Flashback est un format s’arrêtant sur un fait marquant de l’actualité politique de la semaine, alliant illustration et billet d’humeur, il peut être perçu comme un éditorial dans lequel le dessin et le texte se complètent et se répondent…

Vous n’avez pas pu y échapper : stories Instagram, photos de profil bleues, la situation au Soudan était au coeur des réseaux sociaux ce mois-ci. Face au silence des puissances étrangères – ou leur timide retenue – les réseaux sociaux ont décidé de forcer la médiatisation jusqu’alors discrète de cet événement.

© Antonin Renard pour L’Alter Ego/APJ

La situation politique au Soudan est délicate depuis la démission d’Omar El Bechir, en avril, suite à la révolution orchestrée par l’organisation démocratique de l’ALC et les militaires, au pouvoir depuis lors. Les démocrates et l’armée devaient gouverner main dans la main à travers un conseil de transition, au sein duquel militaires et soudanais se passeraient le pouvoir de manière successive. A la fin du mois de mai, la rue demande à avoir le pouvoir, elle ne veut plus de militaires à la tête du pays, craignant l’instauration d’une nouvelle dictature. Elle décide alors de s’organiser à travers un mouvement de désobéissance civile pacifique, et de faire une grève nationale. Celle-ci a pris un tournant particulièrement tragique le 3 juin dernier, lorsque l’armée et une milice ont dissolu un sit-in pacifique de manière sanglante :  au moins une trentaine de manifestants ont été tués. C’est là que la tension est montée d’un cran : depuis lors, des femmes et des enfants ont été violés, les violences s’exacerbent et, selon l’opposition, il y aurait eu au moins 128 morts ce mois-ci. Le Soudan est donc en proie à une situation chaotique, et la transition démocratique du pays s’annonce ardue, voire peu plausible dans un tel climat. 

On touche à des droits fondamentaux pour un homme : sa liberté de conscience, de manifester, d’expression

La communauté internationale a certes réagi : Paris, Washington et Londres ont discrètement condamné les événements au lendemain des exactions commises le 3 juin dernier. A l’ONU, le Conseil de sécurité a condamné les événements qui surviennent au Soudan. La communauté internationale a donc émis des réactions concernant le Soudan, mais elle n’a pas réellement proposé de solution, et l’ONU n’a pas  lancé d’enquête… Cela pourrait être expliqué par l’ingérence au Soudan de pays comme l’Égypte, ou encore l’Arabie Saoudite qui ne sont pas démocratiques et qui font en quelque sorte du Soudan leur chasse gardée. Une réaction a donc eu lieu, même sommaire, à l’international. Il y a une conscience de ce qu’il se passe au Soudan. Ce n’est donc pas une question de silence ici. Le plus frappant dans cette histoire c’est le fait qu’ici on reste discret tandis que l’on touche à des droits fondamentaux pour un homme : sa liberté de conscience, de manifester, d’expression ; et pourtant on reste discret, on ne fait pas de vagues dans les ambassades occidentales. Une situation comme celle qui se déroule au Soudan devrait faire la une de la plupart des journaux, être au centre de l’actualité mais on n’en parle pas : pourquoi ? Peut être parce que l’Europe n’a  prétendument plus vraiment de droit d’ingérence en Afrique ? C’est peu probable, ou alors peut être parce qu’à force de voir des massacres on se dit que c’est normal, que c’est comme ça en Orient, et ici plus particulièrement en Afrique ?

 S’il y a une médiatisation, elle est discrète, peu expliquée : la preuve, pour me renseigner au mieux sur la situation, j’ai peiné à trouver des vidéos sur YouTube qui pouvaient m’expliquer ce qu’il se passait au Soudan en détails, et même si de nombreux journaux ont couvert l’événement il faut chercher plusieurs minutes pour trouver un article qui puisse expliquer de manière complète et précise.

Le silence est dangereux. Au Soudan la démocratie est en train de se jouer. Mais on se tait, on regarde le spectacle de sa désagrégation. C’est l’Afrique après tout, diront certains, ce n’est pas important ; mais s’il se passait la même chose dans un pays près de chez nous, en Europe, la réaction ne serait pas la même, l’événement ferait la une de partout.