La vie de la cité n’est pas l’affaire exclusive des « adultes ». Au-delà de l’abstention et de l’adhésion aux extrêmes, les plus jeunes se révèlent être une mine d’idées et d’opinions, souvent en décalage avec la réalité politique imposée par leurs aînés. Les lycéens et les mineurs, peut-être parce que nombre d’entre eux ne se sont pas encore retrouvés directement confrontés au système, en sont un exemple flagrant.

C’est pourquoi, à quelques jours des élections européennes, L’Alter Ego a souhaité interviewer des « jeunes », âgés de 14 à 18 ans, sur leur rapport à l’Union Européenne. Ils sont assez représentatifs de la jeunesse, n’ayant pas été choisis sur la base de leur politisation, mais au hasard (1). Loin des stéréotypes et des vidéos de communication organisées par les partis politiques, rapide coup d’œil sur une jeunesse française et européenne.

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Pouvez-vous vous présenter ?

Adèle : « Je m’appelle Adèle, je suis en Première ES et j’ai 17 ans. »

Cassandra : « Je m’appelle Cassandra, j’ai 18 ans et je suis en Terminale STMG. »

Jean-Badou : « Je m’appelle Jean-Badou, je suis en Seconde. J’ai 15 ans. »

Christine : « Je m’appelle Christine, j’ai 17 ans et je suis également en Terminale STMG. »

Kevin : « Je m’appelle Kevin, j’ai 14 ans et je suis en Seconde. »

Que vous évoque l’Union Européenne ?

Adèle : « C’est une organisation de 27 pays qui veut faire en sorte que la croissance économique soit stable, et qui promeut des valeurs de paix et de liberté dans les pays européens. C’est aussi une monnaie commune. Mais globalement, elle sert à ce que les pays membres aillent bien. »

Kevin : « Le partage, la facilité, le commerce. »

Quel regard portez-vous aux débats actuels autour de l’Union Européenne ?

Cassandra : « Ça me fait penser aux différents conflits qu’il y a eu et aussi à ceux d’aujourd’hui ; c’est un peu compliqué et effrayant, parce qu’on ne sait pas ce qui va se passer. »

Adèle : « Sur le Frexit, par exemple, c’est-à-dire le fait que la France sorte de l’Union Européenne, je trouve que c’est un peu trop poussé. Il y a des choses qui ne fonctionnent pas bien sûr, comme partout d’ailleurs, mais ça n’est pas si grave. On ne vit pas dans un régime trop terrible et je crois que l’Europe contribue au bienfait, à la vie des citoyens. »

Pourquoi l’Union Européenne fait-elle peur ?

Christine : « Ça fait peur car il y a déjà eu des conflits, et on a peur qu’il y ait une troisième guerre mondiale, ou une autre guerre qui éclate. »

Le Frexit, ça vous parle ?

Cassandra : « Je crois que c’est quelque chose de positif. On est dans une organisation où l’on doit aider tout le monde, alors que la France va économiquement mal… Je pense donc que ça serait bien qu’elle puisse sortir de l’Union Européenne, pour pouvoir s’aider et se reconstruire elle-même. »

Christine : « Je suis d’accord. »

Kevin : « Pour le moment, ça ne m’inspire pas grand-chose, parce qu’on ne sait même pas si ça aura lieu un jour. On se demande comment ça se passerait, mais ce sont les dirigeants qui prendront les décisions. »

Jean-Badou : « Ça serait dommage, parce que je pense qu’on a pas mal d’avantages avec l’Union Européenne et qu’on est un pays important pour elle. Ça fait longtemps qu’on y est, donc il y a sûrement des aspects bénéfiques que je ne connaîtrais pas en la quittant. »

Qu’est-ce que ça veut dire, pour vous, être européen ?

Christine : « Si on venait d’ailleurs, ça ne changerait rien. »

Kevin : « C’est avoir accès à différents pays de l’Europe, grâce à l’Union Européenne. »

Cassandra : « C’est juste un nom qu’on nous a donné car on vit en France… »

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Que peut-on attendre de l’Union Européenne lorsque l’on est jeune ?

Adèle : « J’aimerais que l’Europe prenne plus de décisions en faveur de l’écologie : c’est hyper important. Par exemple, sur le glyphosate dont tout le monde dit qu’il est impossible d’en arrêter l’utilisation, je crois que si un jour on prenait vraiment la décision d’arrêter, ça pourrait se faire. De multiples questions se posent par rapport à l’écologie et je crois que l’Europe a les moyens d’y répondre. Il faudrait mettre un point d’honneur à cela. »

Kevin : « Ça permet de voyager en dehors de la France, plus simplement, plus librement, surtout à notre âge. L’Europe n’impacte pas beaucoup notre scolarité quand on est au lycée. Mais plus tard, pendant les études, on pourra aller à l’étranger beaucoup plus facilement. Je pense que c’est quelque chose que j’aimerais bien faire à l’avenir. »

Christine : « J’aimerais que ça soit plus simple, qu’il y ait moins de complexité dans la politique qu’ils mènent. Et que ça fasse un peu moins peur. »

Kevin, Jean-Badou, trouvez-vous l’Europe complexe ?

Kevin : « Oui, du moins sur l’aspect commercial et économique. »

Jean-Badou : « Il faut arriver à mettre tout le monde d’accord, sachant que les pays n’ont pas tous les mêmes lois, ni les mêmes budgets. »

Croyez-vous en une Union Européenne utopique où tout irait pour le mieux ?

Kevin : « Non, ça n’est pas possible. Il y a déjà des pays qui ont du mal à y rentrer. Quant à tout harmoniser à l’intérieur de l’Union Européenne, ça me semble très compliqué. »

Pensez-vous que l’Union Européenne ait un avenir ?

Christine : « Peut-être. Ça permet aux Etats membres de s’allier autour de certaines causes. »

Cassandra : « Elle en a un, mais je crois qu’il faudrait que des changements s’opèrent, pour aider plus de pays, pour mieux se développer… Qu’ils changent un peu leur manière de faire. »

Adèle : « Je crois qu’il n’y a plus aucun pays qui va intégrer l’UE. Dès qu’il y a des référendums, lorsqu’il faut l’unanimité quant à l’application de quelque chose en Europe, les Etats membres parviennent rarement à s’accorder. Je pense que l’on ne peut plus faire rentrer de billes dans le gros sac qu’est l’Europe. »

Cassandra, tu es la seule majeure, penses-tu voter aux élections européennes ?

Cassandra : « Il faut voter, oui, mais je ne sais pas encore pour quoi ou pour qui. À mon échelle je ne peux rien changer, mais si mon vote peut avoir une influence, ça me semble un peu important, en effet. »

Croire en l’union européenne ou ne pas y croire ? Les jeunes d’aujourd’hui sont les citoyens de demain : l’Union Européenne à venir sera conditionnée par leurs craintes, leurs doutes, leurs convictions. Seront-elles les mêmes dans quelques années ? L’avenir seul le dira.

(1) Tous les jeunes cités dans cet article habitent en Charente, ont entre 14 et 18 ans, et ont été choisis au hasard. Cet article ne présente aucune prétention statistique : le témoignage de ces jeunes européens est seulement révélateur de certaines interrogations légitimes de la jeunesse, entre doutes et espoirs, sur ce que pourrait être l’Union Européenne.

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