Flashback est un format s’arrêtant sur un fait marquant de l’actualité politique du mois. Alliant illustration et billet d’humeur, il peut être perçu comme un éditorial dans lequel le dessin et le texte se complètent et se répondent…

Depuis la fin du mois de mars, on en entend parler : à Hong Kong, la colère gronde, les rues sont inondées de manifestants et leur révolte, très médiatisée, met le gouvernement chinois dans une posture plus que délicates. En août dernier, les tensions entre la République Populaire Chinoise et Hong Kong se sont cristallisées. Alors trente ans après Tian an Men et 5 ans après la fameuse révolution des parapluies, que se passe-t-il à Hong Kong, au sein de la République Populaire de Chine ?

© Antonin Renard pour L’Alter Ego/APJ

Le mantra « Un pays, deux systèmes » menacé : les raisons de la colère

Tout d’abord, pourquoi la ville de  Hong Kong est-elle en proie à de gigantesques manifestations depuis trois mois ? Il est important de rappeler que Hong Kong n’a pas un statut comme les autres au sein de la République Populaire de Chine. En effet, Hong Kong a été colonisée par les Anglais de 1842 à 1997. Elle a été ensuite rendue aux autorités chinoises en 1997, mais sous certaines conditions :  le territoire devait garder certaines lois, et les citoyens conservaient donc certaines libertés. On appelle ça le principe « d’un pays, deux systèmes ». Le seul souci, c’est que ce dernier est de plus en plus menacé et est amené à disparaître en 2047, date de l’intégration totale de Hong Kong à la République Populaire de Chine. 

Mais c’est là que les choses se corsent : le gouvernement chinois ne semble pas avoir envie d’attendre 2047, ce qui le conduit à prendre des mesures réduisant les droits des habitants de Hong Kong. Dès que leurs libertés sont mises en danger par la République Populaire de Chine, les habitants de la ville de Hong Kong descendent dans la rue. On avait pu y assister en 2014, avec la fameuse « révolution des parapluies », lors de laquelle les manifestants revendiquaient le droit de pouvoir élire démocratiquement le chef de leur gouvernement, sans succès. En 2019, l’annonce d’un projet de loi d’extradition a mis le feu aux poudres : celui-ci prévoit un transfert plus facile des détenus de Hong Kong à la justice chinoise. Cela pose problème, parce que la législation des deux territoires n’est pas la même, et ce d’autant plus lorsqu’il s’agit du domaine pénal : ce qui sera considéré comme une infraction à Pékin ne le sera pas forcément à Hong Kong. Ce projet d’amendement menace doncl la liberté des habitants de Hong Kong, ne respecte pas la règle « d’un pays deux systèmes, et renforce la suprématie de Pékin sur ce territoire. 

Une nuée de manifestants et une révolte qui dure : la réaction de Hong Kong

À l’annonce de ce projet de loi, les Hong-Kongais ont vu rouge et leur réaction ne s’est pas fait attendre. Dès février, des petites manifestations sans grande ampleur sont organisées sur le territoire, ce mouvement de contestation est perpetué au printemps. Les manifestations prennent de l’ampleur en juin dernier, et notamment le 9, lorsque le Front civil des Droits de l’Homme organise une manifestation qui réunit 1 million de personnes. C’est là que les retournements de situation s’enchaînent : le 12 juin, la deuxième lecture du texte est reportée à cause d’une manifestation hors norme malgré la volonté de Carrie Lam, la cheffe du gouvernement hongkongais. Elle annonce le 15 juin que le projet de loi est suspendu et le lendemain, deux millions de hongkongais sont dans la rue – ce qui représente 28% de la population de la ville – appelant au retrait définitif du projet d’amendement. Face à la détermination des manifestants, Carrie Lam a annoncé le 8 juillet que le projet de loi était retiré… 

Toutefois, les manifestants restent sceptiques et ils demandent désormais le retrait complet de la loi sur les extraditions, mais pas que : ils demandent aussi la mise en place du suffrage universel, la démission de Carrie Lam, la libération des manifestants emprisonnés, ou encore une enquête indépendante sur les violences policières. 

