Août, les festivals battent leur plein et les voyages s’enchaînent. Alors que les souvenirs se créent et les pellicules se remplissent, L’Alter Ego vous propose un retour au calme, un moment de repos et de détente. Le voyage immobile par excellence, vous l’aurez deviné : la lecture. Nous vous avons préparé une sélection pour inspirer vos choix et vous faire voyager d’univers en univers.

© NIKOW POUR L’ALTER EGO/ APJ

L’Étranger – Albert Camus (1942)

L’été est l’occasion rêvée pour rattraper ses classiques ; en particulier lorsqu’ils émanent d’un prix Nobel de littérature et qu’ils se lisent en quelques heures. L’Étranger, d’Albert Camus, fait partie de ceux-là. « Aujourd’hui maman est morte. Ou hier, je ne sais pas ». C’est en ces mots que commence le roman, mots qui vous plongent instantanément dans l’histoire et, plus encore, dans l’état d’esprit de l’œuvre. Car tout ce livre n’est qu’une ode à l’absurde, à la vacuité des événements : rien de ce qui n’est humain n’est réellement logique et tout ne semble être qu’une pièce de théâtre, orchestrée par on ne sait qui si ce n’est tout le monde. Chacun y est acteur ; tous en sont scénaristes. L’Étranger est une subtile remise en question de notre essence humaine, enrobée dans l’iode d’Alger, empreinte d’une mélancolie et d’un fatalisme qui, si vous et moi sommes fait du même marbre, ne vous laissera certainement pas insensible.

Le tour du monde en 80 joursJules Verne 

Vous avez envie de faire le tour du monde en ne dépensant rien ? Eh bien, faites-le avec Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne. Avec cet ouvrage, on peut visiter les continents à travers le pari fou de l’anglais Phileas Fogg et de son acolyte Passe-partout. Cet homme à la vie réglée à la minute près parie dans son club qu’il est possible de faire le tour du monde en 80 jours, en comptant tous les incidents. Cependant, lorsque que Mr. Fogg part avec une grosse somme d’argent, tous les soupçons se tournent vers lui comme étant le voleur des 50 000 livres de la banque londonienne. Sans le savoir, Mr. Fogg est recherché par la police anglaise, qui va le suivre dans son périple.

Ce livre est parfait pour l’été, on voyage sans bouger. De l’Angleterre à la Chine, jusqu’aux États-Unis, on découvre une société régie par l’Empire Britannique et par les révolutions des transports. Avec des personnes aux caractères différents : le calme Mr. Fogg, le turbulent Passe-partout et la douce Mrs. Aouda – même si, ce personnage est extrêmement cliché puisqu’elle est sauvée par des hommes et marie l’un deux. 

Malgré la période plus ancienne dans laquelle se situe l’œuvre, le livre n’est pas pour autant compliqué. Jules Verne retranscrit son époque avec des mots accessibles pour tous. Cet œuvre permet de découvrir une période complètement différente, dans laquelle il n’y a pas les facilités d’aujourd’hui. C’est-à-dire que les protagonistes ne peuvent pas aller sur internet pour voir ce qui se trame en Angleterre ou même prendre l’avion.

En bref, le livre de Jules Verne permet de découvrir une société où les moeurs, les lois, et les coutumes sont différents des nôtres.

The Underground Railroad – Colson Whitehead 

Au XIXe siècle, The Underground Railroad (ndlr : le chemin de fer clandestin) fut pour une centaine de milliers d’esclaves noirs américains la seule voie menant vers le salut, au-delà de la ligne Mason-Dixon. Colson Whitehead, qui a reçu un Pulitzer et un NBA (National Book Award) pour cette œuvre, a décidé de donner un sens propre à l’expression figurée, en donnant vie à un véritable chemin de fer souterrain dans son livre. Cora, jeune esclave de 16 ans, parcourra ainsi des centaines de miles pour tenter d’échapper à sa condition. Mais entre les viols, les massacres, les dénonciations et les chasses à l’homme, il reste bien peu de place pour l’espoir dans ce roman tragiquement réaliste. Colson Whitehead attrape nos entrailles à la première page et les secoue tout au long du roman. Insupportable, inadmissible, mais aussi et surtout indispensable. Le Ralph Ellison des temps modernes. 

