Eva, Tessa et Valentin ont 19 ans — enfin, Eva les aura dans deux semaines. La guitariste et la batteuse rencontrent leur chanteur-bassiste en 2016 grâce à VMSF, une colo de musique. Peu de temps après, le poisson rouge d’Eva, Edgar, meurt subitement. Ils se baptisent edgar déception et jouent en son honneur leurs compositions lo-fi, d’inspiration « punk fragile ». On les aperçoit enchaîner les concerts, au Point Ephémère ou au bar l’International. Le 24 mai est sorti leur premier album, Décès…, sous quatre labels : OffNoise, Et mon cul c’est du tofu ?, Buddy Records et Hellzapoppin Records.

« Eva sait voler ? » – © Juliette Calori pour L’Alter Ego/APJ

Vous vous appelez edgar déception, vous placez des mots comme « nintendogs » dans le titre de vos chansons… qui sont pourtant mélancoliques. Est-ce que vous vous destinez à être drôles ou à faire de la musique sérieuse ?

Tessa : « À Dijon, quelqu’un nous a fait cette remarque folle : “C’est à la fois le truc le plus sérieux et le moins sérieux que j’ai pu voir en concert”. Nous avons beaucoup apprécié. »

Valentin : « Je pense que c’est notre manière de montrer que nous sommes très intelligents et que nous avons un sens de l’humour hors du commun (rires). En réalité, ce n’est pas que les chansons soient des blagues, nous ne formons pas un groupe de musique parodique. Mais le comique est un élément important pour nous. Comme nous faisons des morceaux qui nous ressemblent, ça finit par sortir, d’une manière ou d’une autre. »

Vous semblez être très attachés au processus de composition à trois. Est-ce qu’il a été difficile de trouver votre pâte musicale ?

Eva : « Ça a été incroyablement spontané et naturel. Au début, nous jouions nos anciens morceaux, avec Tessa, car nous avions un groupe qui s’appelait Larsen Effect. Notre toute première chanson avec Valentin sous edgar déception, 100% sad, a donné l’impression que cela faisait des années que nous évoluions ensemble. »

Êtes-vous inspirés par les mêmes artistes ?

Eva : « Nous avons un socle commun, oui. Les basiques. Le premier groupe qui nous a réuni a été Modern Baseball. »

Valentin : « Il y a aussi Surf Curse. Mais ça, je n’ai écouté qu’après être entré dans le groupe. »

Tessa : « Et Algernon Cadwallader ! Nous ne sommes pas forcément proches de ces groupes au niveau du son, c’est dans le ressenti que l’on peut nous y assimiler. Mais ça n’est encore jamais arrivé : dès qu’il y a une critique musicale qui paraît sur nous, les comparaisons tombent toujours sur des artistes que nous ne connaissons pas. »

Valentin : « D’ailleurs, quand nous écrivons nos morceaux, nous n’appelons pas les différentes parties « couplet », « refrain », mais « la partie Green Day » par exemple, selon ce qu’elle nous rappelle. »

« Décès… en vinyle » – © Juliette Calori pour L’Alter Ego/APJ

Votre album ressemble un peu à un album concept, avec un monsieur Edgar qui partirait pour un long voyage. Les titres sont évocateurs en ce sens : Edgar part en voyage d’affaires, Edgar ne reviendra jamais… Est-ce cela que vous essayez de raconter ?

Tessa : « Pas dans les paroles, c’est sûr. Je ne sais pas si le terme d’album concept est le bon, mais nous voulions un espèce de fil conducteur artistique, à la fois dans l’enchaînement des chansons et dans les interprétations à la lumière des morceaux entendus avant. Les titres sont venus plus tard. »

Eva : « C’est moi qui ait eu l’idée de ces titres, sans vouloir me vanter. J’adore l’idée d’effet miroir, de symétrie entre le début et la fin du projet, qui commence et se termine sur une guitare acoustique et un chant d’oiseaux. Quand j’écoute l’album, je visualise un gosse qui joue seul dans sa chambre et imaginerait plein de trucs. »

Tessa : « Ça me fait penser à la théorie de Pokémon qui dit que rien n’est vrai et que tout se passe dans la tête de Sacha. »

Quels sont les thèmes que vous abordez dans l’album ?

Valentin : « big fat train, c’est l’histoire d’un cauchemar, d’un rêve qui tourne mal. is my youth just ending parle du temps qui passe, du fait de ne pas savoir où l’on va ; Edgar la fanfare, de quelqu’un qui ne fait rien ; top 10 best friends, de ce que l’on aimerait faire avec ses meilleurs amis… Mais je me suis rendu compte que l’interprétation que j’avais des paroles au moment où je les ai écrites sont complètement différentes de celle que j’en ai aujourd’hui. Pour l’anecdote, la première phrase de à chérence tout risque vient d’un mème que j’ai trouvé sur internet : « Fun drinking game : take a shot of water every two hours so that you stay hydrated (1) ». »

Eva : « Ah bon ? Je l’apprends à l’instant. »

Valentin : « Ouais. À l’époque, j’avais un pote, Lucas, avec lequel je partageais mille mèmes, tout le temps. On s’était envoyé une série de mèmes de ce style, qui reposaient sur des phrases sans image, et parmi eux il y avait celui-là. J’avais gardé ces phrases dans un coin, parce qu’elles étaient géniales. Drôles, bien sûr, mais on peut y trouver ce jeu de contradiction qui me plaît beaucoup. »

Le titre de l’album, Décès…, est plutôt mystérieux. Est-ce encore une référence au poisson d’Eva ?

Eva : « C’est un mystère. Vous en saurez plus un jour. »

Valentin : « Enfin, je précise que je ne suis toujours pas d’accord avec ce nom. Mais bon, maintenant, c’est un peu tard. »

Le fait que nous nous soyons rencontrés en colo, que nous ayons fait des spectacles de fin d’année, ça nous colle à la peau. Ça partira peut-être avec l’âge.

