Alors que la musique rock est de moins en moins médiatisée en France, au profit du rap et de la nouvelle scène pop française (et quelle prolifération !), en Grande Bretagne le rock n’a jamais disparu. On le pensait mort, dépassé, que nenni, les groupes grouillent de partout. Il suffit d’aller dans n’importe quelle ville, d’acheter un billet dépassant rarement les 6£ pour assister au premier concert venu pour s’en apercevoir. Le rock est intrinsèque à la Grande Bretagne, indéracinable, (inébranlable ?). Un festival a attiré mon attention, premièrement  par son prix (16£ ), ensuite par sa line-up impressionnante. Une centaine d’artistes à l’affiche, tous plus inconnus les uns que les autres. Seule tête d’affiche Crystal Fighters et Mini Mansions. Dot to Dot est un festival itinérant, se déplaçant à Manchester, Bristol et Nottingham. Les artistes jouent un peu partout dans les villes, dans les petites et moyennes salles, comme les O2 Academy, les Student Union ou les petits bars du coin. C’est ainsi qu’on retrouve Mini Mansions jouant à l’étage étriqué d’un bar . Retour donc sur les groupes que j’ai eu le temps de découvrir, à Nottingham, au milieu de ce fourmillement d’énergie pop, rap mais surtout rock.

Soft Girls and Boys Club

13h45: À peine arrivée à la salle Rock City qu’un groupe tout doux envoûte l’assistance. Derrière le nom à rallonge Soft Girls and Boys Club se cachent cinq garçons aux allures hippies. Ben Webster, Tom Richards Luke Harley, Sam Potts et Louis Potts mélangent la pop californienne, rêveuse et aérienne à un rock plus psychédélique 60’s. Une voix fluette qui se mêlent au riffs de guitars légers, nous transporte directement vers l’été et les amours de vacances, intenses. Une entrée de festival tout en douceur. Le groupe joue à domicile et s’étonne pourtant de voir autant de monde devant la scène. Touchant.

Man & The Echo

15h15: Au détour d’une salle, une rythmique et une voix à la Talking Heads m’interpelle. Man & The Echo performe au rez-de-chaussée du Rock City, dans une salle étroite et comble. Originaires de Warrington, non loin de Liverpool, les membres de Man & The Echo  sont un peu les darons de ma programmation musicale de la journée: sûrs d’eux, expérimentés, plein d’humour à chaque break. Une pop mod et groovy définitivement britannique.

Feet

17h15: C’est parti pour le show insane de 30 minutes des rigolos de Coventry, ville à proximité de Birmigham. En quelque mois, la joyeuse bande a « absurdifié » son jeu de scène, le rendant complètement incompréhensible. La « crease pop » ( la pop de l’hilarité) qu’ils revendiquent est à son paroxysme ; Bobs sur la tête, look de touristes en safari, danse du crabe, portés entre guitaristes, petit déhanché de fesses. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Se prendre le moins possible au sérieux est bien le message qu’ils cherchent à faire passer, fidèles aux paroles de leurs morceaux. S’éloignant le plus possible de l’image de rock stars des 70’s et se rapprochant plus des déconneurs de scène, les 5 garçons jouent les quelques titres indé groovy qu’ils ont sorti, English Weather, Ad Blue, Petty Thieving en version revisitée, ainsi que d’autres tracks qui figureront sur leur premier album qui sortira le 4 octobre prochain.

 FeET – © Juliette Soudarin pour L’Alter Ego/APJ

Squid

19h15: Loin de la déconne de Feet, Squid électrise l’ambiance. Louis, Ollie, Anton, Arthur et Laurie tiennent la foule par les tripes. Les garçons originaires de Londres et Brighton offrent un savant mélange de rock psyché et d’énergie punk. Tantôt les synthés et le cornet nous amènent dans les abysses de l’inconscient, tantôt ceux-ci viennent renforcer la voix criarde d’Ollie – s’énervant derrière sa batterie – et nous invitent brutalement à secouer la tête. Cornet is the new punk. Squid conclut son set par son peu célèbre mais déjà culte Houseplants. Le morceau ne fait qu’exacerber la tension déjà latente avant de la libérer. Le cornet fou n’est jamais loin. Ollie ouvre grand sa bouche et braille des “Houseplants” sur une instru frénétique qui retombe toujours sur ses pattes. A la fin du set, les oreilles bourdonnent.

 Squid – © Juliette Soudarin pour L’Alter Ego/APJ

Crows

21:15: Avec leur rock lugubre et inquiétant, les londoniens de Crows investissent la salle. La salle oui, car la scène du Rescue Room (une des nombreuses scènes du festival) est trop petite pour le chanteur du groupe, James Cox. Après avoir crié, bougé, balancé son micro dans tous les sens, J.Cox passe la moitié du concert au milieu du public, contournant les pogos, voguantsur la foule. Les spectateurs l’entourent, l’encerclent tel un prêcheur. Un prêcheur pas très catholique.

 Crows – © Juliette Soudarin pour L’Alter Ego/APJ

Do Nothing

23:15:  C’est l’heure de nous conter une histoire. Et quoi de mieux pour cela que le groupe nottighamien Do Nothing. Chris, le chanteur, en costume très Alex Turner, déclame ses paroles sur un rock un peu sombre, un peu mélancolique. La mélodie sert de support à ses envolées lyriques, elle accompagne ses pérégrinations. Interprétation animée, vivante, possédée, Chris nous obsède. Voix et musique semblent s’opposer et pourtant elles s’entremêlent. Parfois, les instruments prennent le dessus et nous amènent, nous emportent vers la danse.

 Do Nothing – © Juliette Soudarin pour L’Alter Ego/APJ

Après ce pullulement de groupes britanniques, le dernier groupe à passer sur la scène de la Rescue room est Viagra Boys. Ils ne sont certes pas anglais, mais ce fut la grosse claque du festival. Un ventre de bière tatoué, du rock, un rythme frénétique, encore un cornet fou, les suédois ont retourné la salle. Quoi de mieux qu’un peu de sport pour conclure une journée marathon?

image de couverture : © Juliette Soudarin pour L’Alter Ego/APJ