Jeune Fille et Une Année Studieuse – Anne Wiazemsky

L’été vient de démarrer et l’appel à la créativité est de rigueur pour s’occuper pendant ces (longs) mois de vacances qui s’annoncent. Aviez-vous pensé au 7e art, au cinéma ? Eh bien, pour Anne Wiazemsky, petite-fille de François Mauriac, ce fut le cas en 1965 lors de sa première expérience en temps qu’actrice. Au côté de Robert Bresson qui l’initie au jeu et à la vie d’actrice, Anne découvre ce métier tant convoité. Dans son livre Jeune Fille, elle nous emmène sur les lieux de tournage de Au hasard Balthazar (Bresson, 1965) ainsi que dans sa transition de jeune fille à jeune femme et des tourments qu’elle entraîne. C’est dans ce roman également que les prémices d’une rencontre avec Jean-Luc Godard se feront sentir. 

Ce dernier ne sera autre que le centre du deuxième roman de cette sélection écrit par Anne Wiazemsky.

Dans Une Année Studieuse, Anne vient de passer son bac et va rentrer dans la nouvelle faculté de philosophie de Nanterre. Cet été là, elle reverra de nouveau Jean-Luc Godard et c’est ainsi que cette relation débutera. Dans ce second roman, Anne, femme cette fois-ci, relève une fois de plus l’exercice périlleux qu’est celui de parler de soi. De sa relation avec Godard au tournage de La Chinoise, Wiazemsky nous transporte dans le voyage immobile de son intériorité et de ses ressentis.

Deux romans autobiographiques qui vous plongeront dans l’univers et l’intériorité de cette talentueuse autrice , de quoi vous faire voyager tout l’été! 

Le plan – Catherine d’Anjou 

« Le jour où les choses tourneront mal – elle finiront par mal tourner –, les imbéciles heureux surgiront chez moi en m’implorant de les aider : tapi dans mon bunker, je graverai sur le sol qu’il est inutile de courir. »

La paranoïa est un thème qui fascine la littérature et l’art de manière globale depuis longtemps. En effet, ce lien direct entre l’individu et ce qui est caché, imperceptible, peut donner de fantastiques exercices de style. Ici, c’est la première personne qui est adoptée. Préparez-vous à voir avec les yeux d’un individu d’apparence tout à fait ordinaire, sans prénom, sans passé : il sera ici nommé Baptiste, obsédé par la fin du monde et persuadé que celle-ci va arriver prochainement. Baptiste n’a qu’une obsession, s’y préparer, et que cela reste secret pour le reste du commun des mortels : pour cela il a un plan, le plan, son plan. Du minutage précis de ses déplacements et habitudes, à la construction d’un bunker dans son appartement, en passant par une passion maladive pour les plats surgelés, il a pensé à tout. Tout doit se passer selon le plan, son plan, rien n’est plus important que le plan. 

Drôle et cynique, plongez dans le quotidien de cet être antipathique au possible. Une courte expérience d’une centaine de pages d’un réalisme tel que cela en devient presque effrayant, où se côtoient folie et raison avec une ironie rance et jouissive, tant l’absurde est roi au sein de ce roman. Finalement, Baptiste pourrait être n’importe qui, de ce voisin qui ne vous répond pas lorsque vous le saluez, à cette caissière scannant vos articles en silence ou même vous, qui allez lire ce livre. Mais souvenez-vous, l’important ce n’est pas d’être fou, mais de bien savoir le cacher !

