« Le poumon de la planète », c’est le surnom de la forêt amazonienne. Située en Amérique du Sud et traversée par le fleuve Amazone, l’Amazonie abrite une biodiversité exceptionnelle et 30 millions d’habitants. Avec environ 40 000 espèces de plantes, 3 000 espèces de poissons d’eau douce, 370 espèces de reptiles, cette région est intrinsèquement liée au bien-être de la planète entière, en étant un foyer pour un dixième des espèces terrestres. Des fleuves aux forêts, c’est un véritable paradis naturel de 5 500 000 km² et stabilisateur du climat mondial, qui se trouve de l’autre côté de l’océan Atlantique. Mais cette biodiversité est menacée.

Quels dangers guettent l’Amazonie ?

D’après le ministère de l’environnement brésilien, la déforestation a crû de 13% entre 2017 et 2018, causée principalement par l’élevage, plus particulièrement bovin. Celui-ci est en permanente expansion, on entasse de plus en plus d’animaux sur des pans de forêts rasés pour augmenter le rendement. Mais c’est aussi une expansion agricole qui y prend place avec une culture de masse des plantes destinées à l’alimentation du bétail. Pour ces raisons, la déforestation monte en flèche. Outre la déforestation, les émissions de CO2 liées à l’élevage massif, la pollution des sols et la contamination de l’eau due aux extractions minières et pétrolières fragilisent l’équilibre de la forêt amazonienne.

Le réchauffement climatique représente une grande menace pour l’Amazonie. En effet, la diminution des précipitations dans cette région est à l’origine de sécheresses décimant de nombreuses espèces, dévastant la biodiversité si précieuse et détruisant les cultures. La hausse des températures accélère naturellement l’extinction de certaines espèces, tandis que les incendies les chassent de leurs habitats.

Les ressources de l’INPE (Institut National de Recherche Spatiale du Brésil), notamment la plateforme TerraBrasilis, permettent un accès aux données géographiques de l’institut pour prendre la mesure soi-même de l’avancement de la déforestation et des incendies.

Une direction politique inquiétante

Mais ce ne sont pas les seuls dangers, le pouvoir politique en place n’a pas à coeur de protéger la biodiversité, et ce, depuis l’élection en 2018. Jair Bolsonaro est élu président du Brésil, un pays qui abrite 60% de la forêt amazonienne. Avant son élection, de nombreuses mesures avaient été prises à l’unisson avec l’INPE pour réduire la déforestation, mais celle-ci est relancée par le nouveau président, peu enclin à s’occuper des questions environnementales. Dès le début de son mandat, il a soutenu l’élevage intensif, l’agriculture ainsi que l’exploitation en Amazonie, pour développer l’économie de son pays. Climatosceptique, il réfute les chiffres de l’INPE indiquant que la déforestation en juillet 2019 est plus de 4 fois supérieure à celle en juillet 2018 et accuse l’institut de vouloir ternir la réputation du pays. Il prive les ONG environnementales de subventions publiques par peur que celles-ci n’appellent à un soulèvement contre lui. À la suite de la diffusion des chiffres de la déforestation, il limoge Ricardo Galvao, le patron de l’INPE, en l’accusant de mentir dans ses résultats. Malgré l’entêtement du chef d’État, la population et les ONG résistent aux mesures anti-écologiques et tentent de freiner ses actions.

Le 21 août, Jair Bolsonaro est allé jusqu’à insinuer que les ONG pourraient avoir provoqué les incendies en cours dans son pays afin d’attirer l’attention et de protester contre la coupe de leurs subventions. Il affirme aussi que les incendies ont pris dans des endroits stratégiques, dans le but de faire venir les journalistes et d’interpeller les écologistes mondiaux. Selon le président brésilien, les départs de feux seraient d’origine terroriste, mais, dans cette région, est-ce si inhabituel de voir la forêt s’enflammer ?

Des incendies de plus en plus fréquents

Depuis janvier 2019, plus de 72 843 départs de feu ont été recensés au Brésil. Si l’augmentation des incendies est liée à la déforestation et aux sécheresses massives en été, l’agriculture sur brûlis (interdite l’été mais largement pratiquée) est considérée comme une des causes principales des départs de feu dans la forêt.

