveso : celui-ci semble être gommé, oublié, comme si l’usine avait classé à « haut risque » mais pas trop quand même. Les habitants sont quant à eux particulièrement inquiets, ils ont le sentiment d’être désinformés et sont extrêmement soucieux des répercussions que pourraient avoir une telle catastrophe écologique. C’est dans ce souhait d’éclairage quant à cette situation que 2 000 d’entre eux ont manifesté le 2 octobre dernier devant la préfecture de Rouen. Face à la désinformation et à la méfiance croissante, certains habitants ont lancé ce week-end une pétition pour lutter contre « l’enfumage », 5 000 personnes l’ont déjà signée dimanche 6 octobre au matin. Ce sentiment extrêmement fort de désinformation est renforcé par le fait que les résultats des enquêtes officielles ne concordent absolument pas avec d’autres. En effet, si le préfet de Seine-Maritime avait annoncé dernièrement qu’aucun danger n’était encouru, ce n’est absolument pas le cas pour d’autres enquêtes menées par des journalistes, l’une d’entre elles a par exemple mis à jour l’existence de débris d’amiantes dans les alentours de l’usine Lubrizol, élément qui n’avait pas été révélé dans les enquêtes. Les habitants ont donc l’impression d’être aussi enfumés que le ciel de Rouen le 26 septembre dernier, et cela les met en colère.

Si les réactions de l’État ont été longtemps discrètes voire absente, on peut désormais y assister réellement. Toutefois, il semble que la faute soit entièrement rejetée sur le site de Lubrizol, et sur ceux qui en sont les responsables : Edouard Philippe a par exemple annoncé que Lubrizol devrait indemniser les habitants aux alentours de la zone industrielle. Il y a donc une sorte de désengagement discret de l’État, qui fait l’autruche et dit que ce n’est pas de son dû, qu’il n’y est pour rien, etc. L’État apparaît comme solidaire des habitants de Rouen, comme compréhensif mais il reste tout de même légèrement en retrait, une manière de dire « nous sommes impliqués mais pas trop ».  Quant au traitement médiatique, l’actualité a été traitée le jeudi 26 septembre au matin, mais celle-ci s’est fait de moins en moins présente, voire même absente, suite à l’annonce du décès de Jacques Chirac, le même jour à midi. Pendant une semaine, l’incendie de Lubrizol a été mis à l’écart par les médias nationaux, laissant certaines personnes dans le flou quant à ce qui pouvait se dérouler à Rouen. Cela a aussi contribué à l’agacement des habitants de Rouen et de ses alentours, et n’a en rien contribué à les apaiser quant à l’épais nuage de fumée enveloppant leur agglomération, mais aussi leur connaissance de la situation. Pendant une semaine, les unes des quotidiens nationaux étaient concentrées autour de Jacques Chirac, tandis qu’en parallèle, à Rouen, « la maison était en train de brûler ». Toutes les facettes de ce personnage politique ont été traitées en long, en large et en travers : on a même entendu parler de son boucher, de son coiffeur, et plus d’informations qu’on en aurait demandé ont été transmises sur celui-ci, monopolisant les journaux, les antennes radiophoniques et télévisuelles. Aucun traitement médiatique national n’a été effectué aussi sérieusement pour la situation à Rouen, et cela est inquiétant : des habitants sont en danger et nous pourrions très bien, un jour ou l’autre, prochaînement ou dans vingt ans être confrontés à une situation similaire voire même pire. Il faut donc être informés et porter une réelle attention sur un événement qui nous concerne tous.tes.

Ainsi, chaque jour apporte son lot d’informations en rapport avec l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, celles-ci sont plutôt inquiétantes : on apprend que depuis l’incendie, 224 personnes sont passées aux urgences. Les conséquences seront multiples et apparaîtront sans doute dans les prochaines années et semaines, leur gravité n’a pas encore été évaluée. Il serait donc bon de sortir de cette politique de l’autruche et de veiller à ce qu’une telle catastrophe sur les plans écologiques et humains ne se reproduisent pas. Combien de catastrophes de ce genre faudra-t-il pour que l’État décide qu’une telle situation jugée dangereuse mais pas trop devienne désormais prioritaire et urgente ?