Le Pacte des Marchombres (trilogie) – Pierre Bottero

Le Pacte des Marchombres se déroule en Gwendalavir, monde parallèle imaginé par Pierre Bottero dans ses deux premières trilogies (La Quête d’Ewilan et Les Mondes d’Ewilan). Au début du premier tome, Ellana est une enfant. Âgée d’à peine une dizaine d’années, elle est orpheline. Recueillie par un peuple de Petits – des personnages humanoïdes remarquables par leur petite taille, leur vénération des chapeaux et leur appétit pour les framboises – à la mort de ses parents, elle décide de les quitter afin de rejoindre le royaume humain de Gwendalavir. Le Pacte des Marchombres suit Ellana au long de son apprentissage, puis de sa progression sur la voie des marchombres, une guilde mystérieuse dont les membres allient capacités du corps et de l’esprit. En mêlant adroitement le fantastique et le roman d’apprentissage, Pierre Bottero signe un chef-d’oeuvre tout en nuances qui peut être compris à différents degrés par les enfants comme les plus vieux, et qui ne cesse jamais d’émerveiller. Profondément empreint de poésie, Le Pacte des Marchombres confirme le passage de Pierre Bottero, écrivain jeunesse, à un registre moins enfantin. 

Nino dans la nuit – Capucine et Simon Johannin

Nino a vingt ans, et il a joué de malchance. À tel point que trouver de quoi manger devient son défi quotidien, et qu’il vole dans les supermarchés, pour s’en sortir mais aussi parce qu’il a « l’impression de corriger une erreur, de faire un truc tout à fait normal, de positif ».

Autour de Nino gravitent d’autres personnages : il y a Lale, son amoureuse, Malik, son meilleur copain, et toute une bande d’autres jeunes qui galèrent, « des gens qui volent quelques heures sous celles moins blanches que celles que nous sert le jour ». La nuit est partout dans le roman, elle est à la fois exutoire et moteur pour les personnages, la raison pour laquelle ils traversent la semaine et ce qui la rend plus supportable. Parce que quand la vie se résume à une série de galères, la fête semble être le meilleur moyen de la supporter. Parce que vivre, c’est beaucoup plus que survivre, et Nino le revendique.

Nino dans la nuit, c’est aussi une ode à l’amour : Nino aime Lale d’un amour tellement pur, tellement intense, tellement sincère que ça nous en fait presque mal. Et Lale le lui rend bien. Le duo traverse les hauts (rares) et les bas (très nombreux), et l’honnêteté dans la manière dont est dépeinte leur relation nous laisse deviner l’étendue et l’étroitesse de la collaboration entre Capucine et Simon Johannin. 

Si on n’est pas forcément Nino, si on ne peut pas s’identifier à lui par ses expériences au mieux hasardeuses, au pire carrément horribles – et heureusement pour nous -, Nino c’est quand même nous. C’est une génération qui, malgré ou peut-être à cause de la société dans laquelle elle évolue, a la rage de vivre et ne peut pas envisager l’échec comme une possibilité.

The Black Holes – Borja Gonzalez (2019)

Dîtes-donc, ça ne parle pas beaucoup de poésie ici. On va rattraper le coup et avec une BD en plus. Parce que la poésie, ce n’est pas forcément un texte en vers qui parle de la nature, de l’amour et de la mort. La poésie peut aussi être picturale. The Black Holes, c’est le nom du groupe de punk formé par Gloria, Laura et Christina, les trois protagonistes, qui ne savent pas faire de la musique mais qui en font quand même, en jouant fort sur des paroles incompréhensibles. The Black Holes raconte aussi l’histoire d’une fille de bonne famille au XIXème siècle qui écrit des récits de science-fiction et d’épouvante, au mépris de l’étiquette la plus élémentaire. Mais The Black Holes, c’est surtout une ambiance graphique onirique avec une palette de couleurs minimaliste et toujours en aplats, avec des personnages filiformes qui n’ont ni mains ni visage, dessinés à grands traits noirs, sûrs et fluides. Et comme dans tout poème, la somme des éléments dépasse le tout et stimule l’imagination du lecteur qui va créer des visages, des mains, des sons, des odeurs et des sensations. Cette BD nous invite à se laisser flotter dans cet univers comme on fait la planche dans une piscine alors qu’il fait 40 degrés dehors. Et en été, c’est tout ce qu’il nous faut.