Tessa

Dans votre clip paru en single, à chérence tout risque, vous embrassez une esthétique très enfantine, non seulement dans vos attitudes mais aussi grâce aux jouets qui vous entourent. Ça va un peu à l’encontre de l’image des rock stars dont on a l’habitude, non ?

Eva : « Nous profitons de notre âge. Pas dans le sens où nous comprendrions des choses différentes juste parce que nous sommes jeunes, mais nous sommes restés dans un univers très « mignon ». »

Tessa : « Le fait que nous nous soyons rencontrés en colo, que nous ayons fait des spectacles de fin d’année, ça nous colle à la peau. Ça partira peut-être avec l’âge. »

Valentin : « De toute façon, je ne me sens pas adulte. Je n’aurais pas aimé tourner un clip trop sérieux, dans lequel nous aurions fait les rock stars en playback sur un fond vert. Ça n’est pas nous. »

À propos de chérence tout risque, comment s’est passé l’enregistrement au village de Chérence, dans le Val d’Oise ?

Eva : « C’était trop bien ! C’est la famille de Tessa qui a une petite maison à Chérence. Enfin, petite… »

Valentin : « Une immense maison à Chérence. »

Eva : « Une gigantesque maison à Chérence. Nous nous sommes calés là-bas et avons mangé des smurfs (2) tous les soirs. Le matos a été installé dans le grenier, sauf la batterie, et avons tout enregistré d’un coup. Quand nous nous réveillions le matin, je descendais boire mon Candy Up, Valentin regardait le catch… »

Valentin : « J’avais commencé le catch, à l’époque, ou pas ? »

Eva : « Commencé ? À faire ? Tu fais du catch ? »

Valentin : « Non, j’avais commencé mon addiction au catch ! »

Tessa : « Surtout, nous nous couchions assez tôt. »

Eva : « Il faut savoir qu’il y a beaucoup de moines à Chérence. Un soir, alors que nous nous promenions tous les trois, nous avons entendu de la musique jouée depuis une maison. Nous nous sommes décidés à toquer à la porte. Un moine nous a ouvert et s’est écrié : « Ah, vous ne vous attendiez pas à voir un moine, hein ? C’est totalement psychédélique ! ». C’est ainsi que nous avons découvert le deuxième groupe de rock de Chérence. »

“L’amour qu’Eva et Valentin portent au monde” – © Juliette Calori pour L’Alter Ego/APJ

Pourquoi sortez-vous l’album sous quatre labels et pas un seul ?

Tessa : « Pour faire plus de tunes ! (Rires) Au départ, nous en cherchions un. Le premier qui nous a dit oui, le collectif Et mon cul c’est du tofu ?, a été suivi par trois autres : un tout neuf qui nous a choisi pour être le premier album du label, un autre dirigé par nos potes… »

Eva : « Nous n’avions pas particulièrement pensé à faire une co-prod’, mais quand elle a commencé à se former naturellement, nous étions d’accord pour rajouter des labels. Ça permet de financer les vinyles et c’est cool de voir plein de gens très gentils impliqués dans le projet. »

Vous avez fait votre premier tour de France début 2019 : j’aimerais connaître votre top 1 meilleure ville et votre top 1 pire ville.

Eva : « Notre top 1 meilleure ville, c’est un peu Dijon et Bordeaux… »

Tessa : « C’est TELLEMENT Dijon et Bordeaux ! »

Eva : « Le concert à Dijon s’est très bien passé : j’ai fait des galipettes dans le public en chantant les Cures, et le rappel était super long. À Bordeaux, c’était vraiment la fête, il y avait tous nos potes. J’ai failli vomir sur Valentin — mais je me suis retenue parce que je l’aime beaucoup. »

Valentin : « Le pire, c’était Saint-Jean-de-Luz. Ce qui est drôle, c’est que c’est aussi celui où nous avons été le mieux payés. Ça s’est passé dans un magasin de surf, pendant un afterwork. Nous n’avions pas compris que les gens cherchaient seulement un petit fond sonore pour animer la soirée : personne n’écoutait, c’était comme si nous jouions au Club Med. »

Tessa : « La vendeuse à la caisse est même venue nous demander de jouer moins fort. En rentrant, nous nous sommes perdus dans la forêt et nous avons reçu une contravention pour excès de vitesse. »

Quel est votre prochain concert ?

Eva : « Nous jouons à Bordeaux le 15 juin et à Toulouse le 16. Mais la date importante à retenir est le 22 juin : c’est la release party de l’album au Pop Up du Label, dans le XIIème arrondissement de Paris ! »

Des choses à ajouter ?

Eva : « Tessa est débile. J’aimerais remercier tous nos amis… »

Valentin : « … Le top 10 de nos meilleurs amis ! »

Tessa : « Et envoyez vos EPs à « 1 EP par jour records » sur Facebook ou par mail, 1epparjourrecords@gmail.com. Nous acceptons de tout. »

L’album Décès… est disponible sur bandcamp : https://edgardeception.bandcamp.com.

“Eva” – © Juliette Calori pour L’Alter Ego/APJ

 

“Tessa” – © Juliette Calori pour L’Alter Ego/APJ

 

« Valentin (qui imite la pochette de Roméo Elvis) » – © Juliette Calori pour L’Alter Ego/APJ

 

“edgar déception réuni” – © Juliette Calori pour L’Alter Ego/APJ

(1) : en français, « Jeu d’alcool marrant : prends un shot d’eau toutes les deux heures pour rester hydraté ».

(2) : des chamallows.

image de couverture : © Juliette Calori pour L’Alter Ego/APJ