Entre deux affiches de groupe de rock ornant le bar Le Motel (Paris XIe) – véritable temple parisien de la musique indépendante – la rédaction a rencontré Elegy. Ce groupe d’amis est composé de Chad Menu à la batterie, Stephan Adjarian à la guitare et Clara Errera à la voix. Malgré leur vingtaine, ces jeunes musiciens sont prometteurs comme a pu le prouver Clara en assurant la première partie de Julien Doré à l’Olympia. Nous avons parlé d’indépendance, de liberté et d’éclosion à l’occasion de la sortie de leur EP Bloom.

 © OCEANE COLSON POUR L’ALTER EGO/APJ

Est-ce que vous pouvez me parler un peu du projet ? 

Clara : « On a passé dix mois à enregistrer, chez nous, notre EP Bloom. Ça a pris beaucoup de temps du fait de nos études et jobs étudiants. Mais c’était assez plaisant de voir toutes ces compositions prendre forme puis de pouvoir les écouter sur toutes les plateformes de streaming. »

Pour un jeune groupe vous avez fait pas mal de concerts. Êtes-vous plutôt un groupe qu’on pourrait qualifier de live ou de studio ? 

Clara : « On a fait des concerts dans des bars en scène ou pendant des fêtes de la musique. Ça a été formateur pour nous. Mais c’est l’EP qui va vraiment nous ouvrir les portes d’autres concert. Parce que c’est vrai que lorsqu’on démarche des salles, par exemple le Rack’am au niveau de l’Essonne, ça ne prend pas si on a rien à proposer. »

Chad : « Le live et le studio procurent quelque chose de très différent. Le studio c’est l’endroit de la création, on imagine comment ça va rendre. »

Clara : « Alors que le live est un lieu de partage et de spontanéité. »

Les morceaux sont nés sur scène ou en enregistrement ?

 Clara : « Ça s’est fait au fur et à mesure. On a passé beaucoup de temps à composer dans la chambre de Chad, ou bien pendant une heure par semaine, dans l’auditorium de notre lycée. Après c’est vrai que chacun de son côté a tavaillé plus ou moins un morceau. Par exemple, Stephan, c’était Outlet ,Chad, Explicit, et moi June.« 

Stephan : « Chacun arrivait avec une base assez solide et la partageait. Les deux autres venaient se greffer à la base pour en apporter des modifications. J’arrivais avec une ligne de guitare, Chad rajoutait par-dessus la batterie. Ensuite, on envoyait le tout à Clara qui posait sa voix dessus. »

On ne se met pas de limites

Stephan

Et quant aux paroles. Qui est-ce qui écrit les paroles ? 

Clara : « C’est moi ! J’aime chanter ce qui colle à mes pensées, à mon univers, à ce que je vis. June est à propos d’une histoire d’amour. Insane sur les craintes par rapport au futur, lors de l’entrée en études supérieures. C’est plein de choses comme cela, assez personnelles. Après, pour la suite, peut-être que l’on partagera la tâche. »

 Stephan : « On ne se met pas de limites… »

Clara : … »en terme de paroles, comme de composition. »

C’est vrai que dans toutes les paroles, il y a quelque chose de très introspectif. Tu parles de folie, tu poses beaucoup de questions. Il y a des termes très forts. Est-ce que par conséquent, cela n’expliquerait pas le nom de votre groupe ?

Clara : « On a trouvé le nom du groupe un peu par défaut. Quand on était encore cinq, on avait un concert à faire et on devait trouver un nom de groupe, alors on s’est dit Elegy. Une élégie en français, c’est un poème qui parle du futur, du passé, de la mélancolie. Après coup, on s’est rendu compte que ça correspondait à ce dont on parlait, à notre univers. »

Stephan : « C’est bien d’avoir une idée à laquelle on s’accroche, autour de laquelle on essaie de développer une harmonie. Ça fait une cohérence dans le groupe. »

Et quant au titre Bloom ?

Stephan : « Ça a été rapide comme l’éclair, Clara a proposé Bloom, on a accepté direct. Ça collait parfaitement au projet puisque le nom veut dire « floraison » en anglais. C’est exactement nous, on est en train d’éclore. »

Clara : « C’est harmonieux, simple et efficace. D’autant plus que sur l’EP tous nos titres sont en un mot. Pour le coup c’était assez uni. Et de part les paroles, d’autre part notre projet, ça correspondait totalement. Car les paroles renvoient à mon évolution de l’adolescence à l’âge adulte. »

© OCEANE COLSON POUR L’ALTER EGO/APJ

Ça colle de manière très personnelle mais également à l’identité collective du groupe. En parlant d’identité, est-ce qu’il y a des influences musicales qui pourraient nourrir votre musique ? 

Chad : « On a tous les trois des influences très différentes. C’est le point fort et le point faible du groupe. Quand je compose, je ne me pose pas la question de faire tel style ou tel style. Puis, je sais que lorsque Clara va poser sa voix dessus, il y aura une certaine unité. La voix a une très grande importance. On va l’écouter en premier, l’instrumental c’est vraiment un complément. »

Stephan : « On aime bien lorsqu’il y a une recherche de quelque chose de novateur, ou de particulier, dans les rythmes et les mélodies. »

Chad : « On s’éloigne de la structure classique du « couplet refrain pont couplet refrain », pour se rapprocher du progressif. Par exemple, Entropia part de quelque chose de calme, vers une fin où tout se déchaîne. Je trouve cela plus intéressant à faire, quitte à ce que ce soit plus ou moins facile pour un auditeur lambda, qui risque de se perdre en ne retrouvant pas une structure plus classique. »

La dualité que vous citiez entre le métal et la pop, entre un son très saturé et un son beaucoup plus doux, se ressent avec le titre June. Qui est très rock malgré la présence du ukulélé. Comment avez vous fait pour insérer cet instrument dans le morceau ?

Stephan : « Au contraire, tout est parti du ukulélé. »

Clara : « J’ai appris un peu sur le tas le ukulélé. Je ne suis pas très bonne musicienne mais je suis « créatrice de mélodie ». En jouant June aux garçons, ils ont accroché et fait tous les arrangements autour. Un ukulélé dans un groupe de rock, ce n’est pas très commun ! »

Chad : « Pour l’album, le but serait de pouvoir reprendre cette formule, mais de l’adapter encore plus à notre style. Je pense que notre challenge c’est de pouvoir fondre le ukulélé encore plus, mais sans le négliger non plus. »

Clara : « En faire une force ! Car c’est le point qui permet de différer des autres groupes en terme de sonorité. Je ne reste pas fixée sur le ukulélé non plus. Ça m’aide à trouver la mélodie, l’essence, d’un morceau. »

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

Chad : « Que l’album prenne forme ! C’est un projet qu’on a envie de mener à terme. Il faut qu’on profite de nos bribes de compositions, qu’on travaille sur la cohérence des morceaux. On a acquis de l’expérience pour l’enregistrement, donc la suite devrait être plus facile. »

Clara : « Même en terme d’identité. On a 19 ans, passé la vingtaine on aura le temps de travailler et de vivre des expériences. Travailler notre image. »

Stephan : « On cherche aussi à travailler avec des talents. Pour Bloom, on a travaillé avec un graphiste pour le logo et la typographie, et avec un ingé son. Grâce à eux, le projet prend son sens. »

L’EP Bloom est sorti le 10 mai 2019

image de couverture © OCEANE COLSON POUR L’ALTER EGO/APJ