Depuis le début de l’été, il fait chaud. Très chaud. Et la chaleur est un sujet qui a maintes fois inspiré les écrivains et écrivaines. Qu’il soit central ou secondaire dans l’oeuvre, douce moiteur ou véritable enfer, le degré Celsius peut se faire ressentir aussi bien sur votre belle peau rouge écarlate (mettez de la crème, on vous dit) que dans les ouvrages suivants

Plage de Manaccora, 16h30 – Philippe Jaenada (2009)

Pour beaucoup, l’Italie, c’est un voyage romantique où l’on mange des pizzas sous le soleil. Mais quand le mercure monte trop haut, le paradis estival peut devenir une fournaise mortelle. C’est ce que découvrent Voltaire, Oum et leur enfant Géo, personnages centraux de ce roman.

Venu en vacances dans la région des Pouilles, le trio se retrouve piégé par un immense incendie de forêt sur les bords de la mer Adriatique. Au milieu d’une foule de campeurs apeurés, la famille court vers la plage puis les rochers et enfin la mer, fuyant des flammes et une fumée toxique qui ne cessent de se rapprocher. Dans cette course intense de quelques heures le long de la côte, chacun montre sa véritable personnalité face à une mort de plus en plus évidente.

Bien que profondément tragique, ce roman reste cependant singulier par l’écriture sans complexe de Philippe Jaenada, qui ne peut s’empêcher de faire des digressions absurdes et comiques, allégeant ainsi le ton dramatique de l’oeuvre.

Un livre qui mérite d’être lu, surtout si vous êtes sur une plage, qu’il fait chaud et qu’il y a une odeur de barbecue dans l’air.

Papillon – Henri Charrière (1969)

Voilà une référence pour les amateurs de livres d’aventure, qui fut même adapté au cinéma avec Steve McQueen dans le rôle titre. Cette autobiographie, largement romancée, raconte l’histoire d’Henri Charrière, surnommé « Papillon » en référence au tatouage de papillon qui orne son torse.

Arrêté en 1930 pour un meurtre qu’il affirmera toute sa vie n’avoir pas commis, Papillon est condamné au bagne en Guyane.

Ce récit raconte ses treize années de réclusion, d’évasions et de cavales dans l’étouffant et humide « enfer vert », à travers jungle, radeau de fortune et tribus d’Indiens. C’est également le parcours psychologique d’un prisonnier qui, voulant à tout prix retrouver la liberté, se bat mentalement pour ne pas perdre la foi et la raison.

Bien qu’il fut ensuite dévoilé que cet ouvrage était en fait l’assemblement de nombreuses histoires de bagnards dont Henri Charrière se serait ouvertement inspiré pour romancer sa biographie, le récit, à défaut d’être véridique, reste un excellent récit d’aventure.

L’alchimiste – Paulo Coelho (1988)

Célèbre(issime) conte philosophique vendu à plus de 225 millions d’exemplaires, L’alchimiste aborde le thème fétiche de l’écrivain Paulo Coelho, celui du destin.

Guidé par un rêve, Santiago, un jeune berger espagnol, entreprend un voyage pour aller découvrir un trésor caché au pied des pyramides d’Egypte.

De l’Andalousie à Gizeh en passant par le Maroc et le désert du Sahara, il fait de multiples rencontres improbables, dont le mystérieux alchimiste, qui le guide dans sa quête de sa « légende personnelle », le projet particulier et vertueux dont chacun est porteur et dont l’accomplissement dépend de notre capacité à retrouver nos envies profondes, celles de notre enfance.

A travers son écriture facilement accessible et ses nombreuses métaphores simples en apparence mais qui cachent toujours plusieurs sens (« Ecoute ton coeur. Il connaît toute chose, parce qu’il vient de l’Âme du Monde, et qu’un jour il y retournera », à méditer au bord de la piscine), Paulo Coelho offre à son lecteur la possibilité d’aborder un sujet qui peut paraître complexe. Et chaque relecture permet ainsi une compréhension plus aboutie de la pensée de l’auteur, l’atteinte d’un nouveau degré de réflexion. C’est d’ailleurs là l’un des intérêts du livre, le recommencer pour bien saisir la profondeur de l’oeuvre au-delà de la simplicité de la forme. Comme souvent dans les contes finalement.

Image de couverture: ©Nikow pour l’alter ego/ ApJ