Au-delà de l’importance et du tournant démocratique qu’elles ont pris, si les manifestations à Hong Kong font parler d’elles, c’est pour leurs manifestants. Ces derniers sont en majorité des jeunes étudiants, mais toutes les générations sont en réalité réunies : quelques parents organisent des rassemblements avec des enfants dans leur poussette, comme pour montrer que ce qu’il se passe ne les concerne pas qu’eux, mais aussi et surtout les générations futures, leur avenir. 

De plus, le mode opératoire des manifestants surprend et ils ont inventé des moyens de lutter contre les violences policières dont ils sont victimes. Ces nouvelles méthodes en manifestation ont été par ailleurs énormément relayées sur les réseaux sociaux ou dans les médias en France. Par exemple, ils se protègent le visage avec des parapluies, afin de ne pas être reconnus par les caméras de surveillance, ils savent éteindre de manière artisanale des gazs lacrymogènes, ou encore, ils brouillent les caméras de surveillance avec des lasers. Ils ont aussi un credo qui est « be water », c’est-à-dire qu’ils essaient d’éviter les confrontations avec les forces de l’ordre en se déplaçant rapidement et régulièrement lors d’une mobilisation, tout en essayant d’agir le plus pacifiquement possible. Pour alerter la communauté internationale de leur situation, ils ont décidé d’occuper l’aéroport de Hong Kong du 12 au 14 août, en accueillant les voyageurs avec des pancartes les alertant de la situation. Leur manière d’agir et leurs revendications occupent une place importante au sein de la communauté internationale, ce qui n’a de cesse d’agacer le gouvernement de Xi Jiping, qui se retrouve ainsi dans une position compliquée.

La réaction du gouvernement chinois et la peur d’une répression armée

Pour Xi Jiping, il est impossible de répondre favorablement aux demandes des manifestants, car cela pourrait entraîner une révolte à l’échelle de tout le territoire chinois, et mettre grandement à mal leur système politique. Ainsi, face à l’impossibilité d’agir, une question, une peur reste sur toutes les lèvres : la République Populaire de Chine va-t-elle intervenir sur le territoire hong-kongais ? Peut-on entrevoir la répétition d’un épisode aussi tragique que celui de la place Tian an men en 1989 ?

En effet, face à la persistance des manifestants et à la durabilité des manifestations, la République populaire Chinoise laisse échapper quelques menaces et prend le problème à bras le corps. Par exemple, au début du mois d’août, le gouvernement diffuse des vidéos de propagande insinuant qu’il est prêt à agir militairement, et le 7 août dernier, Yang Guang, porte-parole chinois, a déclaré que « ceux qui jouent avec le feu périront par le feu » : la messe est donc dite. Ces menaces se font de plus en plus oppressantes et se sont concrétisées ces derniers jours : depuis la moitié du mois d’août, des véhicules blindés et des forces armées se trouvent aux frontières du territoire, ce qui laisse présager une intervention. Le 30 août dernier, les manifestants et visages du parti démocratique Agnès Show et Joshua Wong ont été arrêtés, et ce la veille d’un week-end de manifestations proscrites par la police… La République Populaire Chinoise n’est donc pas prête à baisser les bras devant une telle mobilisation, et semble prête à utiliser la violence pour arriver à ses fins. Depuis l’arrestation des militants pro-démocratie, la communauté internationale se fait plus loquace, en montrant une certaine inquiétude, et l’UE a même déclaré que la situation lui semblait « plus que préoccupante ».

Ainsi, face à la radicalisation de la position de Pékin quant aux manifestants et à leurs revendications, il faut se demander si ce printemps et cet été du peuple de Hong Kong ne risquent pas de se transformer en automne des peuples, comme cela a pu être le cas par le passé. En effet, si le 4 septembre dernier Carrie Lam a déclaré que la loi sur les extraditions serait définitivement retirée, il est légitime de douter de la passivité du gouvernement pékinois.