Les incendies ont toujours eu une origine humaine, le feu est utilisé pour nettoyer des zones déjà déforestées, pour ouvrir des pistes ou pour préparer des terres à la culture. Le manque de prévention fait que ces incendies se propagent à des zones plus sèches qui n’étaient pas destinées à être brûlées. Très souvent, la pluie les éteint ou ils finissent par rencontrer des barrières de végétation plus denses et plus humides et s’éteignent d’eux-mêmes.

Paulo Moutinho, écologiste, chercheur et directeur exécutif de l’Institut de Recherche Environnementale sur l’Amazonie (IPAM)

Les incendies seraient ainsi favorisés par une absence de suivi des réglementations et précautions nécessaires dans la forêt amazonienne.

C’est donc depuis début juillet que les incendies, de plus en plus fréquents, ravagent le Brésil et la forêt amazonienne. Mais lundi 19 août, la ville de Sao Paulo se retrouve recouverte d’un nuage noir. Il fait nuit en plein jour en raison des feux grandissants à plus de deux milliers de kilomètres. La pluie elle-même est noire, et inquiète par son odeur de fumée. Si la fumée est toxique : elle fait chuter l’oxygène inspiré, elle peut aussi contenir des gazs toxiques tels que le monoxyde de carbone, une quantité excessive de dioxyde de carbone (CO2) ou encore du cyanure provenant principalement des produits brûlant en intérieur (électroménager et plastique). Elle est donc dangereuse pour les populations, même celles habitant loin des feux déclenchés notamment en Bolivie et en Uruguay où Montevideo est recouverte, elle aussi, d’un nuage de fumée.

Si certaines vidéos trouvées sur les réseaux sociaux sont des vidéos d’archives, elles ont provoqué une véritable inquiétude mondiale et mené à la création du hashtag #PrayForAmazonia : le but étant de montrer le soutien planétaire à cette tragédie silencieuse jusqu’alors. Mais l’absence de couverture médiatique n’est pas nouvelle, l’Amazonie brûle régulièrement et non contents de ne pas en parler, les médias accusent souvent le réchauffement climatique. On voit régulièrement des articles alarmants sur les dégâts mais peu sur ce qui les a causé. Et le rôle important de l’élevage intensif qui est une part importante de l’économie mondiale ainsi que le fait que le Brésil soit en passe de devenir le plus gros exportateur bovin, est souvent passé sous silence. Pourtant, il est important d’en parler, d’autant que l’impact de ces actions sur le climat n’est pas anodin.

Quels impacts sur le climat ?

Les incendies sont dangereux pour plusieurs raisons. Ils entraînent des glissements de terrain dus aux cendres, ce qui érodent les sols par la destruction des éléments nutritifs présents en leur sein. Cela crée aussi des changements de paysages et des inondations. Ils détruisent une partie de la forêt, entraînent la fuite des espèces animales et la destruction d’espèces végétales. La perturbation des cycles de vie végétaux et animaux amènent notamment à la disparition et l’extinction de certaines espèces, menaçant la biodiversité de la forêt amazonienne. Enfin, ils impactent la qualité de l’air. Les émanations de fumées altèrent les fonctions pulmonaires des populations et participent à la propagation de gaz toxiques évoqués précédemment.

Si la biodiversité, les populations et le climat sont en effet impactés par ces incendies, ils ne mettent pas en péril la présence d’oxygène dans l’air. Il est souvent avancé que la forêt amazonienne a un rôle régulateur, par sa captation du CO2 de l’air, d’où son surnom de « poumon de la planète ». En réalité, une forêt comme l’Amazonie produit plus d’oxygène qu’elle n’en absorbe, mais pas assez pour faire une réelle différence dans le cadre de ces incendies.

Cela n’enlève en rien les conséquences dévastatrices d’incendies de cette ampleur. Le partage de ceux-ci a permis d’ouvrir les yeux à certains sur la gravité de la situation, mais ce n’est pas par le partage d’un hashtag que la forêt amazonienne sera sauvée. Plus qu’une tragédie et un hashtag tendance, ces incendies doivent amener à réagir pour préserver la planète entière.