Flashback est un format s’arrêtant sur un fait marquant de l’actualité politique du mois. Alliant illustration et billet d’humeur, il peut être perçu comme un éditorial dans lequel le dessin et le texte se complètent et se répondent…

Ce mois-ci et depuis le début de l’année, environ 84 femmes ont été tuées par leur ex-compagnon, par leur conjoint, par un homme : 84 femmes ont été victimes de féminicide. On parle de féminicides car les victimes sont tuées parce que ces femmes ont été assassinées en raison de leur condition féminine. Face à cette situation qui nous apparaît comme urgente, et face aux mesures annoncées par le gouvernement, nous avons jugé important d’écrire le Flashback de ce mois de juillet à propos des féminicides et de l’urgence de protéger les femmes, potentielles victimes.

En 2018, en France, environ 128 femmes ont été tuées par leur conjoint/leur ex/un homme de leur entourage et ayant de l’emprise sur elles. C’est beaucoup trop, d’autant plus que ces chiffres sont en augmentation depuis plusieurs années déjà : en 2015, 112 femmes ont été tuées par leur époux/ex conjoint, alors qu’en 2017, il s’agissait de 130 féminicides commis par des hommes. Depuis le début de l’année 2019, 84 femmes ont été tuées. Plus les jours passent, plus le chiffre augmente, et ce, de manière fulgurante : environ une femme meurt tous les deux jours. Rien que pour ce mois de juillet 2019, 11 femmes ont été tuées, dont une avec sa fille. Il faut à tout prix palier à la situation de manière plus qu’urgente, d’autant plus que dans la plupart des cas les victimes de féminicide avaient déjà interpellé la police concernant leur sentiment d’insécurité vis à vis d’un homme de leur entourage, mais que rien n’a été fait pour les protéger. Par exemple, Bernadette, 81ème femme victime d’un féminicide cette année, est morte écrasée le 26 juillet dernier par la voiture de son époux alors qu’elle se rendait sur son lieu de travail. Elle avait averti les autorités de Vénissieux à propos de la violence de celui-ci, qui, par ailleurs n’avait plus le droit de l’approcher et était poursuivi pour violences conjugales. On peut donc voir ici qu’il y a des insuffisances de la loi. En effet, dans une grande partie des cas, les femmes préviennent la police mais ne sont pas écoutées alors que le danger est réel ; tandis que de l’autre côté, lorsque des mesures sont prises (comme dans le cas de Bernadette), ce n’est pas suffisant. Il faut donc trouver des moyens concrets, rapides et efficaces pour mettre les potentielles victimes à l’abri. En 2019, elles s’appelaient Bernadette, Julie, Taïna, Pascale, Leïla ou encore Audrey ; elles étaient âgées, jeunes, mères de famille, célibataires, elles vivaient en région parisienne, dans les alentours de Lyon, en Corse et bien ailleurs, leur seul point commun ? Elles ont été victimes des violences d’un homme de leur entourage, elles ont été abattues et ont subi un féminicide en partie parce que la France n’a pas su les protéger. Il est donc plus qu’urgent de stopper ce massacre.

84 femmes ont été victimes de féminicides depuis le début de l’année 2019

Face à cette situation aberrante et à l’urgence de protéger les victimes de féminicides, certaines associations comme NousToutes ou des personnalités comme Penélope Bagieu, ont décidé le 4 juillet dernier de publier une tribune dans le quotidien Le Monde, appelant le gouvernement à agir. Leurs revendications ? Une réponse rapide et obligatoire des commissariats lorsqu’une femme victime de violences conjugales vient alerter de la situation de son foyer, la fixation d’ordonnances de protection à l’échelle d’un département par les préfets, l’ouverture de 200 places d’hébergement en urgence dans des centres gérés par des personnes spécialisées d’ici la fin de l’année et la création de 2 200 d’ici la fin du quinquennat, la mise en place d’un plan de détection systématique des violences conjugales dans les hôpitaux, ainsi que le doublement des subventions pour les associations. Ce plan d’urgence mobiliserait les ministères de l’Intérieur, de la Justice, du Logement, de la Santé, ainsi que le secrétariat à l’égalité homme-femme. Il s’agirait donc d’un plan de grande envergure, requérant un budget d’un milliard d’euros. Les associations ont aussi organisé une mobilisation pour rendre hommage aux victimes de féminicides depuis le début de l’année 2019 le 6 juillet dernier sur la place de la République : 2 000 personnes y ont assisté. L’action a fait parler d’elle dans les médias : avec un die-in, par plusieurs minutes de silence pour rendre hommages à ces femmes assassinées, mais aussi avec la présence des familles des victimes ainsi que la prise de parole publique de certaines personnalités telles que Yael Naim, ou encore Muriel Robin appelant à la réaction d’Emmanuel Macron.

La République n’a pas su vous protéger.

Emmanuel Macron

Face à cette médiatisation et à cette prise de parole dans les médias par les associations féministes, le gouvernement n’avait pas d’autre choix que de réagir. Dès le 7 juillet, lendemain de la manifestation place de la République, Marlène Schiappa a annoncé dans le JDD la tenue d’un « Grenelle des violences conjugales » pour septembre. Il s’agit d’une réunion qui devrait être organisée à Matignon, encadrée par Edouard Philippe, et qui, selon les dires de Marlène Schiappa, devrait réunir les ministres concernés, les acteurs.rice.s de la lutte contre les violences conjugales, ou encore les proches des victimes. Quant à Emmanuel Macron, il a fait une déclaration publique sur Facebook en rendant hommage aux victimes, affirmant que « la République n’a pas su vous protéger ». Il y a donc eu une réaction de l’Etat après de nombreuses actions, de nombreux cris d’alarme  lancés par les familles des victimes et les associations féministes luttant contre les violences conjugales. Or, si le gouvernement semble avoir entendu leurs revendications, il ne semble pas les avoir réellement comprises, ou du moins, il ne semble pas avoir totalement saisi l’urgence de la situation. En effet, le Grenelle devrait avoir lieu le 3 septembre prochain et l’annonce a été faite début juillet mais depuis cette annonce, il y a eu encore six féminicides : il est certain qu’il ne s’agira pas des derniers de l’été.

Les violences ne prennent pas de vacances. Il paraît difficile de pouvoir protéger les potentielles victimes jusqu’en septembre, et ce d’autant plus que le Grenelle des violences conjugales ne risque pas de se conclure de manière rapide et effective. Il faudra donc encore patienter : mais à quel prix ?