Quand s’attaquer à la jeunesse est le seul moyen de faire valoir son point de vue, c’est qu’il y a un problème d’envergure. Et il a été révélé au grand jour lors de la venue de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale le 23 juillet 2019.

Greta Thunberg – image libre de droits

Greta Thunberg est une militante suédoise dont le but est de sensibiliser au réchauffement climatique, elle est notamment à l’origine de la première grève étudiante mondiale pour le climat le 15 mars 2019.

Conviée à s’adresser aux députés français pour parler de l’environnement accompagnée par la climatologue Valérie Masson-Delmotte, la militante a été la cible toutes sortes de critiques, affublée de toutes sortes de sobriquets. Rien à envier aux plus grands orateurs, son anglais clair et affûté, son calme face à la polémique, laissent songeur : combien auraient riposté en s’éloignant de leur sujet pour maintenir leur réputation ? Plus jeune mais peut-être moralement plus grande que tous, elle est passée au dessus du boycott lancé par le parti LR (Les Républicains) et suivi par certains députés LREM (La République En Marche) et RN (Rassemblement National). En effet, d’après Guillaume Larrivé « Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n’avons pas besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifiques et de courage politique. » Si on en croit cette déclaration, les courageux hommes et femmes politiques ont réellement fait bouger les choses ; et les puissances mondiales ayant signé les Accords de Paris en 2015 ont respecté tous leurs engagements. L’environnement serait-il donc la préoccupation politique absolue ? 

Vous n’êtes pas obligés de nous écouter, nous ne sommes que des enfants après tout.

Greta Thunberg

Voici la seule réponse de Greta Thunberg à ses détracteurs. Incroyable mais vrai, tandis que Julien Aubert (LR) la surnomme le « Prix Nobel de la peur », Guillaume Larrivé (LR), Jean-Louis Thieriot (LR), et bien d’autres, appellent au boycott de l’allocution. Il apparaît sur Twitter des commentaires disant qu’elle est une « prophétesse en culotte courte », tandis qu’elle est celle qui cherche à améliorer le futur de tous, le sien, le leur, le nôtre. Elle s’appuie sur des preuves concrètes, les données scientifiques du rapport du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat), bien loin des belles campagnes de communication destinées à rassurer la population. L’incohérence est là : est-ce l’âge qui définit la véracité des propos d’une personne ?

Greta Thunberg – image libre de droits

Il se trouve que, dans le cas actuel, le fait qu’elle soit jeune lui permet d’avoir une voix que d’autres n’ont pas et une image publique. Cette voix, c’est celle de la jeunesse, elle est érigée en symbole de la nouvelle génération, une génération consciente du climat. Quand de nombreuses actions pour l’environnement sont lancées à une échelle plus petite comme Réseau Action Climat France, Too Good To Go, Precious Plastic et tant d’autres parfois méconnues, Greta Thunberg jouit d’une véritable portée internationale permettant d’éveiller les consciences. Mais avec la célébrité, vient aussi son lot de détracteurs et de tentatives de faire taire sa voix en la décrédibilisant. Si certains font de Greta Thunberg une manipulatrice de masses, d’autres disent d’elle qu’elle est une jeune fille innocente pour devenir une icône ou cherchent à minimiser son discours en la faisant passer pour une enfant capricieuse. Par exemple, sur Twitter, Emmanuelle Ménard (RN) se permet de dire  « Dommage que la fessée soit interdite, elle en mériterait une bonne. ». 

Pourquoi dévaloriser une adolescente sur les réseaux sociaux alors qu’ on est un homme ou une femme politique ? Pourquoi l’insulter derrière un écran alors qu’on a du « courage politique » ? Probablement parce que, du haut de ses 16 ans, elle est animée du désir de déployer tous les moyens possibles pour éveiller les mentalités. Probablement parce qu’il est plus simple de s’attaquer au messager que de s’atteler à la tâche difficile de changer les choses pour l’environnement. Probablement parce que cela permet de déplacer le débat du climat en s’attaquant à la personne. Mais aussi parce qu’un débat plus important et immédiat était en cours, celui du CETA, et que cela a permis de détourner l’attention de la population de celui-ci. En effet, à la suite directe de la fameuse allocution avait lieu le vote de la ratification ou non du CETA, un traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada. Ce traité économique et commercial est en rapport direct avec le sujet du réchauffement climatique, car en permettant une politique d’échanges, il favorise les émissions de dioxyde de carbone. Le traité a été ratifié, ce qui est de ce fait considéré comme paradoxal suite à la venue de Greta Thunberg.

Je voudrais véritablement demander à tous ceux qui remettent en question notre opinion et qui pensent que nous sommes des extrémistes : est-ce qu’il existe un autre GIEC, un accord de Paris secret que nous ne connaîtrions pas ? Car ce sont les chiffres qui comptent, les chiffres fondés sur la science, et vous ne pouvez pas fabriquer vos faits parce que vous n’aimez pas ce que vous entendez. Il n’y a pas de juste milieu lorsque l’on parle de l’urgence climatique

Greta Thunberg

Qu’en est-il de cette allocution qui a tant fait parler ? Avons-nous eu affaire à un bilan « apocalyptique », à un discours d’écolos sectaires dans la bouche d’une idole ? Entre un ton posé, un timbre de voix calme et un regard franc, est-ce cela qui devrait nous inquiéter ? Ou plutôt la cause défendue ? 

Le constat est simple. D’après le rapport du GIEC de 2018, pour limiter le réchauffement climatique, il faudrait limiter l’émission de CO2 en utilisant le concept de « budget carbone ». En estimant un certain budget par an et en s’engageant à ne pas le dépasser, nous avions, au premier janvier 2018, 67% de chances de maintenir l’augmentation des températures sous 1,5 °C. Ces chances se réduisent à vue d’oeil et à coup d’activités humaines productrices de dioxyde de carbone comme l’affirme Greta Thunberg. 

Le plus grand danger, ce n’est pas le fait d’être inactif. Le plus gros danger, c’est lorsque les entreprises, les politiques, font semblant d’agir alors que rien n’est fait.

Greta Thunberg

Connaissez-vous le « greenwashing » ? C’est un positionnement adopté par la communication de nombreux partis politiques, entreprises et entités. Le but étant de se donner une image éco-responsable, éthique, respectueuse de l’environnement quand nos actions sont à l’opposé, pour redorer son blason. On peut voir par exemple, des constructeurs automobilistes vanter les mérites des voitures électriques tandis que les batteries et l’électricité servant à les recharger ne sont ni recyclables, ni d’origine écologique. N’oublions pas non plus les techniques marketing comme les emballages verts pour donner une impression « proche de la nature » du Coca Cola Life parmi d’autres, ou la création de Charte éthique dans les entreprises comme L’Oréal. Voilà ce qui est dénoncé ici.

Les chiffres sont là et l’alarmisme tant dénoncé est obligatoire. C’est l’urgence qui est bien souvent source de changement, et ici, elle n’est visiblement pas encore assez palpable.

Loin de moi l’idée de crier à la fin du monde, mais ne pourrions nous pas nous préoccuper un peu plus du réchauffement climatique et des problématiques environnementales ? Finalement, nous ne sommes pas en mesure de réellement changer dans notre quotidien cette émission de CO2 par autre chose que des petits gestes, mais tous ensemble ne pourrions-nous pas faire la différence en poussant ceux qui peuvent le plus à changer les choses ?